L'endettement des ménages menace la stabilité financière du pays

Photo: Agence Reuters

La Banque du Canada est revenue sur le thème de l'endettement des ménages pour soutenir que l'actuel niveau record pourrait menacer la stabilité financière du Canada. La banque centrale craint l'effet de contagion dans l'expectative d'une stabilisation du marché immobilier.

Dans un discours prononcé hier devant le Canadian Club of Kingston, Agathe Côté, sous-gouverneure à la Banque du Canada, a invité les ménages et les institutions prêteuses à la vigilance. «La Banque reconnaît que des taux directeurs bas, même s'ils sont nécessaires à la réalisation de la cible d'inflation, créent leurs propres risques. La prudence exercée par les particuliers et les institutions financières forme le premier rempart contre ces risques», a-t-elle souligné.

Les dépenses des ménages représentent environ 60 % de la demande globale au Canada. Elles ont combiné leur effet aux stimulants gouvernementaux pour permettre au Canada de se remettre rapidement sur pied au sortir de la dernière récession. Mais cela dit, le bilan des ménages a continué à s'alourdir depuis, avec la persistance des coûts d'emprunt à des seuils historiques. «Depuis le creux de la récession, le crédit aux ménages a crû à un rythme environ deux fois plus rapide que le revenu disponible des particuliers. Au troisième trimestre de 2010, la dette des ménages canadiens avait atteint 148 % du revenu disponible», a rappelé Mme Côté.

La sous-gouverneure parle d'accélérateur financier. À l'instar de la situation observée aux États-Unis lors de la dernière flambée immobilière, la faiblesse des taux d'intérêt et la hausse du prix des propriétés incitent les ménages à mettre à contribution la plus-value de leur propriété pour financer leurs dépenses. «Au cours de la dernière décennie, les prêts garantis par la valeur des propriétés ont crû en proportion de l'ensemble des crédits aux ménages au Canada. Selon les calculs de la Banque du Canada, le volume des lignes de crédit et des prêts garantis par l'avoir propre foncier a augmenté de pas moins de 170 % — soit près de deux fois plus rapidement que la dette hypothécaire — et représente maintenant 12 % de la dette totale des ménages», a-t-elle mis en exergue.

Ce faisant, «la proportion des ménages qui sont dans une situation financière difficile, et de ce fait vulnérables à un choc négatif, a beaucoup augmenté ces dernières années».

Une partie des liquidités ainsi dégagées a servi au remboursement d'autres dettes, commandant un taux d'intérêt plus élevé. Selon les données de la Banque du Canada, environ le tiers des prêts sont utilisés à cette fin. Et quelque 20 % sont investis dans des actifs financiers. «La moitié restante est consacrée aux dépenses de consommation courantes et à la rénovation ou encore à l'achat d'une autre propriété.» Et Agathe Côté d'ajouter: «Il semble peu probable que les gains que tireront les ménages des prix des propriétés alimentent leur richesse autant que cela a été le cas ces dernières années.»

À la Banque du Canada, on mise sur un scénario selon lequel la progression des dépenses des ménages ralentira pour se rapprocher de celle des revenus. Par contre, un brusque affaiblissement du secteur canadien du logement pourrait avoir des répercussions considérables sur d'autres secteurs de l'économie tels que la consommation. «Au niveau global, le risque est qu'une dégradation des conditions économiques, en entamant la qualité des prêts octroyés aux ménages, se transmette à l'ensemble du système financier. Il s'ensuivrait un resserrement des conditions du crédit qui pourrait déprimer l'activité réelle et compromettre la stabilité financière, ces deux conséquences se renforçant l'une l'autre.»

«En l'absence d'un changement de comportement marqué, la proportion de ménages susceptibles d'être gravement touchés par des chocs négatifs de revenu et de richesse continuera d'augmenter», a martelé Mme Côté.

La Banque du Canada n'en est pas à son premier cri d'alarme au sujet de l'endettement des ménages dans une perspective de remontée des taux d'intérêt. Le surintendant des faillites, James Callon, y a fait écho vendredi. «Des événements importants, comme un changement dans l'emploi ou le revenu, un changement dans la situation de famille ou une grave maladie, peuvent drainer considérablement leurs finances», a aussi noté M. Callon. Il a indiqué que le nombre de faillites déclarées dans la période de 12 mois prenant fin en octobre était de 22,5 % plus élevé qu'à la période précédant la récession de 2007-2008.