Permis d'exploration sur l'île d'Anticosti - Normandeau essuie un refus de Pétrolia

Nathalie Normandeau<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Nathalie Normandeau

Même si la ministre Nathalie Normandeau a promis la semaine dernière que les Québécois sauraient ce qu'Hydro-Québec a obtenu en échange des permis d'exploration pétrolière d'Anticosti cédés à l'entreprise Pétrolia, cette dernière en a décidé autrement. Pas question de dire ce que la société d'État touchera lorsqu'on exploitera l'or noir qui s'y trouve, une ressource qui devrait valoir plusieurs dizaines de milliards de dollars.

«On m'accuse de ne pas vouloir divulguer l'information, mais j'ai une entente protégée par une clause de confidentialité et on a décidé qu'on ne diffuserait pas cette information», a fait valoir le président de la pétrolière, André Proulx, en entrevue au Devoir. «Nous ne souhaitons dire comment on négocie nos ententes», a-t-il ajouté. L'entente en question pourrait toutefois être rendue publique une fois que la production pétrolière aura démarré, a précisé le président de Pétrolia.

Visiblement surpris par l'ampleur du débat suscité par toute cette affaire depuis un peu plus d'une semaine, M. Proulx a fait valoir qu'il ne souhaitait pas relancer les discussions en publiant l'entente signée avec Hydro. «On ne veut pas être entraîné de nouveau dans un débat de nature politique entre des partis politiques. On ne veut pas participer à ces choses-là. On se demande ce qu'une petite boîte comme Pétrolia fait dans un débat de nature aussi politisée.»

Qui plus est, il est selon lui «impensable que les gens puissent comprendre comment fonctionnent les ententes d'opération. Et j'ai un autre partenaire, Corridor Resources, qui va certainement s'opposer à ce qu'on diffuse l'entente d'opération. On ne voit jamais ça, des gens qui diffusent ce genre d'entente». André Proulx a aussi tenu à rappeler qu'au moment où Pétrolia a mis la main sur les permis, en janvier 2008, la société d'État avait déjà cessé tout les travaux d'exploration. «Je ne pense pas que la petite souris que nous sommes a réussi à faire plier l'éléphant qu'est Hydro-Québec. Il faut bien comprendre qu'Hydro-Québec ne faisait plus de travaux sur Anticosti. Tout était arrêté.»

Le Devoir s'est déjà vu refuser l'accès aux données de l'entente, malgré une demande présentée en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. La société d'État a alors soutenu que «les documents portant sur les ententes et contrats en matière d'exploration pétrolière et gazière sur l'île d'Anticosti sont de nature confidentielle et ne peuvent vous être remis». La Loi sur l'accès à l'information prévoit en effet certaines exceptions qui permettent de ne pas dévoiler des informations liées à une «redevance», à un «secret industriel» ou concernant un «tiers», dans ce cas-ci des entreprises privées.

Par l'entremise de documents obtenus en vertu de cette même loi, Le Devoir a cependant appris qu'Hydro-Québec avait investi 9,8 millions de dollars en travaux d'exploration pétrolière entre 2002 et 2007. Aucun montant n'a été investi par la suite. Une erreur, selon l'ancienne ministre de l'Énergie Rita Dionne-Marsolais, qui a affirmé que l'on connaissait à l'époque le potentiel en hydrocarbures.

Pétrolia détient les titres de permis d'une superficie totale de 374 332 hectares sur Anticosti, selon la liste fournie par le ministère des Ressources naturelles. Comme il leur en coûte 10 ¢ par hectare chaque année pour conserver leurs permis, Pétrolia doit débourser un total de 37 433 $ par année pour conserver ses droits sur une ressource qui pourrait valoir des dizaines de milliards. M. Proulx estime aussi pouvoir trouver les 100 à 200 millions nécessaires pour mener à bien les travaux qui mèneront à l'exploitation de l'or noir qui s'y trouve.

Québec impuissant


Réagissant à la décision de Pétrolia, la ministre Nathalie Normandeau n'a pas été en mesure de réitérer sa promesse lancée il y a quelques jours. «J'ai manifesté le désir que l'entente soit rendue publique. Pétrolia souhaite ne pas la rendre publique. C'est leur droit. Sur le plan juridique, on n'a aucune possibilité d'obliger Pétrolia à la rendre publique. Ce que je vais faire, c'est de déterminer s'il y a d'autres éléments de l'entente qui peuvent être rendus publics. S'ils ont refusé de rendre l'entente publique, c'est probablement qu'il y a des informations de nature commerciale ou stratégique.»

Elle a en outre appelé les Québécois à lui faire confiance, malgré l'absence de toute précision concernant la «redevance prioritaire» que touchera la société d'État au moment de l'exploitation. «Hydro-Québec, qui a ma confiance, lorsqu'elle a négocié l'entente, elle l'a fait en ayant en tête l'intérêt public.»

Bref, on ne saura pas ce que Québec a obtenu lorsqu'Hydro a cédé au privé le droit d'exploiter une ressource naturelle de très grande valeur, non renouvelable et qui appartient en théorie à l'État. Selon l'analyse des données des plus récents travaux de forage menés par Pétrolia sur Anticosti, le sous-sol de l'île pourrait renfermer de 30 à 70 milliards de barils de pétrole de schiste.

Selon le Registre des entreprises, le siège social de Pétrolia se trouve à Rimouski, mais son principal actionnaire est Pilatus Energy AG, une compagnie qui a pignon sur rue en Suisse. Au moins un ancien employé d'Hydro-Québec Pétrole et gaz y travaille. Il s'agit d'abord d'Erik Adam, qui siège au conseil d'administration de l'entreprise. De septembre 2003 à février 2006, M. Adam «a agi comme géophysicien pour Hydro-Québec Pétrole et gaz», selon ce qu'on peut lire sur le site Web de Pétrolia.

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Avec la collaboration de François Desjardins
30 commentaires
  • alen - Inscrit 26 février 2011 06 h 06

    ...on n'est pas en Russie

    Monsieur Proulx, Pétrolia et Mme Normandeau confondent ce qui est du domaine public et du domaine privé.

    Les ententes entre 2 parties privées ne nous concernent effectivement pas. Mais les rapports entre quelque partie que ce soit et le gouvernement ou ses organisations doivent être transparents, afin d'éviter la collusion, la corruption, la malversation... Ce qui n'est pas peu dire par les temps qui courent.

    On comprend qu'en cours de négociation les choses soient tenues secrètes, pour en faciliter la conclusion, mais dès que celle-là est terminée le public a droit d'en connaître les tenants et aboutissant.

    Quand on fait affaire avec l'état, en particulier lorsqu'on privatise ses actifs ou aliène ses ressources à des particuliers, ça va de soi il me semble. Et ça, Mme Normandeau, Monsieur Proulx c'est la loi naturelle qui le dicte.

    Étrangement, ces gens qui s'opposaient à tout ce qui était communiste et socialiste, s'accommodent tout à coup fort bien de la manière de privatiser de ces régimes corrompus.

    Justement, Monsieur Proulx, le régime libéral est peut-être corrompu mais on n'est pas en terre communiste!

  • Alain Lavallée - Inscrit 26 février 2011 06 h 22

    Bien évident que l'on nous prend pour des valises

    La ministre Normandeau qui demande aux Québécois de lui "faire confiance".

    Ce n'est pas facile avec toutes les histoires de collusion et les allégations de corruption qui entourent son gouvernement celui de M. Charest,

    La réponse de Pétrolia est peu crédible, ils jouent le rôle du "pauvre petit, la PME" face au géant Hydro Québec. Alors que les articles du Devoir, entre autres l'entrevue de l'ancienne ministre de l'énergie dans les gouvernements Bouchard et Landry, ont montré que c,était une priorité du gouvernement du Québec et de l'Hydro Québec d'explorer le territoire prometteur d'Anticosti et d'en conserver pour le gouv. du QUébec les redevances.

    Tout a changé en 2007-2008 lorsque le gouv. libéral du PM Charest et de la ministre Normandeau a demandé à l'Hydro Québec de se retirer de l'exploration pétrolière au moment où justement, il était avéré que c'était riche et prometteur. À qui ce gouvernement a-t-il cédé ce potentiel prometteur...? Quei sont ces "chanceux" à qui le gouvernement libéral a fait cadeau de redevances éventuelles, qui auraient dû demeurer possession du peuple québécois... (afin de diminuer le fardeau de la dette, des impôts et des taxes) C'est ce que le Devoir tente de découvrir.... merci

    Mais il est évident qu'il faut aller au-delà de Pétrolia... et qu'est-ce qu'on trouve? """son principal actionnaire est Pilatus Energy AG, une compagnie qui a pignon sur rue en Suisse."""

    Qui se cache derrière PILATUS ENERGY AG ?

    Selon un dossier judiciaire de la SEC (USA)

    "" In 2006, Pilatus Energy was founded by a group of individuals lead by Loik Le Floch Prigent.""

    Le problème est que M. Le Floch Prigent , ancien PDG d'Elf et Président de Gaz de France a été au coeur d'un des plus grands scandales de corruption européen, scandale qui liait hommes politiques et gens d'affaires. (les richesses pétrolières de pays d'Afrique ont été détournées vers ce réseau de corruption).

  • Alain Lavallée - Inscrit 26 février 2011 06 h 39

    Qui se cache derrière PILATUS ENERGY AG ?

    Sur le site de Pilatus energy on note que les actions sont au porteur donc elles peuvent changer de mains.... circuler de mains en mains...il y aurait 100 actions au porteur d'une valeur nominal de 1000 francs suisses chacune ( le ou les proprios-actionnaires peuvent ainsi cacher leur identité).

    qui sont véritablement ces actionnaires "au porteur" de PILATUS qui ont bénéficié de la braderie de nos ressources naturelles (à travers Petrolia)?

    Pilatus Energy, a été mis sur pied par M. Loik Le Floch-Prigent, qui a été PDG d'Elf-Aquitaine (devenu TOTAL) et Président de Gaz de France et surtout il a été au coeur d'un des plus grands scandales de corruption européen et
    condamné en 2003 à la prison ( 5 ans de prison ferme et 375 000 euros d'amende, pour des "achats personnels" d'environ 15,3 millions d'euros, moins d'un an plus tard il est sorti en invoquant raison de santé) notamment pour "abus de biens sociaux" et en 2007 dans une suite du scandale Elf concernant des ""emplois présumés fictifs"" basés en Suisse.

    pour un résumé voici un lien:

    www.challenges.fr/.../laffaire_elf_en_resume.html

    http://www.wikinvest.com/stock/VAALCO_ENERGY_(EGY)

    Pilatus Energy AG en ayant des actions au porteur paraît une plate forme idéale pour faire circuler de la richesse en secret et ce conseiller qu'est M. Loik le Floch-Prigent est un expert pour faire circuler la richesse dans des réseaux douteux.

    Plus que jamais nous avons besoin d'une ENQUÊTE PUBLIQUE INDÉPENDANTE sur la CORRUPTION

  • B Landry - Inscrit 26 février 2011 07 h 28

    Le plan Nord

    Vous voyez ce que l'équipe de Charest a fait de nos ressources pétrolières et gazières dans le "sud" du Québec. Dans le secret ils ont bradé toutes nos ressources et nous redevenus en pratique comme des locataires sur nos propres terres.

    Alors, maintenant on sait qu'à l'heure actuelle Charest est en train de planifier un Plan Nord, va-t-il nous arriver encore une fois avec des ententes où il aura tout brader le reste de la province ?

    Moi je suis très très très inquiet...

  • Claude Kamps - Inscrit 26 février 2011 07 h 37

    On voit bien là l'improvisation de ce gouvernement

    Quand on signe un contrat en tant que gouvernement on s'assure de pouvoir le divulguer, ou c'est tellement pas publiable que l'ami en défend la publication...

    Encore une autre preuve que ce gouvernement met des « arbres dans les pieds » du suivant....