Rapport de la Confédération syndicale internationale - Les femmes, principales victimes de la deuxième secousse de la crise

Déjà plus soumises que les hommes à la précarisation du travail, les femmes sont aujourd'hui les principales victimes d'une «deuxième vague de répercussions sur l'emploi» de la crise économique mondiale, déplore un rapport.

«La crise est loin d'être terminée, surtout pour les femmes», a déclaré hier Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), en dévoilant, pour la Journée internationale des femmes, un rapport de 28 pages intitulé Vivre dans l'insécurité économique: les femmes et le travail précaire.

Maintenant que les pays se relèvent lentement du terrible choc économique, leurs gouvernements cherchent à réduire leurs déficits en mettant en place des mesures d'austérité qui risquent de faire mal. «Les femmes ne constituent pas seulement la majorité du personnel du secteur public, elles sont aussi les principales bénéficiaires des services et programmes fournis par l'État», note le rapport.

Citant l'exemple des compressions budgétaires massives annoncées par le gouvernement de David Cameron, on souligne qu'avec 65 % d'employés féminins le secteur public britannique ne pourra pas se délester, comme promis, de 400 000 postes en quatre ans sans mettre beaucoup de femmes à la porte. Quant aux 8 milliards de livres sterling que l'on compte économiser en modifiant la fiscalité et les programmes sociaux, on estime que 70 % seront puisés dans les poches des femmes.

La crise au féminin

Cette «deuxième vague de répercussions sur l'emploi» de la crise économique mondiale vient s'ajouter à une première vague qui a fait beaucoup plus de dommages chez les femmes qu'on le pense généralement, poursuit la CSI, qui regroupe 301 organisations nationales représentant 176 millions de travailleurs dans 151 pays, dont l'AFL-CIO américaine et la CUT brésilienne, mais aussi le Congrès du travail du Canada et la CSN.

On a, en effet, beaucoup dit que la dernière crise économique avait particulièrement touché les hommes à cause de leur forte représentation dans des secteurs durement frappés dans les pays industrialisés comme la construction, le transport ou l'industrie manufacturière. En fait, note le rapport, les statistiques indiquent que le taux de chômage sur l'ensemble de la planète a augmenté un peu plus fortement entre 2007 et 2009 pour les femmes (de 6 % à 7 %) que pour les hommes (de 5,5 % à 6,3 %).

Mais ces chiffres officiels ne disent pas tout. Les indicateurs généralement utilisés pour ausculter et décrire le marché de l'emploi tendent à ignorer ou à sous-évaluer les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes, déplore le rapport. Or, «le faible taux d'emploi des femmes, leur concentration dans des formes d'emploi peu rémunérées, informelles ou vulnérables et l'insuffisance de leur protection sociale font qu'elles sont plus exposées aux crises que les hommes».

Un processus déjà en cours


Dans plusieurs cas, la crise économique n'aura contribué qu'à accélérer un processus de précarisation de l'emploi déjà en cours depuis plusieurs années, observe la CSI. La déréglementation des services publics, le recours grandissant à la sous-traitance, la transformation des employés en «pseudo travailleurs indépendants», la multiplication des contrats atypiques ou l'adoption de règles antisyndicales ne datent pas d'hier.

Cela a eu pour effet que le nombre de personnes en situation dite «d'emploi vulnérable» a augmenté de 110 millions depuis 2007, portant le total de travailleurs dont le salaire ne permet pas de couvrir les besoins de base à 1,53 milliard. C'est plus de la moitié (50,1 %) de la population active de la planète, dont une majorité de femmes.

La CSI réclame, entre autres choses, que les gouvernements défendent plus énergiquement l'égalité de traitement entre les hommes et les femmes, l'accès pour tous à un filet social suffisant, la création d'emplois de qualité et l'exercice du droit d'association des travailleurs.

Elle s'attend aussi à ce que les entreprises fassent leur bout de chemin, particulièrement les multinationales. On s'explique mal, par exemple, comment le géant allemand Deutsche Telekom peut, en même temps, respecter aussi scrupuleusement les droits syndicaux de ses employés en Allemagne et laisser sa filiale américaine, T-Mobile USA, faire exactement le contraire avec ses 40 000 employés aux États-Unis.

«Les gouvernements ont des responsabilités, les employeurs aussi», a rappelé Sharan Burrow.