Dans le ventre de la Terre mère

Vue d’une partie des installations de Goldcorp dans cet environnement particulier que constitue le nord du Québec.<br />
Photo: Source Goldcorp Vue d’une partie des installations de Goldcorp dans cet environnement particulier que constitue le nord du Québec.

La minière Goldcorp a conclu un pacte de collaboration avec les Cris pour développer son projet Éléonore, à Wemindji. Avec ou sans Plan Nord, ceux qui s'aventurent au-delà du 52e parallèle pour exploiter le territoire doivent désormais penser en termes de développement équitable pour ceux qui l'occupent.

Wemindji — Sur les rives du réservoir Opinaca, le camp minier mis sur pied par Goldcorp grouille d'activité, même par moins 40 degrés Celsius en plein mois de février. Et pour cause. La minière y aurait mis la main sur un véritable eldorado, qui devrait lui rapporter des milliards de dollars. Elle n'est d'ailleurs pas seule dans cette région, où des dizaines d'entreprises s'activent, à la recherche du pactole que représente le sous-sol québécois dans un monde assoiffé de ressources minérales.

«On pense qu'on est au début d'un nouveau camp minier, un camp magnifique, a expliqué au Devoir Guy Belleau, directeur général du projet Éléonore, géré par une filiale de Goldcorp. On ne fait que commencer l'exploration. On met à jour nos études de préfaisabilité de façon à avoir des données plus précises. Mais ce qu'on connaît présentement du gisement est extrêmement intéressant et extrêmement excitant. Nous sommes certainement au début d'un nouveau camp minier.» Un camp qui pourrait être en mode production pendant une quinzaine d'années et fournir un emploi à 600 personnes, dont quelques dizaines de Cris.

Sans s'avancer sur les quantités d'or qui seront extraites à partir de 2015, M. Belleau a indiqué que les tests déjà réalisés sur les 400 kilomètres de «carottes» tirées du sol ont démontré que les «réserves probables» s'élèvent à trois millions d'onces. Ce chiffre pourrait grimper à quatre millions, voire plus, pour une moyenne de neuf ou dix grammes d'or par tonne de roc.

Le directeur général a en outre répété que les travaux ne se concentraient actuellement que sur «une partie du gisement», qui se déploie surtout sous le réservoir Opinaca. Au prix actuel, soit près de 1400 $ l'once, la valeur de cette ressource pourrait donc dépasser les 5,6 milliards de dollars.

Mais aller chercher cette ressource nécessite des travaux d'exploration majeurs. En fait, M. Belleau a parlé de «plusieurs centaines de millions de dollars d'investissements» depuis 2006. Au moment de la visite des lieux, lundi, les travaux de creusage d'une rampe d'accès souterraine allaient bon train. Celle-ci devrait permettre de descendre de la machinerie à plusieurs centaines de mètres de profondeur. On utilise déjà un treuil gigantesque qui descend dans un puits, à 150 mètres. Mais en phase de production, deux puits permettront de descendre à au moins 700 mètres.

L'aménagement du site a aussi nécessité la construction d'un aéroport, d'une route temporaire et de ponts de glace. Des infrastructures qui devront être améliorées en phase de production commerciale. «On espère que nos infrastructures vont s'inscrire dans la philosophie du Plan Nord», a d'ailleurs souligné M. Belleau. En clair, il faudrait que Québec paie une partie de la facture, comme il s'est engagé à le faire dans le cas d'autres projets miniers.

Impact environnemental

Bien au fait des nombreuses critiques visant l'industrie minière, Goldcorp a pris soin d'insister pour dire que l'entreprise prendra toutes les mesures nécessaires pour minimiser l'impact environnemental de ses activités. Guy Belleau a ainsi expliqué que la «réhabilitation du site se fera au fur et à mesure de l'opération de la mine». On devrait donc éviter les problèmes légués aux Québécois par d'autres minières. Au fil des années, des dizaines de sites ont en effet été laissés à l'abandon, de sorte que le gouvernement a dû débourser des millions de dollars pour les nettoyer.

«On va lever la barre très haut en matière de gestion environnementale», a assuré M. Belleau, évoquant une utilisation restreinte de l'eau, mais aussi son traitement dans une usine d'épuration située sur le site. Reste que l'extraction de l'or nécessite l'utilisation de cyanure, que l'entreprise affirme être en mesure de «neutraliser». Mais aucune évaluation sous l'égide du BAPE n'est prévue.

Soucieuse de son image, Goldcorp a aussi décidé de faire grand cas de la signature de l'entente avec les Cris. Lundi, l'entreprise avait nolisé un avion pour transporter des journalistes à partir de Montréal et de Rouyn-Noranda, afin qu'ils rendent compte de cette «convention de collaboration» entre les autochtones et la minière. Quelque 25 % des 126 employés actuels sont des Cris, et ce taux devrait se maintenir, voire augmenter en phase de production. De la formation leur sera offerte. Des versements mensuels et annuels aux Cris de la région sont aussi prévus.

Matthew Coon Come, grand chef du Grand Conseil des Cris, a cependant refusé de préciser l'ampleur des retombées pour les Premières Nations. «Il est difficile de vous dire ce que nous obtiendrons comme montants, car nous avons un accord confidentiel. Mais je peux vous dire que les résultats seront tangibles. Tout dépendra du prix de l'or.» D'autres accords de ce genre suivront, selon Matthew Coon Come. «Il y a environ 300 entreprises dans la région. Et un accord comme celui signé avec Goldcorp peut donner les bases de ce à quoi nous nous attendons en matière de bénéfices. Les minières doivent respecter nos droits, notre environnement et nos communautés.»

Le chef de Wemindji, Rodney Mark, a par ailleurs indiqué au Devoir que les représentants des Premières Nations pourraient aider Goldcorp à regagner la confiance de certains peuples autochtones touchés par des projets ailleurs en Amérique. La multinationale a en effet été accusée en 2009 — par des groupes communautaires — d'avoir violé les droits de la personne dans le cadre d'un projet de mine d'or au Guatemala. Les groupes redoutaient aussi les impacts sur la qualité de l'eau.
1 commentaire
  • Donald Bordeleau - Abonné 23 février 2011 23 h 24

    Les Québécois sont les coauteurs de l’histoire de ce pays, et le Canada est à son meilleur lorsque le Québec influence sa marche. »

    L’ardoise est égratigné, il faudra la changée pour un tableau intelligent. Cependant le simulacre pour faire semblant de nettoyer le secteur de la construction afin de nier et rendre opaque les analyses des systèmes de collusion mis en place en 2004 qui servent bien le financement du PLQ. La rumeur sera persistante avec la continuité des bonnes oeuvres des entrepreneurs en construction qui font la file aux portes de la permanence du PLQ. Fava a encore beaucoup de pouvoir. L'homme fort du Québec ne sera pas inquiété par RBQ en 2011.

    Madame Lemieux n'est pas sorti de l'abîme par les enquêtes bidons des inspecteurs sous influences. C'est un piège à cons comme disait Monsieur Marc Bellemare.

    L’exploitation des gaz schiste ne sera pas un avantage environnemental , ce qui va augmenter de 30 % les GES du Québec avec l’exploitation de 250 puits par année sur une période de 10 ans, au diable Kioto et le développement durable.

    La guerre idéologique entreprise par le gouvernement Charest constitue le fruit le plus toxique de l’ère Post-référendaire qui amène la dérive actuelle d’un Québec de la corruption afin de mettre à genoux les importants leviers économiques du Québec. L’effet de cette minorisation dont la corruption est une composante obligée qui amène une élite à s’engraisser pour gérer la dépendance. Une belle occasion de raté Monsieur Charest, continué comme cela dans la régression de l’État du Québec.

    Pourtant le Québec est un pays riche.

    En voici un exemple parmi tant d’autres.

    http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/20

    Projet Siemens 4.5 milliards
    http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/environ/mine