Les Américains reviendront, dit Tourisme Montréal

Charles Lapointe<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Charles Lapointe

Même si le Québec a connu une érosion marquée du nombre de touristes en provenance des États-Unis et du reste du Canada depuis quelques années, le président-directeur général de Tourisme Montréal, Charles Lapointe, ne s'inquiète pas outre mesure de la situation. Selon lui, il faut simplement miser davantage sur les atouts de la métropole pour les attirer de nouveau.

Reste que, depuis 2002, on parle d'une diminution de plus de 40 % du nombre de touristes américains, un marché traditionnellement considéré comme «naturel». La baisse des visiteurs en provenance des autres régions du Canada s'élève quant à elle à près de 30 %. Ce recul a été en partie compensé par la hausse nombre de Québécois qui ont décidé de passer leurs vacances ici. Mais ces voyageurs dépensent à peine 30 % de ce que dépense un Américain en visite chez nous.

M. Lapointe se dit cependant convaincu qu'«on a moyen de retrouver» les touristes américains. Selon lui, la force du dollar canadien par rapport à la devise américaine ne constitue pas un obstacle important, pas plus que l'obligation de détenir un passeport pour franchir la frontière. Les efforts doivent se concentrer du côté de la mise en marché. «Ça prend des stratégies de promotion et de marketing plus ciblées, ce que nous tentons de faire. Ça prend aussi des conditions économiques favorables pour leur redonner le goût de revenir au Canada. Je pense qu'il faut qu'on revoie complètement notre promotion auprès des Américains pour se concentrer sur les activités des grandes villes que sont Montréal, Toronto et Vancouver.»

Maintenant que l'économie de nos voisins du sud se porte «relativement mieux» — le chômage y avoisine toujours les 10 % —, le p.-d.g. de Tourisme Montréal estime qu'il serait approprié d'orienter l'offre en fonction de «brefs séjours» dans les centres urbains, au lieu de miser sur le créneau traditionnel de la «grande nature».

Charles Lapointe affirme d'ailleurs que Montréal bénéficie de nombreux attraits, mais surtout d'une excellente réputation internationale. À preuve, elle a reçu 7,6 millions de touristes en 2010, sa «meilleure année touristique depuis longtemps». Un afflux dû notamment au grand nombre de congrès tenus dans la métropole.

Et à partir de Montréal, ajoute-t-il, les touristes «essaiment dans les régions». Appelé à commenter l'état des infrastructures de transport dans la province, M. Lapointe soutient qu'«on a un réseau routier qui est correct, on a Via Rail, on a les autocars Orléans, etc. On n'est pas plus mal en point ou mieux que les autres».

Le rôle de Québec

Mais est-ce que le gouvernement du Québec en fait assez dans le domaine de la promotion et de l'organisation de l'offre touristique? «Je pense que oui», lance M. Lapointe. Une opinion qui ne rejoint pas celle de plusieurs experts du secteur, qui rappellent souvent que le ministère du Tourisme bénéficie d'un budget d'à peine 146 millions de dollars. C'est bien peu, au dire de certains, pour un secteur qui génère des recettes annuelles de 10 milliards de dollars et un produit intérieur brut d'environ sept milliards de dollars, soit 2,5 % du PIB québécois.

En entrevue au Devoir, le président du réseau des Associations touristiques du Québec, Jocelyn Carrier, a déjà bien résumé la critique générale adressée à Québec, mais aussi à Ottawa: «Si nos gouvernements cessaient de considérer ce ministère comme un club junior, ou pire, un banc des pénalités, nous n'en serions pas là.»

Consciente qu'un sérieux coup de barre est nécessaire si le Québec veut faire face à la concurrence internationale — dans l'ensemble, le Canada est 106e sur 130 pays en ce qui a trait au rapport compétitivités-prix, selon les données compilées par le Forum économique mondial —, la ministre du Tourisme, Nicole Ménard, a annoncé en mai 2010 la mise sur pied du Comité performance de l'industrie touristique du Québec.

Ce comité, constitué d'acteurs importants de l'industrie et d'experts, a comme mandat de «proposer une vision globale permettant de positionner le tourisme comme moteur de développement économique et de se démarquer de la concurrence internationale». Son rapport devait être remis ce mois-ci, mais le document sera plutôt livré à la ministre au mois de mai.
4 commentaires
  • Pierre Cossette - Inscrit 8 février 2011 06 h 35

    Nature, nature, nature ...

    voilà le créneau à mettre de l'avant dans la promotion touristique du Québec. L'environnement et le sens de l'accueil légendaire du québecois sont aussi à mettre à l'avant-plan. Et tous ces points doivent être accompagnés d'un assouplissement des règles en matière de gestion touristique. Laissons les idées des québecois éclore plutôt que miser sur le tourisme orienté vers les gros joueurs tels hôtels, tours opérateurs, offices de tourisme. Moins de bureaucrates et de règles plus d'expériences touristiques variées le tourisme du futur en sera aussi un appuyé par internet. La demande sera décuplée par une promotion intelligente axée principalement sur ce média et son accessibilité. Voir c'est vouloir.

  • Bernard Gervais - Inscrit 8 février 2011 10 h 06

    Pas si simple

    Travaillant moi-même dans l'industrie touristique montréalaise depuis plus de 20 ans, je souhaite bien entendu, comme la direction de Tourisme Montréal, que les Américains reviennent en plus grand nombre visiter notre ville.

    Cependant, même si on lance de nouvelles campagnes de promotion afin de mieux les attirer, je ne crois pas que ce sera si facile.

    Quoi qu'en pensent certains, la force actuelle du dollar canadien n'aide pas. De plus, la compétition entre les différentes destinations touristiques est de plus en plus féroce. Finalement, ne l'oublions pas, beaucoup d'Américains (je parle ici de ceux qui ont au moins 40 ou 50 ans) sont déjà venus !

  • TRIPOD - Inscrit 8 février 2011 20 h 46

    Vous croyez que le nombre de touristes américains a diminué ...

    Vous croyez que le nombre de touristes américains a diminué, depuis quelques années, attendez plutôt qu'il y ait des puits de gaz de schiste et des gazoducs un peu partout dans la campagne québécoise et dans les lieux pittoresques et vous m'en reparlerez !

    Les touristes américains n'ont pas besoin de venir ici pour voir ces horreurs, ils en ont plein chez eux !

  • Oliver Twist - Inscrit 17 septembre 2011 03 h 14

    peut-être ne raison du départ des expos...

    Faut pas chercher bien loin pour comprendre le déclin du tourisme américain à Montréal. Les expos sont parti en 2004 et déjà en 2003 ils ont joué 25 parties locales par saison à l'extérieur, soit à porto-Rico. Quand les yankees et les red sox venaient en ville il y avais minimum 5000 partisans de ces équipes dans les estrades. idem contre Toronto. Je me souviens avoir été au biodome un après midi avant un match contre les twins du Minnesota et le nombre de gens avec un chandail aux couleur des twins sur le dos étais impressionnant. et le minnesota n'est pas a la porte de Montréal à ce que je sâches. Faites le calcul sur 81 matchs a domicile par été ce qui donne 27 séries de 3 parties. Le maire tremblay a commis un crime en ne faisant rien pour garder ce club à Montréal.