Les femmes aux conseils d'administration - Dix ans pour atteindre un meilleur équilibre

Yvan Allaire<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Yvan Allaire

S'il est de plus en plus admis que les femmes devraient accéder aux conseils d'administration en plus grand nombre, l'on ne s'entend pas sur l'incitatif. Entre l'imposition d'un quota par voie législative et l'adoption d'une cible au sein d'une démarche volontaire, Yvan Allaire suggère plutôt de hausser le ratio féminin lors du renouvellement des membres.

Dans une lettre cosignée publiée aujourd'hui dans la page Idées du Devoir, le président du conseil de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP) propose une approche visant à accroître la participation féminine aux conseils d'administration des entreprises canadiennes. Retenant la cible maintes fois avancée d'une représentation de 40 %, Yvan Allaire insiste plutôt sur la façon d'y parvenir.

Il rappelle qu'en janvier dernier, la France retenait l'approche législative visant à imposer aux entreprises françaises un quota de 20 % en 2014, appelé à doubler en 2017. Le non-respect d'un tel ratio de femmes aux conseils d'administration serait sanctionné. À l'autre extrême, un groupe de travail mandaté par le gouvernement britannique retenait une démarche incitative et volontaire avec, pour objectif, d'atteindre un taux de représentation de 25 % d'ici 2015.

Pour l'ensemble de l'Europe, un article de l'agence Reuters diffusé la semaine dernière indiquait que la Commission européenne semblait vouloir retenir la formule de l'imposition de quotas féminins. Dans le livre vert publié mardi dernier le commissaire au Marché intérieur estimait qu'il est nécessaire de lutter de manière structurelle contre une prise de décision trop orientée sur le court terme. Parmi les pistes suggérées figure une amélioration de la diversité de genre, d'âge, de nationalité, de formation et de culture des membres des conseils d'administration.

Alors que les conseils d'administration actuels des sociétés cotées européennes ne comptent que 12 % de femmes, l'exécutif communautaire estime qu'avec une action volontariste, il faudra au moins cinquante ans pour parvenir à une situation plus équilibrée. Il envisage donc l'instauration de quotas.

À l'opposé, Yvan Allaire soutient que si le législateur fixe des quotas selon un échéancier trop serré, il pourrait en découler «une perception néfaste de discrimination positive». Un recrutement massif de membres féminins, quels que soient les profils d'expérience et de compétence recherchés, serait contraire aux règles de bonne gouvernance.

Le président du conseil de l'IGOPP souligne qu'en 2010, les femmes occupaient seulement 14,4 % des sièges au conseil d'administration des grandes sociétés canadiennes inscrites en Bourse. Chiffrant le taux de remplacement des membres à 7 % par année, en moyenne, seulement un nouveau membre sur cinq était recruté parmi la gent féminine. À ce rythme, dans dix ans, le ratio féminin se maintiendrait sous les 19 %, soit «un résultat inacceptable».

Pour atteindre la cible des 40 %, et en retenant le taux de roulement de 7 %, Yvan Allaire soutient que «l'augmentation du pourcentage des femmes aux conseils passe par le ratio de femmes parmi les nouveaux membres [...] Une politique de nommer une femme toutes les deux vacances au conseil mène à un taux de participation féminine de près de 40 % en dix ans [...] Cette approche incitative mais exigeante nous semble la meilleure dans l'intérêt de toutes les parties», a-t-il conclu.