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Écotech Québec - Le Québec relèvera-t-il le défi des technologies propres ?

Denis Leclerc: «Les technologies propres (TP) doivent devenir un secteur stratégique de la nouvelle économie du Québec.»<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Denis Leclerc: «Les technologies propres (TP) doivent devenir un secteur stratégique de la nouvelle économie du Québec.»

Après 20 ans de service au sein de grandes entreprises dans le domaine des ressources naturelles, Denis Leclerc a été repéré en septembre dernier par un chasseur de têtes pour devenir président et chef de la direction d'une société naissante, baptisée quelques mois plus tard Écotech Québec. Il s'agissait d'un virage important et d'un défi à relever pour lui et pour toute la société québécoise.

Écotech Québec est la nouvelle grappe des technologies propres (TP), dont la naissance ne s'est pas faite sans douleur, puisque diverses personnes et divers groupes y avaient travaillé depuis au moins cinq ans. M. Leclerc souligne qu'une grande part du mérite de la création de cette grappe revient à Andrée-Lise Méthot, qu'il qualifie de «tourbillon». Celle-ci a été la bougie d'allumage en réussissant à former un petit noyau d'entrepreneurs, puis un conseil d'administration provisoire, avant de recruter un consultant pour dresser les grandes lignes de ce que devait être une grappe des TP. Mme Méthot est ingénieure, détentrice d'une maîtrise en sciences et fondatrice de Cycle Capital Management. Elle a 15 ans d'expérience dans le financement d'entreprises. Elle a mis sur pied et dirigé le premier fonds de capital de risque spécialisé dans les TP au Québec. Elle a participé à plusieurs organisations ici et à l'étranger, notamment en tant que coprésidente du Groupe de travail des Nations unies pour l'environnement. Elle est actuellement présidente du conseil d'administration d'Écotech Québec.

Diverses instances municipales de la région métropolitaine et la Ville de Montréal, ainsi que quelques ministères provinciaux, ont contribué au projet en pilotant divers travaux de réflexion stratégique. Des centaines de personnes se sont engagées. Il allait de soi que cette grappe transversale rejoigne une très large gamme d'entreprises et couvre l'ensemble du territoire québécois, puisque 40 % des sociétés engagées dans les TP se trouvent à l'extérieur du Grand Montréal. Celles-ci touchent les sources d'énergie renouvelables (solaire, éolienne, hydro, géothermie, biofuels), l'efficacité énergétique, y compris les contrôles pour la distribution, et il y a aussi le secteur des «autres» technologies propres au service de l'eau, l'air, la gestion des déchets, la gestion écologique des sols et des eaux souterraines.

Au total, on parle d'au moins 420 entreprises dont plus de 50 % dans la catégorie des «autres» TP.

Il y a au Québec un fort potentiel dans les TP, expliquait Richard Bruno dans une présentation faite au deuxième forum de la grappe, en novembre dernier. Le Québec est un leader en hydroélectricité, il a une masse critique en génie-conseil et un système de formation des ingénieurs et techniciens de bonne qualité. Toutefois, le marché intérieur est peu dynamique pour ce qui est des TP et du financement des entreprises. Il y a peu de zones d'excellence québécoises reconnues dans le monde. La situation est toutefois meilleure dans les technologies de l'eau, de l'air, des déchets et de la gestion écologique. Selon M. Bruno, Écotech devra prendre un certain nombre de mesures: mener une évaluation du cadre fiscal et réglementaire québécois et canadien, en comparant avec les meilleures pratiques internationales. «À l'étranger, très souvent ce sont les gouvernements qui ont pris l'initiative, non pas en versant des subventions, mais en procédant à l'adaptation du cadre réglementaire et fiscal», constate M. Leclerc. Il souligne que des pays, par exemple l'Allemagne, fixent aux entreprises un horizon pour atteindre certains objectifs, sans être trop rigides, afin de laisser le temps à celles-ci de développer leur propre TP, au lieu de les acheter ailleurs.

La grappe québécoise des TP doit absolument créer une synergie entre tous ses intervenants (chercheurs, investisseurs, partenaires commerciaux), «sinon on n'atteindra pas notre plein potentiel», insiste-t-il. Depuis novembre dernier, Écotech offre dans son site Internet une carte interactive qui présente les entreprises innovantes et les centres de recherche québécois oeuvrant dans le secteur des TP, une façon concrète de faire connaître tous les joueurs et de les mettre en contact les uns avec les autres.

Une course mondiale vers les technologies propres

La course vers les TP est en cours dans plusieurs pays, à commencer par les États-Unis et la Chine, qui consacrent des sommes fabuleuses au développement de ces TP. Daniel Gagnier, l'un des conférenciers au deuxième forum, considère que le Québec peut participer à cette course en faisant des choix stratégiques, dans le contexte global d'une transition économique qui va changer la manière de créer de la richesse sur une période 25 à 40 ans «Nous devons transformer notre secteur énergétique. On le fait ou d'autres le feront à notre place», dit-il. Ce sont des centaines de milliards qui seront investis pour le développement et l'installation des TP. Selon certaines études, les TP associées à l'énergie pourraient devenir le troisième secteur industriel mondial d'ici 2020. Sur l'ensemble du capital de risque, les TP accaparent déjà 23 % des investissements, en comparaison de 20 % pour les biotechnologies et 16 % pour les logiciels, aux États-Unis, selon les données du second trimestre de 2010.

À la Bourse de Toronto, 128 compagnies inscrites totalisent une capitalisation de 17,5 milliards. Cette année, 78 financements ont apporté un milliard en capitaux à ces sociétés. Entre 1999 et 2010, 60 milliards ont été investis dans les entreprises canadiennes inscrites en Bourse. À l'échelle mondiale, l'industrie des TP exporte 80 % de sa production. Mme Méthot mentionne qu'il y a au Québec «de grandes industries qui peuvent propulser les TP dans le monde». Elle veut que la grappe des TP suive la voie tracée par le secteur de la culture, les Cirque du Soleil, Luc Plamondon, etc. «Les TP doivent devenir un secteur stratégique de la nouvelle économie du Québec», ajoute M. Leclerc.

La grappe québécoise des TP est encore en mode de démarrage. Elle a un petit noyau de partenaires de prestige et d'appui financier, qui sont Bell, Cascades, Davis Ward Phillips &Vineberg, Deloitte, Desjardins et Investissement Québec. Elle a recruté depuis le 1er octobre 75 membres, qui sont de grandes et petites entreprises, des associations, des établissements financiers. Son budget de fonctionnement annuel sera d'un million par année. Écotech a ses bureaux dans les locaux d'Investissement Québec et son personnel se limite à quatre personnes.

Certains joueurs très importants ne font pas encore partie d'Écotech Québec. C'est le cas d'Hydro-Québec (et son Institut de recherche), qui pour l'instant préfère «regarder aller la grappe dans sa première année d'existence», selon M. Leclerc. Bombardier n'en fait pas partie non plus, pas plus que Greenpeace et Équiterre, à qui cependant le nouveau président et chef de la direction dit parler. «Nous allons collaborer avec ceux qui veulent collaborer», explique-t-il. Écotech n'est pas un groupe écologiste, comme on l'entend habituellement. Il ne prend pas position dans le chaud débat sur les gaz de schiste. Pour faire partie de la grappe, il faut bien sûr avoir un impact écologique, mais aussi présenter un avantage concurrentiel, assurer un rendement sur investissement et rayonner au Québec. Dès le début de 2011, Écotech ouvrira plusieurs chantiers de travail. «Nous n'avons pas besoin de gérants d'estrade, mais de gens qui font des choses», insiste la présidente du conseil.

En fait, l'année 2011 est de bon augure pour Écotech. Le Global Cleantech Cluster Association, un regroupement de grappes de TP qui à la fin de 2011 va représenter les plus grandes grappes au monde, comprenant 10 000 entreprises et 500 universités et centres de recherche, tiendra sa première conférence internationale à Montréal en août. M. Leclerc se dit très fier d'avoir établi un contact avec cet organisme, qui devient un lien incontournable pour Écotech pour mener à bien sa stratégie consistant à établir des réseaux de contact à travers le monde. Cette réunion aura lieu dans le cadre du Sommet mondial Écocité 2011 à Montréal, qui regroupera 1500 participants issus de 50 pays et venus pour réfléchir sur le thème de la ville écologique. En mars, il y aura Americana, le Salon international des technologies écologiques.

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Collaborateur du Devoir