Mesure de la croissance économique - L'Italie désire évaluer le bien-être de ses habitants

L’espérance de vie pourrait être l’un des indicateurs du «bien-être», tout comme l’engagement des citoyens dans des associations caritatives et le niveau d’émissions de CO2.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mustafa Ozer L’espérance de vie pourrait être l’un des indicateurs du «bien-être», tout comme l’engagement des citoyens dans des associations caritatives et le niveau d’émissions de CO2.

La Grande-Bretagne étudie la question, la France aussi. Voilà maintenant que l'Italie se met de la partie elle aussi et va mettre au point des indicateurs pour aller au-delà du produit intérieur brut (PIB), de manière à mesurer le «bien-être» de sa population.

«Nous devons aller vers différents indicateurs nous permettant de comprendre et de calculer le bien-être du pays et de ses citoyens», a indiqué hier au quotidien La Repubblica le président de l'institut italien des statistiques (Istat), Enrico Giovannini.

«Le but est d'offrir une solution de rechange qui puisse nous permettre de comprendre les questions qui nous échappent quand l'unique paramètre utilisé est celui du PIB. Le progrès d'une société ne peut pas seulement être mesuré avec un critère monétaire», a-t-il ajouté.

M. Giovannini a indiqué que les indicateurs seront élaborés d'ici 2012.

La mesure du PIB comme seul baromètre pour évaluer l'état des lieux dans un pays donné est loin de faire l'unanimité. On lui reproche, entre autres choses, de ne tenir aucunement compte des effets secondaires de la croissance: pollution atmosphérique, déchets, déforestation, utilisation des ressources naturelles, etc.

Mais il y a aussi l'individu. En 2009, des chercheurs du Centre d'étude des niveaux de vie, à Ottawa, ont estimé que dans plusieurs provinces les gains au chapitre du niveau de vie sur 30 ans étaient moins importants si on incluait des facteurs comme l'inégalité et l'insécurité.

Les questionnements concernant le PIB remontent à plusieurs décennies. Dans les années 70, l'économiste Richard Easterlin, de l'University of Southern California, a développé l'hypothèse voulant que, si le bonheur d'un pays et sa richesse vont de pair, au bout d'un certain temps les augmentations de richesse n'ont plus d'effet sur ce bonheur.

Et cet automne, le premier ministre David Cameron, dont le gouvernement est en train d'imposer un régime d'austérité brutal, a dit lors d'une conférence organisée par Google: «Le bien-être ne peut être mesuré par la richesse ou négocié sur les marchés. Il y a aussi la beauté de notre espace de vie, la qualité de notre culture et, surtout, la vitalité de nos relations. L'amélioration de notre sens du bien-être est, je crois, le défi central de notre époque.»

«Je crois qu'il est temps d'avouer que la vie ne tient pas qu'à l'argent et il est temps que nous nous concentrions, non pas juste sur le PIB, mais sur le bien-être», a-t-il ajouté.

Lorsque M. Easterlin a mis son étude à jour il y a quelques jours, en incluant des pays en voie de développement, un sociologue britannique en a profité pour dire au quotidien The Guardian que, si M. Cameron se souciait à ce point du bien-être de ses compatriotes, il aurait dû y aller moins fort dans le régime d'austérité.

Stiglitz et Sarkozy


La démarche de M. Giovannini est inspirée du rapport du Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, remis en 2009 au président français Nicolas Sarkozy et qui suggérait de compléter la mesure de la croissance économique, actuellement évaluée par le PIB, par des indicateurs de bien-être.

M. Giovannini faisait partie de la commission Stiglitz au titre de chef statisticien de l'OCDE, poste qu'il a occupé jusqu'en 2009.

L'Istat pourrait notamment intégrer dans ce panier d'indicateurs du «bien-être» l'espérance de vie, le taux de chômage, le degré de cohésion sociale, l'engagement des citoyens dans des associations caritatives et le niveau d'émissions de CO2, a-t-il dit.

Mais «personne sur le plan international ne veut remplacer le PIB», a nuancé M. Giovannini. Le but est seulement d'ajouter des indicateurs pour «pouvoir interpréter le progrès d'un pays ou le degré de bien-être équitable et durable, mais pas le bonheur, comme certains le pensent de façon erronée». «En somme, l'espérance d'avoir un indicateur unique qui synthétise tout cela est vaine», a-t-il jugé.

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Avec l'Agence France-Presse

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