Abattoir menacé de fermeture - L'UPA accuse Québec de faire chanter les agriculteurs

Christian Lacasse ne décolère pas contre le gouvernement du Québec.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Christian Lacasse ne décolère pas contre le gouvernement du Québec.

Québec — Le gouvernement fait du «chantage» à l'encontre des agriculteurs et «ajoute l'insulte à l'injure», accuse le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Christian Lacasse, qui a manifesté avec quelques dizaines de producteurs, hier matin, devant les bureaux du ministère de l'Agriculture, à Québec.

Selon M. Lacasse, le gouvernement est réticent à aider le dernier abattoir du Québec parce qu'il veut faire cesser les moyens de pression actuels des agriculteurs.

L'abattoir Levinoff-Colbex, à Saint-Cyrille-de-Wendover, près de Drummondville, pourrait en effet disparaître, puisque la Banque Nationale n'a pas l'intention de renouveler sa marge de crédit à moins d'un investissement majeur dès aujourd'hui. De son côté, le gouvernement avait déjà avancé 4,5 millions jusqu'à l'échéance du 15 décembre.

En parallèle, les producteurs sont en guerre avec le gouvernement depuis plusieurs mois. Ils ne veulent pas encaisser les compressions de 80 millions prévues pour 2011 dans leur régime d'assurance à la Financière agricole. Dans plusieurs régions, ils ont donc interdit l'accès à leurs terres aux motoneigistes, en guise de protestation.

En entrevue au quotidien Le Soleil, une source gouvernementale se demandait si aider un secteur qui est en train d'en étouffer un autre est «moralement acceptable», faisant ainsi référence à l'industrie touristique menacée par le blocage des motoneigistes.

Au dire de M. Lacasse, le gouvernement «mêle» les deux dossiers. Il dit espérer qu'on puisse «encore être capable de manifester» au Québec. «Je trouve ça épouvantable, a-t-il déclaré dans un point de presse en marge de la manifestation. On se fait menacer depuis quelques jours. Le ministère du Développement économique [menace] de retirer ses billes de l'abattoir parce que nous faisons pression sur le gouvernement, je trouve ça incroyable. C'est une tactique antisyndicale d'un gouvernement irresponsable. C'est du chantage, carrément!»

Le gouvernement veut que les agriculteurs «aillent crever sur leurs fermes» sans dire un mot, qu'ils «s'éteignent sans faire de pression».

Pas moins de 300 travailleurs de Levinoff-Colbex risquent de perdre leur emploi avant les Fêtes, au dire de l'UPA, qui demande 20 millions à Québec, notamment pour moderniser les installations. «Ça commence à être bas, de la part d'un gouvernement», a ajouté M. Lacasse.

Quant aux compressions de 80 millions, M. Lacasse lance un ultime appel au ministre Laurent Lessard, qui doit rencontrer les dirigeants de la Financière agricole demain, mais qui n'a pas donné suite aux demandes de rencontre de l'UPA au cours des deux dernières semaines. «La semaine passée, le premier ministre se vantait de discuter avec les agriculteurs, à la recherche de solutions, a dit M. Lacasse. Avec qui il discute, quand il refuse de nous rencontrer?»

Le président de l'UPA a assuré que son organisation «ne lâchera pas», mais il n'a pas voulu dévoiler les autres moyens de pression envisagés.