Gaz de schiste - Gaz Métro appuie la démarche de Québec

Sophie Brochu, présidente de Gaz Métro<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Sophie Brochu, présidente de Gaz Métro

Même si les premiers projets de puits commerciaux de gaz de schiste ont été reportés sine die et que beaucoup de Québécois sont loin d'être convaincus des bienfaits de cette industrie, la p.-d.g. de Gaz Métro, Sophie Brochu, ne s'inquiète pas pour l'avenir de la ressource. Elle salue plutôt la décision du gouvernement de lancer une évaluation scientifique de cette filière énergétique fossile, tout en demeurant convaincue de la pertinence d'exploiter le gaz des basses-terres du Saint-Laurent.

«Si jamais le Québec était riche en gaz naturel, se serait fantastique», a-t-elle lancé hier, au cours d'une entrevue accordée au Devoir à la suite de l'assemblée annuelle de Valener, la société publique qui détient 29 % du capital de Gaz Métro. Mais malgré son enthousiasme certain envers le développement de cette source d'approvisionnement idéale, Mme Brochu n'a pas mentionné une seule fois le dossier du gaz de schiste québécois au cours de son allocution devant les actionnaires de Valener.

En entrevue, elle a toutefois énuméré les étapes à franchir avant d'en arriver à une phase d'exploitation commerciale à grande échelle, comme le souhaitent l'industrie et le gouvernement. «On ne peut qu'espérer que le Québec se donne les moyens d'évaluer ce qu'il y a comme potentiel, parce qu'il n'est pas encore prouvé. Ensuite, qu'on se donne le cadre pour en arriver à l'exploiter. Si cela arrivait, Gaz Métro est prêt à assurer la distribution de ce gaz au bénéfice de nos clients. Mais ce n'est pas à nous de donner le feu vert.»

Il ne revient effectivement pas au plus important distributeur gazier de la province de fixer le moment de la mise en production d'éventuels puits. La «Société en commandite Gaz Métro» a néanmoins inscrit 34 personnes au registre des lobbyistes du Québec. Plusieurs mandats touchant les activités de Gaz Métro sont d'ailleurs présentement en vigueur. Un de ceux-ci, en vigueur depuis novembre 2010, a pour but de «sensibiliser, présenter et promouvoir auprès des instances gouvernementales et municipales le développement de nouvelles sources d'approvisionnement gazier, incluant par exemple le biométhane, le tout afin d'assurer la diversification des approvisionnements en gaz de Gaz Métro et de favoriser l'élaboration de politiques ou réglementations gouvernementales favorisant la diversification des sources d'approvisionnement gazier».

Stabiliser les coûts

Mme Brochu ne cache évidemment pas son souhait de voir un jour Gaz Métro s'approvisionner à même une ressource présente ici. Actuellement, le gaz est essentiellement importé de l'Ouest canadien. Elle ne s'avance toutefois pas sur les économies réelles qui seraient réalisées au bénéfice des consommateurs, mentionnant simplement que cela contribuerait à «stabiliser les coûts, voire à les diminuer».

Mais est-ce que le contexte gazier nord-américain est propice à l'exploitation du gaz de schiste québécois? Après tout, les prix sont au plus bas, le nombre de puits forés est trop faible pour permettre des économies d'échelle, le gouvernement vient de lancer une évaluation environnementale du secteur et d'autres schistes autrement plus productifs attirent les investissements des multinationales du gaz.

La p.-d.g. de Gaz Métro estime qu'il faut voir les choses à plus long terme. Certes, elle reconnaît que les prix moyens de l'exploitation seront plus élevés au cours des premières années de production, mais ceux-ci auront tendance à diminuer au fur et à mesure que l'industrie se développera ici. Qui plus est, elle a assuré hier que Gaz Métro disposait de la main-d'oeuvre et des capitaux nécessaires pour étendre son réseau de gazoducs en fonction du rythme que lui imposera l'industrie.

Le distributeur était d'ailleurs déjà prêt l'été dernier, alors que le débat sur le gaz de schiste prenait de l'ampleur et que le gouvernement n'avait toujours pas adopté de nouvelle loi sur les hydrocarbures. Deux puits forés par Questerre Energy et Talisman devaient alors entrer en production dès la mi-2011. Ces projets ont été reportés à une date non précisée.

Des reports qui n'inquiètent pas Mme Brochu, toujours aussi fermement opposée à tout moratoire sur cette industrie. «Il n'y a rien de fatal présentement. L'important est de mener une étude réelle avec des projets pilotes. Si on décide d'aller de l'avant, tout le monde se sentira à l'aise d'exploiter une grande richesse que le Québec s'est donnée.»

Car selon elle, il s'agit aussi d'un moyen efficace pour réduire les émissions québécoises de gaz à effet de serre. Une idée qu'elle répète régulièrement et qui fait même l'objet d'un «mandat» inscrit par Gaz Métro au registre de lobbyiste depuis 2004: «Positionner auprès des divers interlocuteurs gouvernementaux le gaz naturel comme une des solutions à la réduction des gaz à effet de serre en vertu des cibles de réduction de gaz à effet de serre fixées par le gouvernement du Québec.»
8 commentaires
  • De St-Éloi - Inscrit 24 mars 2011 06 h 09

    La vie en noir

    La société que dirige madame Brochu n'est-elle pas une société d'État. Ne doit-elle pas défendre le bien public. Le gaz de schiste, un gaz propre? Pas tout à fait. Peut-elle garantir que les milliers de kilomètres de tuyaux qu'elle installera partout dans les campagnes ne fuiront pas. Comment peut-elle affirmer que l'exploitation des gaz de schiste diminuera notre bilan de gaz à effet de serre, alors qu'il est d'ors et déjà prouvé que l'exploitation de cette ressource produit des émissions de gaz à effet de serre. En remplaçant le mazout? Même dans cette hypothèse, la chose n'est pas prouvée. Remplacer la mazout par du gaz, nous rendra dépendant d'une autre forme d'énergie fossile, qui dans 20 ou 30 ans sera épuisée au Québec. Je crois que madame Brochu devrait être plus circonspecte dans ses affirmations sur le gaz de schiste. Elle ne doit pas oublier que l'organisme qu'elle représente est une société d'état et que nous en sommes les actionnaires. Pour l'instant, de forts doutes persistent quant à la viabilité et la pertinence de se brancher au gaz de schiste. Polluer le Québec pour les quelques bénéfices d'une société d'État?

  • Francois - Inscrit 24 mars 2011 07 h 34

    Un moratoire c'est non négociable

    La population du Québec veut et exige un moratoire c'est non négociable.
    Tout ceux qui sont contre possède des intérêts financier. Donc ils ne voient pas l'exploitation des gaz schistes de façon objective et ils font abstraction et minimise les risques. Regardons ce que l'industrie des gaz schistes à fait fait au USA pour reconnaître qu'un moratoire est urgent. Ne nous laissons pas berner par une étude mener par des membres de l'industrie. Remarquer qu'ils s'organisent et occupent l'attention des médias majoritairement pour tenter nous convaincre par toute sorte de moyens avec Lucien Bouchard, Mme Brochu, et bientôt ils vont inventer une mascotte à l'effigie du Québec schiste pour tenter de nous persuader que faire les affaires de façon irresponsable et expressément est plus payant et à comme résultat de faire des économie de bout de chandelle au péril de la santé et de l'environnement.

  • richardle - Abonné 24 mars 2011 08 h 09

    liens à faire

    Gaz Métro n'est en rien une société d'État. Bien plus, elle est controlée en partie par des intérêts français et de ce fait par Desmarais (via Total et Gaz de France) ce qui explique la position éditoriale de la Presse d'aujour'hui pour fermer Gentilly 2 et la remplacer par la centrale au gaz de Bécancourt actuellement dans la naphtaline et pour laquelle on doit débourser de 150M$ par année pour ne pas la faire fonctionner... Pour comprendre ce qui se passe, il faut parfois être aussi tordu qu'eux. Je rappelle qu'on a dit souvent que le gaz de schiste cachait un monstre bien plus important: le Pétrole (voir Francoeur).
    Richard Lépine

  • dojinho - Inscrit 24 mars 2011 08 h 20

    Le gaz de schiste ne réduit pas les émissions de GES!

    Qu'on se le dise : l'exploitation des gaz de schiste nécessite trop d'énergie - et ça ne va jamais diminuer en fonction de la technologie - pour être une solution aux Gaz à Effet de Serre. L'énergie nécessaire pour creuser les puits et y injecter de l'eau sous pression (à laquelle on doit ajouter un cocktail de produits chimiques) fait en sorte que les émissions de GES rend l'utilisation de cette ressource comparables à celle du charbon. Ce n'est donc pas une avenue intéressante si le Québec est sérieux dans son plan de réduction des émissions de GES, en accord avec Kyoto.

    Évidemment que l'industrie ne cesse de laisser miroiter un bilan positif, lequel résulte de la combustion du méthane mais pas de son exploitation dans ce contexte.

    L'expérience américaine s'avère déjà suffisamment désastreuse pour prendre au sérieux la nécessité de mettre un frein à cette folie collective.

    Non aux gaz de schiste!

  • Lise Thibault - Inscrite 24 mars 2011 08 h 49

    Gaz Métro n'est pas une société d'état

    @ de St Éloi

    Bonjour,

    Gaz Métro n'est pas une société d'état, mais une société privée.

    L'erreur vient probablement du fait de la trop grande proximité qui existe entre de nombreux ex-dirigeants de cette entreprise et nos dirigeants actuels, d'où le jeu de chaise musicale entrepris depuis quelques années entre Gaz Métro, différents cabinets du gouvernement Charest, la Caisse de dépot et placement du Québec et l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ).