Relance de Mine Jeffrey - L'attente n'entame en rien l'optimisme de Balcorp

Le gouvernement n'a toujours pas dit s'il accordera la garantie de prêt qui permettrait la relance de Mine Jeffrey, mais Balcorp, l'entreprise qui pilote le dossier, soutient que les discussions progressent bien et dit avoir bon espoir d'obtenir le feu vert de Québec. Le controversé dossier de l'amiante devrait d'ailleurs être abordé au cours de la mission économique que mène actuellement le ministre Clément Gignac en Inde.

Le porte-parole de Balcorp Limited, Guy Versailles, a indiqué hier que l'entreprise était optimiste quant à la suite des choses, mais qu'elle en était toujours à «négocier» avec le gouvernement libéral et à «discuter des conditions» qui permettraient d'assurer la relance de la mine située à Asbestos. Et négociations obligent, il s'est fait avare de commentaires. «Tout ce que je peux vous dire, c'est que, pour nous, le projet avance bien. On est très confiants, mais je ne peux pas aller dans le détail des échanges qu'on a avec le gouvernement.»

«Ce que je peux vous dire aussi, c'est qu'on n'est définitivement pas en train de reculer, pas du tout, a-t-il poursuivi. C'est un projet qui, quant à nous, est fiable et rentable, et nous voulons aller de l'avant. Mais ces choses-là prennent du temps. Ça prend un minimum de temps pour mettre en place tous les morceaux, mais surtout faire toutes les vérifications nécessaires.» Ces délais ne signifient pas, selon lui, que les choses piétinent. «Nous sommes très optimistes», a précisé M. Versailles.

Le «groupe d'investisseurs internationaux» réuni par Balcorp réclame une garantie de prêt de 58 millions de dollars de la part de Québec. Le consortium compte pour sa part investir jusqu'à 25 millions de ses propres fonds dans l'entreprise.

Lié aux libéraux?

Balcorp Limited est dirigée par Baljit S. Chadha. Cet homme d'affaires a récolté 19 000 $ pour le Parti libéral du Québec, en 2009, lors d'un cocktail de financement à sa résidence de Westmount où Jean Charest était l'invité d'honneur. Un porte-parole du PLQ a d'ailleurs précisé à La Presse canadienne que M. Charest ne se prête qu'exceptionnellement à ce genre d'événement de financement, à plus forte raison lorsqu'ils se produisent dans une résidence privée.

Par voie de communiqué, Balcorp a confirmé la chose hier, tout en soutenant que cette soirée et le dossier de la relance de Mine Jeffrey ne sont pas liés. «L'événement a eu lieu un an avant que M. Chadha ne prenne connaissance de la fermeture imminente de la mine. Les deux événements ne sont liés d'aucune façon.» Bien que Balcorp soit un client de Mine Jeffrey depuis plus de 15 ans, M. Chadha aurait été informé du risque que Mine Jeffrey ait à déposer son bilan seulement au cours de l'été 2010.

Au cabinet du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, on a par ailleurs rappelé hier qu'aucune décision n'avait encore été prise quant à l'octroi d'une garantie de prêt. L'attachée de presse du ministre Gignac, Jolianne Pronovost, a indiqué qu'on en était toujours à préciser le «montage financier» qui permettrait d'assurer la viabilité de l'entreprise. Le gouvernement souhaite aussi garantir une «utilisation sécuritaire» de la fibre qui serait exportée, principalement en Inde.

Le sujet devrait d'ailleurs être abordé cette semaine dans le cadre de la mission économique que dirige le ministre Clément Gignac en Inde. «On s'attend à ce qu'il soit abordé», a dit Mme Pronovost. Le directeur du développement des affaires de Balcorp, Harshal Owalekar, fait partie de la délégation québécoise. La mission débute à Mumbai, principal centre économique et financier du pays. Elle se dirigera ensuite vers la capitale, Delhi. Certains participants se rendront également à Bangalore.

Le directeur général de la prévention-inspection et partenariat de la Commission de la santé et de la sécurité au travail, Normand Paulin, est aussi du voyage. Il devrait discuter avec des responsables nationaux de la possibilité de collaborer sur des questions de sécurité dans le dossier de l'amiante. Mais une ONG indienne qui se consacre à la santé au travail l'a exhorté à rejeter toute utilisation «prétendument sécuritaire» de ce minerai.

De nombreux détracteurs de l'amiante se sont manifestés au cours des derniers mois. Selon la Société canadienne du cancer (SCC), le gouvernement Charest ne doit pas soutenir la réouverture de la mine. L'organisme estime qu'accorder une garantie de prêt à Mine Jeffrey nuirait à la réputation du Canada comme chef de file international en matière de santé publique. Selon la SCC, la reprise des activités d'extraction et d'exportation de la mine contribuerait à propager l'épidémie de cancers causés par l'amiante, qui font 90 000 morts chaque année à travers le monde.