Rapport du Groupe de travail sur la littératie financière du Canada - L'initiation à la finance devrait commencer dès l'école primaire

Donald A. Stewart
Photo: Donald A. Stewart

Surendettés, les Canadiens? Absolument. Bien outillés pour prendre des décisions financières? Pas vraiment, conclut le Groupe de travail sur la littératie financière dans son rapport produit à la demande du ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty. Il recommande donc de faire des efforts considérables afin d'accroître les compétences économiques des citoyens, et ce, dès l'école primaire.

Présidé par Donald A. Stewart, grand patron de la Financière Sun Life (notre photo), le groupe propose ni plus ni moins qu'un changement radical de notre perception de la littératie financière, qu'il définit comme «le fait de disposer des connaissances, des compétences et de la confiance en soi nécessaires pour prendre des décisions financières responsables». En fait, celle-ci devrait impérativement être considérée comme une «compétence essentielle».

D'où l'importance de lui faire une place dans le système scolaire, et ce, dès le primaire. Dans un rapport d'une centaine de pages, rédigé après consultations d'experts à travers le pays, le groupe recommande en effet que «tous les gouvernements provinciaux et territoriaux incorporent la littératie financière dans les systèmes d'enseignement formel, aussi bien aux niveaux primaire et secondaire qu'au niveau postsecondaire, ainsi que dans les activités structurées d'apprentissage des adultes».

Cours aboli au Québec

Si cette recommandation est au coeur du rapport, c'est que ce ne sont pas toutes les provinces qui ont des cours d'éducation économique obligatoires. Au Québec, l'unique cours, qui se donnait en 5e secondaire, a été aboli. Une situation qu'a maintes fois dénoncée le vice-président du Groupe de travail sur la littératie financière, L. Jacques Ménard, aussi président de BMO Groupe financier pour le Québec. «Il est déplorable qu'on laisse aller un cours comme celui-là au moment où les jeunes commencent à avoir des revenus d'emploi», a-t-il déjà dit au Devoir. D'où l'importance d'apprendre la sagesse en matière de gestion financière aux jeunes et de leur «inculquer de bonnes habitudes et des attitudes responsables».

Surtout que ces mêmes jeunes, système capitaliste oblige, sont sans cesse bombardés de discours publicitaires qui incitent à la consommation, voire à la surconsommation. Les statistiques d'endettement parlent d'ailleurs d'elles-mêmes. Les jeunes qui ont à peine atteint la vingtaine sont de plus en plus nombreux à vivre d'importants problèmes financiers en raison de leur haut niveau d'endettement. Près de 60 % des 18-29 ans ont des dettes, le plus souvent de carte de crédit. Le tiers doit plus de 10 000 $ et le cinquième, plus de 20 000 $.

Outre l'implication du système scolaire, les auteurs estiment nécessaire de sensibiliser les employeurs à l'absolue nécessité de bonifier la littératie financière des travailleurs. Le groupe de travail recommande que les employeurs l'incorporent dans leurs programmes actuels de formation et de communications en milieu de travail.

Les fournisseurs de services financiers devraient quant à eux s'assurer que leur personnel reçoive une formation suffisante pour pouvoir aider les clients à comprendre l'information financière, «surtout en ce qui concerne les engagements à long terme ou les produits auxquels peuvent être rattachées des conséquences financières non négligeables». On peut penser aux prêts hypothécaires ou au crédit.

Le rapport a été très bien accueilli hier par les joueurs du secteur financier. Le Groupe sur la littératie financière a été mis sur pied en 2009 par le ministre Jim Flaherty dans le but de lui soumettre des recommandations afin de «mieux coordonner les efforts d'éducation financière en établissant une stratégie nationale».
7 commentaires
  • ARKA777 - Inscrit 10 février 2011 08 h 44

    Est-ce une joke ?

    Comme si la finance pouvait répondre aux besoins des enfants... Non mais faut-y pas être ignorant è ce point-lè.

    En réalité, le monde de la finance est à l'agonie. Tant mieux ! Ce monde, on le sait maintenant, est anti-humain et vampireux.... Il a mené le monde de l'économie mondial dans la crise actuelle. De toute évidence, ce ''monde de la finance'' croit que c'est monsieur et madame tout-l'monde qui en est responsable.... il me smeble que c'est ce monsieur et madame tout-l'monde qui se réveille depuis 2008.

  • homocalculus - Inscrit 10 février 2011 10 h 35

    l'initiation à la finance devrait...

    Il y a plusieurs années alors que j'étais à l'emploi de Revenu Québec, j'avais proposé une entente du MRQ avec le MEQ pour initier un cours sur la fiscalité et les finances qui s'étalerait du primaire jusqu'au CEGEP. J'avais même nommé des participants... à ce projet de nature à attirer l'attention et l'intérêt des élèves et du public.
    Ce fut "classé dans la filière no 13" car certains cadres en autorité n'y voyaient pas d'avantages...!
    Les tiroirs sont pleins de bonnes idées aux gouvernements et ces idées ne viennent rarement pas des...pontifes décideurs eux-mêmes!
    Dommage. Comme pour l'environnement, c'est souvent les jeunes étudiants qui sont les meilleurs "professeurs" pour leurs parents et, comme plusieurs parents semblent ignorer l'importance d'une fiscalité bien suivie et ses raisons d'être, pourquoi pas enseigner cela aux plus jeunes ?
    Homo Calculus
    maurice.bernard@videotron.ca

  • Renaud Blais - Inscrit 10 février 2011 11 h 11

    L'économisme HORS DES ÉCOLES

    L'enseignement À LA CROYANCE AU DIEU LIBRE-MARCHÉ ne doit pas se faire davantage dans nos écoles.
    Il y est déjà suffisamment présent avec les commandites de toutes sortes qui sont déjà très présentes dans nos écoles.
    Cette croyance, À INTÉRÊTS TRÈS PRIVÉES n'est pas de l'intérêt publique.
    Comme tout enseignement à une croyance particulière celle-ci ne doit pas avoir sa place auprès de nos jeunes qui , heureusement, ne seront pas tous des entrepreneurs-concentrateurs de richesses.
    Renaud Blais
    Québec

  • Audet_quebec - Inscrit 10 février 2011 11 h 13

    Manque de réalisme de la part de nos dites élites financières

    Si moins de 20 % de la population gère plus de 60 % de la richesse collective canadienne et deuxièmement que près de 40 % de la population mourront sans laisser d'héritage à leurs proches, troisièmement que le nombre de personnes appartenant à la classe moyenne tend à diminuer, pourquoi les mesures d'éducation proposée devraient-elle être appliquées ?

    Il serait plus important de simplifier les systèmes d'impôt provincial et fédéral pour les rendre compréhensibles à tous ceux qui font leur rapport d’impôt sans passer par un professionnel. Il serait aussi plus important de`'nettoyer' les conseillers dits professionnels qui ne servent pas à grand chose sauf à proposer des fonds mutuels. À qui faire confiance ?

    Audet (QC)

  • Maïte Verreault - Inscrite 10 février 2011 12 h 21

    Cours d'économie

    Je l'ai suivi le cours d'économie du secondaire et honnêtement, à part devoir apprendre par coeur le guide alimentaire canadien, coudre des boxers et cuisiner des nouilles au porc (ce qui n'était pas mal tout de même), je n'ai rien appris sur les finances. Je crois que je vois un intérêt pour les jeunes d'en apprendre plus sur les finances et options d'investissement, car pour l'instant, nous sommes esclaves des banques qui profitent de notre ignorance pour nous faire croire qu'elles sont notre seule option si on veut augmenter notre capital disponible.