Prêts à tout pour protéger la zone euro

Timothy Geithner<br />
Photo: Agence Reuters Jonathan Ernst Timothy Geithner

Bruxelles — L'Union européenne a mis sur les rails hier un mécanisme d'entraide financière durable pour permettre à la zone euro de mieux résister aux crises, après les plans de sauvetage en Grèce et en Irlande, et affirmé vouloir mettre tous les moyens nécessaires sur la table.

«Nous nous tenons prêts à faire tout ce qui est nécessaire pour garantir la stabilité de la zone euro», indique un projet de déclaration des chefs d'État et de gouvernement réunis en sommet en Bruxelles hier soir, selon des diplomates. «C'est une manière de dire qu'ils sont disposés à mettre beaucoup d'argent sur la table» pour venir en aide aux pays qui connaîtraient de grosses difficultés comme la Grèce et l'Irlande, décrypte un diplomate européen.

«Il y a une volonté commune aussi d'avoir autant d'argent qu'il est nécessaire» pour le nouveau mécanisme, a même déclaré le premier ministre belge, Yves Leterme, dont le pays préside l'UE, à la radio publique belge RTBF, à l'issue d'une séance de travail des dirigeants européens.

Concrètement, lors du sommet, les dirigeants sont tombés d'accord pour modifier le traité de Lisbonne afin de permettre la création d'un Fonds de secours permanent à l'intention des pays de la zone euro, en cas de crise grave. Le texte sur lequel ils se sont entendus indique qu'à l'avenir «les États membres de la zone euro sont autorisés à créer un mécanisme de stabilité qui sera activé si cela s'avère indispensable pour garantir la stabilité de l'euro dans son ensemble».

L'Allemagne exigeait cette garantie juridique. Berlin craignait sinon de se faire censurer par sa cour constitutionnelle, car le traité actuel qui régit l'UE n'autorise pas en principe un pays de la zone euro à être sauvé de la banqueroute par ses partenaires. Le traité doit être effectivement changé en 2011. Cette modification devra ensuite être ratifiée par les 27 pays de l'UE, en principe par voie parlementaire.

Échaudée par la crise grecque au printemps, l'Europe a déjà mis en place un Fonds de secours provisoire, financé par la zone euro (440 milliards d'euros) le FMI et l'UE, qui expirera à la mi-2013. Au total, une capacité de prêts de 750 milliards d'euros.

Pour lui succéder, un dispositif permanent sera mis en place afin de rassurer les marchés sur la capacité de réaction de la zone euro. Après la Grèce et l'Irlande, l'Espagne, le Portugal ou encore la Belgique apparaissent vulnérables. Principale nouveauté: les banques et fonds privés détenteurs de dette publique pourront contribuer au sauvetage d'un pays en faillite, au cas par cas.

Certains responsables européens veulent toutefois aller plus loin en créant des «euro-obligations», des emprunts d'État communs pour mutualiser les risques entre pays et protéger les plus faibles. La présidence belge de l'UE y est très favorable. «C'est une idée qui fait son chemin [...] c'est un élément inévitable qui verra le jour», a assuré M. Leterme.

Mais l'Allemagne ne veut pas en entendre parler. «Avec des euro-obligations on ne réglerait pas les faiblesses de l'Europe, on ne ferait que les transmettre à tout le monde», a jugé Mme Merkel.

Dans l'immédiat, le calme précaire revenu sur les marchés est dû surtout à l'action de la Banque centrale européenne (BCE), qui achète massivement les obligations des pays fragiles de la zone euro. L'institut monétaire a d'ailleur décidé hier de doubler son capital à 10,76 milliards.

L'Europe reste toutefois critiquée pour sa lenteur de réaction face à la crise. «Le processus de prise de décision en Europe est long, bien plus lent que la vitesse des marchés», a mis en garde le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn. «Je suis inquiet, c'est pourquoi j'exhorte les Européens à apporter une solution globale», a-t-il ajouté.
3 commentaires
  • Alain Deloin - Inscrit 17 décembre 2010 10 h 42

    la zone Euro agonise lentement...

    Aucun plan de "sauvetage permanent" ne sauvera l'Espagne, la Belgique ou l'Italie, les banques allemandes et françaises exposées aux dettes grecques, irlandaises, espagnoles et la BCE qui accumule des milliards de "junkbonds" dans ses caisses. Il y'a en zone Euro un entrelacs de dettes et de créances qui ressemble à un schéma de Madoff à la puissance 10.

    Soit (1) les pays du sud fortement endettés et l'Irlande retrouvent le chemin d'une forte croissance et remboursent en renégociant leurs échéanciers, soit (2) l'édifice s'effondre et nous allons prendre le tsunami financier en pleine poire.

    L’option 1 est mal partie avec les plans d'austérité. Elle suppose une sortie de la zone Euro des pays en question, ou encore, plus simple, de l'Allemagne.

    Globalement il n’y a pas de bonne solution. Toutes les options sont douloureuses... L'euro aura réussi le tour de force de créer de multiples "Argentine" en Europe, du temps ou le Peso argentin était aligné sur le US$. Sans parler de l’humiliation avec l’appel au FMI.


    A. Deloin, heureux comme un Français au Canada.

  • Sebastian Sajaroff - Inscrit 17 décembre 2010 11 h 55

    Pourquoi tellement de peur à sortir de l'Euro?

    Bonjour,

    Je peux vous confirmer que la situation économique dans la Eurozone
    ressemble énormément à la situation dans mon pays natal
    (l'Argentine) un ou deux ans avant l'éffondrement de 2001.

    La dévaluation (donc, le retour aux monnaies ancestrales telles que
    la Peseta, la Lire, le Dracma, etc) serait une solution bien moins
    douleureuse que rester coincé dans une monnaie commune qui ne
    fait l'affaire à personne.

  • Bernard Terreault - Abonné 18 décembre 2010 10 h 45

    Pourquoi chager ce qui marchait bien

    Du temps d'Adenauer et de De Gaulle quand l'Europe n'avait pas d'autre ambition que d'être un MARCHÉ commun (une sorte d'ALENA, quoi), elle a fait des progrès économiques spectaculaires, se relevant des ruines de la guerre mondiale, améliorant considérablement le niveau de vie de sa population, et prenant le leadership mondial dans plusieurs domaines. L'union POLITIQUE de cultures aussi disparates et un leurre.