Endettement des ménages - Un problème de manque de revenus, dit l'IRIS

Il faudrait se faire moins «moralisateur» en ce qui a trait au problème de l'endettement des ménages et s'intéresser un peu plus à ses «causes structurelles», conclut une étude de l'IRIS.

«Contrairement à ce qui est affirmé régulièrement, la hausse de l'endettement des ménages au Canada n'est pas causée par une augmentation des dépenses superflues ou un manque de "littéracie financière"», a déclaré hier l'Institut de recherche et d'information socioéconomique (IRIS) en dévoilant une note socioéconomique de huit pages intitulée «À qui profite l'endettement des ménages?».

Présentée par un peu tout le monde ces temps-ci comme l'un des grands problèmes de l'heure au pays, l'augmentation de l'endettement des ménages frappe principalement les plus pauvres, relève son auteure, Julia Posca, qui se base sur les données officielles. En 2007, le total des dépenses de 20 % des ménages les plus pauvres représentait déjà 131 % de leurs revenus, alors que ce ratio n'était que de 87 % dans le groupe des plus riches.

Manque de revenus

Cet endettement des plus pauvres est loin d'être le fruit d'un train de vie somptueux, fait-on remarquer. Le logement, l'alimentation, les transports et les soins de santé y constituent plus de 66 % des dépenses. Ils sont suivis des frais d'entretien ménager et des vêtements, puis des loisirs qui, dans ce dernier cas, ne représentent que 4,6 % des dépenses. Leurs dettes sont principalement constituées de prêts hypothécaires (36 %) et de prêts étudiants (26 %).

Les 20 % des Canadiens les plus pauvres ne sont pas les seuls à ne pas faire de folies, note l'IRIS. De 1978 à 2007, les dépenses de consommation de l'ensemble des ménages au pays sont passées d'un total de 45 272 $ par année (en dollars de 2007) à 42 921 $. «Donc, non seulement les ménages moins aisés ne dépensent pas leur argent de façon frivole, mais on assiste à une réduction des dépenses de l'ensemble des ménages», dit le rapport.

Le vrai problème, estime-t-on, se situe plutôt du côté des revenus, qui n'ont pratiquement pas progressé au cours des dernières décennies. Une autre étude de l'IRIS, publiée le printemps dernier, montrait que les revenus médians après impôt avaient augmenté, en presque 40 ans au Québec, de 20 % pour le décile le plus pauvre, de seulement 4 à 8 % pour les quatre déciles suivants, de 10 à 12 % du 6e au 8e décile, et respectivement de 13 % et de 14,3 % pour les deux déciles les plus riches.

À qui profite le crime?

L'offre de crédit a explosé, au même moment, en plus de se diversifier. Le nombre de cartes de crédit en circulation au Canada est ainsi passé de 8,2 millions, en 1977, à 71,3 millions, l'an dernier. Le volume du crédit hypothécaire a encore plus augmenté, passant, en dollars constants, d'un total de 112 milliards, en 1984, à 936 milliards, en 2009. La plupart des consommateurs qui ont besoin de crédit n'ont plus à se rendre à leur banque pour demander un prêt personnel et prennent l'argent qu'il leur faut dans leur marge de crédit. Pas étonnant, dit l'IRIS, qu'ils aient «adopté avec le temps une attitude plus risquée face au crédit».

Les gouvernements et les entreprises menaient au même moment leur propre guerre à leur propre endettement. Dans le cas des gouvernements, cela s'est fait sur le dos des citoyens, souvent les pauvres, sous forme de réduction de services et d'augmentation des taxes. Dans le cas des entreprises, cela s'est notamment traduit par une explosion de la valeur de leurs actifs financiers alors que stagnaient leurs investissements dans leurs moyens de production et les salaires de leurs employés.

Les grandes bénéficiaires de ce phénomène sont les banques, qui ont vu en 12 ans le crédit consenti aux ménages bondir de 43 % à 60 % de l'ensemble de leur portefeuille de prêts, accuse l'IRIS. On va jusqu'à dire que «le maintien de taux d'intérêt très faibles par la banque centrale apparaît, dans ces circonstances, comme une stratégie visant à favoriser l'endettement».

«Le système économique qui se consolide depuis les années 1980 mise donc sur un transfert toujours croissant des risques de la société vers les individus», dénonce l'IRIS. Trente ans de ce régime néolibéral nous ont menés aujourd'hui à un ratio d'endettement des ménages canadiens de 146,8 %. Il était de 169 % aux États-Unis quand la dernière bulle immobilière a éclaté.

Freiner le crédit


La solution à long terme à ces problèmes structuraux serait de desserrer l'étreinte financière qui étouffe les pauvres et la classe moyenne en augmentant leurs salaires et la redistribution de la richesse par le gouvernement.

Dans l'immédiat, l'IRIS voit d'un bon assez bon oeil l'idée lancée par les néo-démocrates de Jack Layton, mardi, de plafonner les taux d'intérêt des cartes de crédit à 5 % au-dessus du taux de base. On se dit toutefois moins convaincu par la récente annonce du Mouvement Desjardins d'en hausser le paiement mensuel exigé.

Simon Tremblay-Pepin, chercheur à l'IRIS, salue volontiers le resserrement des règles hypothécaires annoncé récemment par Ottawa. Il se demande même s'il ne faudrait pas aller jusqu'à interdire aux ménages de s'endetter au-delà d'un certain point. On ne croit pas cependant à cette autre idée du gouvernement Harper d'encourager la «littéracie» financière.

«Les gens apprennent bien assez vite par eux-mêmes ce qu'il en coûte d'être étouffé par les dettes. Le problème n'est pas là», dit M. Tremblay-Pepin.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 31 mars 2011 08 h 07

    Un cerveau vierge ?

    Éric Desrosiers semble avoir échappé au lavage de cerveau des partisans du capitalisme à tout prix. Il ne pense pas comme eux que les citoyens à faible revenu ou bénéficiaires de l'aide sociale n'ont qu'à se forcer pour s'enrichir assez pour épargner en vue de leur retraite. Rafraîchissant.
    Roland Berger