Le marché immobilier se refroidit

Le nombre de mises en chantier a bien augmenté un peu au pays en janvier, mais si peu qu’on peut croire à un ralentissement qui devrait entraîner une baisse du prix des habitations.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le nombre de mises en chantier a bien augmenté un peu au pays en janvier, mais si peu qu’on peut croire à un ralentissement qui devrait entraîner une baisse du prix des habitations.

Le nombre de nouvelles mises en chantier d'habitation a fait du surplace en janvier, préfaçant un retour à l'équilibre dans le marché immobilier en 2011 et des hausses de prix beaucoup moins marquées que celles des dix dernières années.

Le nombre désaisonnalisé annualisé de mises en chantier d'habitation s'est élevé à 170 400 en janvier au Canada, soit à peine 0,8 % de plus que les 169 000 enregistrés le mois d'avant, a rapporté hier la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Le premier mois de l'année aurait même affiché une baisse n'eût été un remarquable bond de 20,3 % dans les milieux ruraux, les régions urbaines ayant accusé un recul de 1,7 %, tirées par le bas notamment par une diminution de l'activité dans les segments des logements collectifs (-1,5 %) et des maisons individuelles (-2 %).

Ces moyennes canadiennes cachent de grandes variations d'une région à l'autre, les mises en chantier en milieu urbain ayant reculé de 7,9 % en Colombie-Britannique et même de 19 % dans les Prairies, tandis qu'en Ontario elles ont augmenté de 10,3 %.

Le Québec, de son côté, n'a accusé qu'un petit recul de 1 %, passant d'un nombre annualisé de mises en chantier de 41 400 en décembre à 41 000 le mois d'après. Cela portait les baisses en 12 mois à 11 % dans les logements collectifs, à 50 % dans les maisons jumelées et à 27 % dans les maisons individuelles. On observe, là encore, des différences importantes entre des régions, comme Montréal (-34 %), Sherbrooke (-33 %) ou Gatineau (-14 %), qui ont essuyé des reculs importants, et d'autres régions, comme Québec (+71 %) et Drummondville (+15 %), qui ont assisté, au contraire, à une recrudescence d'activité.

Un ralentissement bienvenu

La plupart des analystes ont vu hier dans ces chiffres la confirmation d'un retour, cette année, à un rythme de mises en chantier, mais aussi de reventes des maisons, plus raisonnable au Canada. «La construction résidentielle continue de se calmer pour revenir à un niveau mieux amarré aux tendances démographiques», a observé Robert Kavcic, économiste au Groupe Financier BMO.

«Ce repli constitue en quelque sorte un retour à la normale après la frénésie de la fin de 2009 et du début de 2010, a commenté à son tour Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins. Rappelons que la situation du marché immobilier est au coeur des préoccupations de la Banque du Canada concernant le niveau d'endettement des ménages canadiens. Dans ce contexte, les résultats plus mitigés répertoriés depuis quelques mois sont accueillis assez favorablement.»

Pause dans la flambée des prix

Le resserrement des règles d'emprunt hypothécaire par Ottawa et la reprise probable de la remontée des taux d'intérêt par la Banque du Canada dans le courant de l'année devraient également jouer sur le nombre de nouvelles mises en chantier et le prix des maisons au cours des prochains mois, a estimé hier l'Association canadienne de l'immeuble (ACI). L'ACI dit ainsi s'attendre à ce que le nombre de logements vendus au Canada par l'entremise du système MLS recule de 1,6 % cette année et augmente de 3 % en 2012. Elle prévoit que l'augmentation du prix moyen des maisons reflétera ce nouvel «équilibre harmonieux qui existe entre l'offre et la demande» et qu'elle se limitera, par conséquent, à seulement 1,3 % par année en 2011 et 2012.

De telles hausses seraient bien en deçà de la moyenne des dix dernières années, à en croire d'autres chiffres publiés hier, cette fois par le courtier immobilier RE/MAX. Qualifié d'équilibré, sinon nettement plus favorable aux acheteurs durant ces années, le marché résidentiel canadien aurait vu le prix moyen d'une résidence au Canada passer de 164 000 $ en 2000 à 339 000 $ en 2010, soit une hausse annuelle moyenne de 6,82 %.

Montréal et Québec comptent parmi les régions urbaines canadiennes à avoir assisté aux plus fortes hausses durant la dernière décennie. D'un prix moyen de 121 544 $ en 2000, les maisons montréalaises valaient 297 621 $ dix ans plus tard, soit une augmentation annuelle moyenne de 8,48 %. À Québec, ce prix moyen est passé de 90 079 $ en 2000 à 297 621 $ en 2010, pour une hausse de 9,2 % par année. Dans les deux cas, c'est plus que ce à quoi on a assisté à Toronto (5,35 %), à Vancouver (7,8 %) et même à Calgary (7,7 %).

L'autre côté de la médaille

Un atterrissage en douceur du marché immobilier se révèle probablement la meilleure chose que pouvait espérer le Canada dans ce contexte, ont observé hier les analystes. «La tendance baissière des mises en chantier aura toutefois des conséquences directes sur la croissance économique», a fait remarquer Benoit P. Durocher. Ce facteur viendra s'ajouter «au ralentissement manifeste des dépenses gouvernementales en raison de la fin imminente de plan de relance», a poursuivi l'économiste, laissant aux dépenses de consommation et aux investissements des entreprises la tâche de compenser l'impact de ces reculs sur la demande intérieure et l'activité économique tout entière.