Les Panneton du milieu du raffinage

Shell a très rarement évoqué le sort ultime de l'équipement. Tout au plus un juge de la Cour supérieure, dans le cadre d'une audition portant sur une demande d'injonction de la part du syndicat cet automne, s'est-il fait dire qu'il y a effectivement un marché mondial pour de l'équipement usagé.
Photo: - archives Le Devoir Shell a très rarement évoqué le sort ultime de l'équipement. Tout au plus un juge de la Cour supérieure, dans le cadre d'une audition portant sur une demande d'injonction de la part du syndicat cet automne, s'est-il fait dire qu'il y a effectivement un marché mondial pour de l'équipement usagé.

Le 5 décembre 2005, le Port de Hamilton a diffusé un communiqué pour le moins inusité. «L'expédition de la raffinerie de Petro-Canada, située à Oakville et destinée au Pakistan, commence aujourd'hui.» Une affaire de deux ans, disait-on. Le premier chargement était de huit tonnes, en route vers un grand total de 125.

Cinq ans plus tard, le travail n'est pas terminé. Environ 90 % de la raffinerie a pris la direction du Moyen-Orient, mais le site Internet de l'acheteur, Indus Refinery Limited, est statique depuis 2007. «Il y a eu un problème de financement», dit au Devoir un employé de la compagnie ontarienne chargée de s'occuper de la logistique portuaire.

Quoi qu'il en soit, une raffinerie, ça se transplante. Ce qui nous amène à celle de Shell à Montréal-Est, qui ne raffine plus de pétrole et qui, selon les plans de la compagnie, sera convertie en simple terminal de stockage de carburants dont l'essence arrive par bateau.

Shell a très rarement évoqué le sort ultime de l'équipement. Tout au plus un juge de la Cour supérieure, dans le cadre d'une audition portant sur une demande d'injonction de la part du syndicat cet automne, s'est-il fait dire qu'il y a effectivement un marché mondial pour de l'équipement usagé.

Options

«Nous sommes toujours en attente de la décision de la ministre des Ressources naturelles [Nathalie Normandeau] concernant le permis de démolition et nous sommes à évaluer les différentes options quant à la disposition de nos équipements et des pièces», a dit par courriel cette semaine la porte-parole de Shell au Québec, Nicole Belval.

En effet, la loi québécoise stipule qu'une compagnie ne peut déconstruire ses installations sans feu vert ministériel, notamment pour des considérations de sécurité d'approvisionnement énergétique.

Déconstruire une raffinerie est une opération à la fois gargantuesque et délicate. Sur le site d'Indus, on évoque l'ampleur du travail qui a été celui de l'entrepreneur ontarien en démantèlement, E. S. Fox.

«Le personnel attribue une couleur et un code à chaque composante de la raffinerie, y compris sur le matériel en vrac, comme les tuyaux et l'acier structurel. C'est critique au succès de la reconstruction, écrit Indus. Au fil du démantèlement, tout l'équipement individuel est entreposé dans un espace où se fait l'emballage, la mise en caisse et la mise en conteneur.»

Une des firmes spécialisées dans cette science s'appelle Lohrmann International, basée en Allemagne. En début d'année, la compagnie a eu un contrat de 200 millions pour déménager une raffinerie de 30 000 barils par jour de Chypre au Nigeria. Elle est aussi en train d'effectuer le transfert d'une raffinerie allemande de 100 000 barils par jour vers l'Inde, où l'équipement transplanté sera exploité par le groupe indien CALS.

Au moins un an

Prié de décrire les opérations de manière générale, son directeur du développement des affaires a pris la peine de répondre, mais a été peu loquace.

«Nous estimons un échéancier d'environ 12 mois — cependant, ce n'est qu'une estimation brute», a écrit Nardi Datcu dans un courriel au Devoir. «Le démantèlement en vue d'une réérection est extrêmement complexe et exige du travail d'ingénierie très précis dès le début, de même que la participation de spécialistes divers — ingénieurs en processus et ingénieurs civils, logisticiens, spécialistes en tuyauterie, etc.»

Avez-vous été contacté par Shell? «Ceci est strictement confidentiel pour le moment», a répondu M. Datcu.

Estimant les marges de profit trop faibles dans ce créneau, Shell a entrepris de diminuer de 15 % ses activités de raffinage. Montréal n'a pas été la seule ville frappée par cette décision. Göteborg, en Suède, Liverpool et les villes allemandes de Heide et de Harburg ont également fait l'objet de ventes ou d'efforts en ce sens. Une dizaine de raffineries européennes ont été placées sur le marché, tout comme quelques établissements américains et japonais.

«Les fermetures de raffineries sont pour nous des occasions d'affaires», a dit M. Datcu à l'agence de presse Reuters en mai 2010. «Nous évaluons plusieurs raffineries ou unités de raffinage [de produits divers ou lubrifiants].»
1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 18 décembre 2010 11 h 50

    L'est, dans cent ans

    Quand les dentelles de métal des raffineries et leurs torchères fumantes, toutes devenues emblématiques de l'est de Montréal, ne feront plus partie du paysage, il restera un sol contaminé où même le chiendent ne poussera pas. Il faudra bien un jour prendre ce sol et le retourner mille fois pour y remettre la vie comme autrefois nos ancêtres ont dessouché des terres arides. Des forêts de cheminées, c'est assez joli dans le soleil couchant, mais j'aimerais mieux voir là-bas des toitures de maisons et des jardins où s'amusent des enfants. L'est de Montréal a déjà été un endroit très beau, pourquoi faudrait-il que tout s'enlaidisse avec le temps?