À Liverpool, la patience de Shell est sans limite

Un camion-citerne de Shell à la raffinerie de Stanlow, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Shell voudrait bien se débarrasser de ce complexe pétrolier, et elle en négocie la vente depuis un an. Transaction ou pas, le raffinage se poursuivra, assurent ses dirigeants.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Andrew Yates Un camion-citerne de Shell à la raffinerie de Stanlow, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Shell voudrait bien se débarrasser de ce complexe pétrolier, et elle en négocie la vente depuis un an. Transaction ou pas, le raffinage se poursuivra, assurent ses dirigeants.
Contrairement à ce qui s'est produit à Montréal-Est, Shell a indiqué hier que sa raffinerie dans la région de Liverpool, en Grande-Bretagne, continuera de fonctionner même si la société n'arrive pas à la vendre.

Le complexe de Stanlow, qui fait l'objet de négociations avec l'entreprise indienne Essar Oil depuis environ un an, est le seul raffineur dans le nord-ouest du pays et alimente notamment les aéroports de Liverpool et de Manchester.

Plusieurs médias européens, à la fois continentaux et locaux, ont fait état hier de cette annonce que Shell aurait faite à ses employés.

«Si nous ne pouvons pas obtenir la valeur adéquate pour les actifs, nous allons cesser de chercher à les vendre et Stanlow fonctionnera à titre de raffinerie dans le portefeuille de Shell», a dit un porte-parole de Shell au journal Ellesmere Port Pioneer, qui dessert une banlieue de Liverpool.

«Nous n'envisageons ni de fermer la raffinerie ni de la convertir en terminal de stockage», a-t-il ajouté. Shell a bel et bien reçu une offre d'achat et se donne jusqu'au mois de février pour finaliser la transaction. L'Ellesmere Port Pioneer a ajouté que, selon un responsable syndical, les négociations portent maintenant sur la période de transition.

Contraste avec Montréal

La situation contraste fortement avec celle qu'a vécue le personnel de Montréal-Est, dont le syndicat soupçonne Shell d'avoir fait semblant d'essayer de trouver un acheteur pour sa raffinerie. Cela lui a permis, dit-il, d'éviter de reconnaître dès le départ que le plan A était de la transformer en terminal de stockage. Shell a toujours affirmé être de bonne foi.

Un comité de relance présidé par Michael Fortier avait déniché un acheteur potentiel, le holding israélien Delek, mais les négociations ont vivoté pendant des semaines avant de s'échouer cet été sur la question des sommes qu'il aurait fallu investir pour effectuer les entretiens nécessaires pour la raffinerie.

La raffinerie de Liverpool, construite dans les années 20, peut traiter environ 270 000 barils de pétrole par jour. Aux 800 syndiqués s'ajoutent 800 sous-traitants. Celle de Montréal-Est, qui ne raffine plus depuis le mois d'octobre et a licencié la quasi-totalité de ses 350 syndiqués, pouvait en traiter 130 000. En incluant les cadres, le personnel se chiffrait à environ 500 personnes.

Au terme de sa conversion en terminal, le complexe de Montréal-Est comptera 44 syndiqués et une soixantaine de cadres. Des négociations sont en cours pour coucher sur papier une nouvelle convention collective.

La direction de Shell ne peut toutefois démanteler la raffinerie de Montréal tant qu'elle n'a pas obtenu une autorisation explicite de la part du ministère des Ressources naturelles. La Loi sur les produits pétroliers, adoptée par le gouvernement Bourassa dans les années 80 après le démantèlement rapide de la raffinerie d'Esso, vise notamment à «assurer le maintien et la sécurité des approvisionnements en produits pétroliers».

Lors d'un entretien avec Le Devoir cet été, Ron Wood, le secrétaire de la section locale NW428, qui représente les employés de Liverpool, avait affirmé que «les gens sont convaincus qu'on va continuer à fonctionner».

«Si on nous ferme, l'approvisionnement serait plus difficile. Nous sommes le seul raffineur pour le nord-ouest du Royaume-Uni. Nous alimentons les aéroports de Liverpool et de Manchester et fournissons l'essence pour toute une partie du pays», avait-il affirmé.