Bernard Landry se prononce pour le gaz de schiste et pour un moratoire - Le Québec doit être partenaire des gazières

L’ancien premier ministre est favorable à l’exploitation des gaz de schiste mais, dit-il, rien ne presse et le Québec doit y trouver son intérêt.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’ancien premier ministre est favorable à l’exploitation des gaz de schiste mais, dit-il, rien ne presse et le Québec doit y trouver son intérêt.

Bernard Landry invite le gouvernement Charest à refaire ses devoirs et à décréter un moratoire sur l'exploration gazière, le temps que le Québec puisse étudier les pratiques qui sont développées ailleurs, mais aussi que l'État prenne une participation significative dans le secteur. L'ancien premier ministre n'est pas opposé à l'exploitation du gaz de schiste, mais il estime qu'il faut corriger le tir, de façon à retirer des milliards de dollars de l'exploitation des hydrocarbures québécois.

Alors que les libéraux et les entreprises gazières ne cessent de répéter qu'un moratoire enverrait un «mauvais signal», l'ancien premier ministre juge qu'une telle mesure relève de la prudence la plus élémentaire. Selon lui, cela permettrait de prendre le temps d'étudier ce qui se fait aux États-Unis. «On a juste à les regarder faire. Voir comment ils vont affronter les dangers écologiques, car il y en a. Voir les erreurs qu'ils pourraient faire et les éviter. Pourquoi est-ce qu'on n'attendrait pas pour imiter ce qui se fait de mieux», a-t-il plaidé hier à la tribune de l'Association québécoise pour la maîtrise de l'énergie.

L'ex-ministre des Finances rappelle aussi que les prix sur le marché sont actuellement «très bas». «Retarder [l'exploration et l'exploitation] de quelques années ne peut que leur donner le temps de remonter. Le gaz est là depuis des millions d'années. Il va être là encore dans huit ans. Rien ne presse.» Selon plusieurs experts du secteur gazier, il est difficile de donner le feu vert à l'exploitation lorsque le gaz se vend entre 3,50 $ et 4 $ sur le marché. Il se situait hier à un peu plus de 4 $.

Pourquoi alors le gouvernement refuse-t-il de décréter un moratoire réclamé par plusieurs et depuis plusieurs mois? M. Landry insiste sur le caractère «entêté» du gouvernement Charest, gouvernement qui a selon lui mal géré le dossier depuis le début. «Si, dans les universités, on voulait enseigner un dossier mal géré, on enseignerait celui des gaz de schiste. Je n'en reviens pas à quel point le dossier a été mal géré, notamment du point de vue de l'information du public. Il y a des gens dans la vallée du Richelieu qui ont vu arriver des tours de forage chez eux et qui ne savaient pas ce qui se passait. Il faut que les gens de ces régions soient respectés et c'est possible.»

Oui au gaz

Selon lui, il ne fait aucun doute qu'il faut aller de l'avant avec l'exploitation de cette source d'énergie fossile. «Je pense que refuser une telle aventure serait absurde si les conditions environnementales sont respectées. Une des taches sombres de notre bilan énergétique, c'est que nous sommes des brûleurs de mazout. On a une chance de changer le mazout pour le gaz. Et au lieu de le faire venir de l'Alberta avec des pertes de 10 % sur le parcours du gazoduc, on peut le faire sortir de notre terre, sous notre contrôle.»

Mais pour rendre la chose plus acceptable, il faudra que les bénéfices pour les Québécois soient beaucoup plus substantiels que ce qui se profile à l'horizon. «La ministre Nathalie Normandeau a parlé de 250 millions de dollars par année, souligne Bernard Landry. Ça ne vaudrait pas la peine d'en discuter à ce prix-là, et c'est un ancien ministre des Finances qui parle. Je ne méprise pas 250 millions de dollars, mais quand tu as du gaz dans ton sous-sol, tu parles en milliards de dollars. On ne se lance pas dans l'exploitation du gaz dans une zone comme les Basses-Terres du Saint-Laurent si ça ne rapporte pas des milliards de dollars.»

Pour aller chercher ces milliards de dollars qui autrement échapperont au trésor public, il préconise une prise de participation de 49 % ou 50 % des sociétés d'État dans les entreprises qui vont exploiter le gaz québécois. Le gouvernement en tirerait ainsi des dividendes selon sa participation, en plus de redevances «appropriées». Une telle prise de participation pourrait passer par l'organe né de la fusion de la Société générale de financement et Investissement Québec. M. Landry souligne par la même occasion que le Québec n'aurait pas dû laisser aller au secteur privé les permis d'exploration.

L'ancien chef péquiste se dit par ailleurs en faveur de l'exploitation du gisement pétrolier d'Old Harry. «Nous consommons des hydrocarbures, alors pourquoi les importer quand on peut les produire nous-mêmes.»

En même temps, M. Landry plaide pour un accroissement significatif de l'apport de l'énergie dite propre dans le bilan de la province, notamment dans le secteur automobile. Il appuie également l'idée d'une hausse progressive des tarifs d'Hydro-Québec, étant donné le contexte budgétaire «difficile» du Québec.

Quant à la question du démantèlement de la raffinerie de Shell dans l'est de Montréal, il presse le gouvernement de refuser une telle option. Selon lui, un acheteur serait très intéressé par le rachat des installations de la multinationale. «Si Shell persiste à vouloir démanteler ses installations alors qu'il y a un acheteur, c'est du matérialisme égoïste et grossier». Qui plus est, «nos capacités de raffinage seront inférieures à nos besoins et nous devrons importer du pétrole raffiné».
38 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 15 décembre 2010 00 h 44

    LUI, ÇA NE LUI TENTERAIT PAS DE SE LA FERMER UNE FOIS POUR TOUTE

    je veux bien croire qu'il a droit à son opinion mais avec ses amis , point. Il a démissionné, ce charmant monsieur , parce qu'il n,a vait obtenu que 76% d'appui à un congrès. C'est lui qui est parti. Donc, svp...LA FERME

  • Louise Hurteau - Inscrite 15 décembre 2010 01 h 01

    c'est rare mais ... je suis d'accord avec M. Landry

    Donné nos gisements au privé est insensé. Je ne sais pas quel groupe de lobbying tente encore de miner notre démocratie et nos ressources, mais enough is enough le gouvernement ne peut prendre les terres de québécois et les données à des groupes privés - Je miserais sur du 60-40 (60 public, 40 privé).

  • helene poisson - Inscrite 15 décembre 2010 01 h 50

    Principe de précaution: pour la vertu...même si elle est petite.

    M. Landry a-t-il pris connaissance du récent point de vue de
    l'Institut de recherches en économie contemporaine avant de s'exprimer?

    http://www.irec.net/upload/File/note_d_interventio

  • Jacques Morissette - Inscrit 15 décembre 2010 02 h 11

    Le leadership de Jean Charest est un paravent.

    Derrière ce paravent se cache un farfadet à la solde idéologique du privé. Quand on soupçonne tous les dommages potentielles des gaz de schiste à la nappe phréatique, force est de penser que les décisions favorables prises pour accélérer le processus de son exploitation est on ne peut plus irresponsable. Dans le contexte, un moratoire serait le signe évident que le gouvernement mise d'abord sur la sécurité environnementale. Au lieu de simplement prendre des décisions basées sur les mirages du succès et de l'illusoire richesse qui dort sous nos pieds.

  • Andre Vallee - Inscrit 15 décembre 2010 03 h 04

    Enfin, du solide.

    Une présentation globale et de fond qui devrait inciter nos politiciens à commander un moratoire et à de meilleures et rassurantes analyses: l'environnement, les revenus gouvernementaux, comme premiers critères.
    Merci à vous, M. Bernard Landry.