L'Assomption est sous le choc de la décision de la multinationale de l'électroménager - Memphis a ouvert son portefeuille

Clément Gignac<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Clément Gignac

Si l'avant-scène ici est une mosaïque de 1300 personnes qui perdront leur emploi en banlieue de Montréal, voici la coulisse: le Tennessee, la ville de Memphis et le comté de Shelby ont déroulé un tapis rouge de 132 millions afin de convaincre Electrolux de quitter L'Assomption pour construire une nouvelle usine au pays d'Elvis.

L'annonce de la fermeture de l'usine, une opération qui s'étirera jusqu'en 2013, a semé la consternation chez les employés, mais à Memphis, où le taux de chômage frise les 10 %, on se réjouissait hier de l'arrivée de ce gros fabricant d'appareils ménagers.

Cette arrivée s'est négociée en seulement deux mois dans le cadre d'une stratégie secrète baptisée «Project Journey», a révélé le maire de Memphis lors d'une conférence de presse couverte par les médias locaux. Il a d'abord fait l'annonce lors d'une allocution devant la chambre de commerce locale.

«Nous nous sommes vraiment donné beaucoup de mal là-dessus, a dit A. C. Wharton fils après son allocution. J'ai rarement vécu une opération aussi intense. Quand nous faisions une promesse, je pouvais identifier un individu qui pourrait personnellement honorer cette promesse.»

Selon les informations qui circulaient hier, l'objectif est de faire en sorte que la Ville et le comté versent 20 millions chacun. L'État fournirait pour sa part une enveloppe de 92 millions.

À L'Assomption, les employés gagnent en moyenne 18,75 $ l'heure, selon le syndicat. À Memphis, ils gagneront 13,50 $, ce qui ne comprend pas les avantages sociaux.

La construction de l'usine, un complexe de 700 000 pieds carrés qui coûtera 190 millions, commencera en 2011. L'usine embauchera 1200 personnes. À compter de 2012, la production glissera graduellement de Montréal vers Memphis. La compagnie exploite déjà une usine de 3000 employés à Springfield, à quatre heures de route de Memphis.

Ville dangereuse

La grande région de Memphis compte 1,3 million d'habitants, ce qui en fait le deuxième pôle d'activité du Tennessee. La ville est une habituée du palmarès des centres urbains les plus dangereux aux États-Unis. En 2006, elle s'était classée première au chapitre des crimes violents, selon le palmarès annuel du FBI. Le taux de chômage y est de 9,5 %.

Sur le site du Commercial Appeal, un quotidien de Memphis, les réactions étaient variées. Alors que certains saluaient la création d'emplois, d'autres internautes déploraient la contribution des gouvernements et estimaient que les salaires semblent bas. «Quelle garantie de pérennité la compagnie a-t-elle donnée à la Ville?», a demandé l'un d'eux.

Electrolux est une entreprise suédoise dont le chiffre d'affaires est d'environ 14 milliards. Fondée en 1918 et se classant aujourd'hui au deuxième rang des fabricants d'appareils ménagers, elle possède notamment Frigidaire, Westinghouse et les aspirateurs Eureka.

Selon le site icriq.com, qui reprend le répertoire d'entreprises manufacturières du Québec, l'usine de L'Assomption fait parfois appel à des sous-traitants et génère un chiffre d'affaires se situant entre 250 millions et 1 milliard de dollars. L'âge moyen des employés est de 48 ans, selon le syndicat.

Réaction syndicale

«Nous comprenons maintenant pourquoi la direction américaine a rejeté au cours des derniers mois toutes nos suggestions pour améliorer la production et la compétitivité de l'entreprise. C'est qu'Electrolsux avait déjà décidé de fermer l'usine et de transférer sa production à Memphis. C'est désolant de la part d'une multinationale comme Electrolux», a dit dans un communiqué Dave Chartrand, directeur du district 11 de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l'aérospatiale.

Le président de la FTQ, Michel Arsenault, dit avoir demandé une rencontre d'urgence avec le ministre du Développement économique, Clément Gignac, afin d'«empêcher cette fermeture».

Hier, le ministre Gignac n'a pas caché sa surprise et son agacement, d'autant plus que le gouvernement s'était engagé à verser 4,5 millions à Électrolux dans le cadre d'un projet de modernisation de plus de 40 millions. Il a promis de rencontrer rapidement les dirigeants de l'entreprise afin de les convaincre de faire marche arrière. Sinon, il compte bien remettre la main sur les deux millions de dollars que Québec a déjà versé à la multinationale.


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Avec La Presse canadienne
4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 16 décembre 2010 10 h 45

    M. Gignac

    Grande photo plus ou moins pertinente du ministre Gignac aujourd'hui. Lorsqu'il a été recruté par le gouvernement Charest je me suis naïvement dit que ça remonterait la crédibilité de ce cabinet : avec ce titre d'économiste en chef de la Banque Nationale, il éclipserait rapidement le pauvre Bachand en matière économique. Mais j'ai vu une personne sans dynamisme, qui s'exprime gauchement et qui semble toujours pris au dépourvu par les évènements.

  • Mario Jodoin - Inscrit 16 décembre 2010 21 h 11

    Quêteux ?

    Mais, non voyons. Quand un citoyen a besoin de l'aide de l'État, c'est un paresseux, un quêteux ou un parasite. Quand c'est une société, c'est une décision rationnelle.

  • Malartic - Inscrit 16 décembre 2010 23 h 06

    C'est ça la compétion

    J'ai bien peur qu'il y avait plus que des dons de l'État popur justifier cette relocation. Electrolux n'est pas le premier. Je me souviens d'une compagnie qui fabriquait des article de sport, en ONTARIO, et
    ils avaient découvert qu'ils pouvaient vendre leur batiment en Ontario, à profit, et s'en construire des neuf dans le mid-ouest américain, pour moins cher, plus avoir des travailleurs à presque moitié du coût. Nos manufactures à salaire élevé sont sujette à être remplacés par d'autre, ou les salaires sont sensiblement plus bas. Et la cerise sur le sundae est que les impositions de bénéfices sociaux sont moindres, parfois inexistant, ailleur. Est-ce qu'Electrolux recevra $132 millions ou auront-il des crédit de taxes et impôts pour $132 millions, dans lequel cas l'État donne un cadeau qui ne lui coûte rien.

  • Monsieur Pogo - Inscrit 17 décembre 2010 12 h 47

    Memphis (Mexique)

    C’est amusant, dans l’hebdo local (Lanaudière) il était écrit cette semaine que Electrolux déménageait de l’Assomption au Mexique…

    Mais, de toute façon, avec 13,50 $ de l’heure à Memphis, ces travailleurs américains vont vivre avec un train de vie… mexicain.

    En tout cas, grâce aux accords du libre échange qui a éliminé les barrières tarifaires, on va pouvoir acheter au Canada des appareils Electrolux fabriqués au pays d'Elvis au même prix qu’auparavant.