Mine Jeffrey - Québec a entrepris des discussions avec l'acheteur potentiel

En Inde, des travailleurs de la construction, appuyés par leurs familles, ont même fait la grève pour qu’on banisse l’amiante.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Raveendran En Inde, des travailleurs de la construction, appuyés par leurs familles, ont même fait la grève pour qu’on banisse l’amiante.

Le gouvernement Charest n'a toujours pas dit s'il accordera ou non une garantie de prêt permettant la relance de la mine d'amiante Jeffrey, à Asbestos, mais des discussions ont déjà eu lieu avec l'acheteur potentiel. De quoi attiser les craintes du côté des partisans et des opposants à l'utilisation du controversé minerai.

Au ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, on réfléchit depuis déjà quelques mois à la possibilité d'accorder 58 millions de dollars en garantie de prêt à Mine Jeffrey, de façon à compléter le financement de 73 millions nécessaire pour terminer les travaux de la nouvelle mine souterraine. Mais aucune décision n'a encore été prise, a indiqué hier l'attachée de presse de Clément Gignac, Jolianne Pronovost. «Il y a déjà eu des discussions préliminaires avec les acheteurs, a-t-elle toutefois précisé. Mais il faut aussi comprendre que le processus d'achat n'est pas complété.» Un processus d'achat qui dépend lui-même du feu vert de Québec pour la garantie de prêt.

Mme Pronovost a pour sa part rappelé que le ministre a posé d'autres conditions préalables avant de présenter le dossier au Conseil des ministres. Il a notamment demandé que les employés signent une nouvelle convention collective, ce qui a été fait. Mais il a également exigé des assurances en ce qui a trait à la rentabilité des installations et à l'utilisation sécuritaire de l'amiante chrysotile. L'attachée de presse de M. Gignac n'a pas précisé si un point achoppait en particulier.

Hier, le consortium international qui souhaite faire l'acquisition de Mine Jeffrey a donc tenu à réaffirmer qu'«il est possible d'exploiter cette fibre en toute sécurité, aussi bien pour les mineurs que pour les utilisateurs des produits qui en contiennent». Afin de démontrer sa bonne foi, le groupe dit vouloir s'engager à vérifier sur une base annuelle que l'amiante chrysotile est utilisé de façon «responsable». «Les vérificateurs seraient soit des représentants du gouvernement, soit des experts indépendants mandatés par le gouvernement», a-t-on précisé.

Beaucoup plus catégorique, le porte-parole du Mouvement Pro Chrysotile, Serge Boislard, s'en est pris aux opposants de l'amiante. «L'acharnement maladif de certains militants du lobby au Canada et au Québec contre le chrysotile atteint des sommets inégalés. N'ayant aucun argument nouveau fondé sur la science à faire connaître, ils préfèrent jouer sur les émotions et les perceptions par la plus large action médiatique possible, profitant d'une ouverture manifeste de certains médias à leur cause», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Non à l'amiante

Les opposants n'en demeurent pas moins convaincus que Québec devrait dire non à la demande de garantie de prêt. Une délégation d'Asie composée de militants, d'un syndicaliste et de victimes de l'amiante est justement au Québec dans l'espoir de convaincre le gouvernement du Québec. Elle doit rencontrer le ministre Gignac demain, mais elle a lancé hier un appel à la population au cours d'une conférence de presse.

«J'ai fait ce long voyage depuis l'Inde pour vous dire de vive voix que les histoires rassurantes racontées par l'industrie de l'amiante sont complètement fausses. L'industrie ment lorsqu'elle affirme que les normes de protection de la santé au travail, dans le Tiers-Monde, sont identiques à celles en vigueur au Québec. C'est une absurdité», a affirmé Anup Srivastava, représentant de l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, qui regroupe 13 millions de travailleurs dans le monde. En Asie, a-t-il ajouté, nombreux sont les travailleurs qui taillent, sans aucune protection contre les fibres, des toitures en amiante-ciment à l'aide de scies mécaniques.

«Le gouvernement du Québec ne se contente pas d'exporter de l'amiante, il finance une industrie qui intoxique l'opinion publique en prétendant qu'il est possible d'utiliser l'amiante d'une manière sécuritaire et sans danger pour la santé, a soutenu pour sa part Omana George, coordonnatrice de programme à l'Asia Monitor Resource Centre. Le Québec compte en vérité parmi les principaux propagandistes du commerce mondial de l'amiante et le temps est venu de mettre fin à cette infamie.»

Selon la Société canadienne du cancer (SCC), le gouvernement Charest ne doit pas soutenir la réouverture de la mine. L'organisme estime qu'accorder une garantie de prêt à Mine Jeffrey nuirait à la réputation du Canada comme chef de file international en matière de santé publique. Selon la SCC, la reprise des activités d'extraction et d'exportation de la mine contribuerait à propager l'épidémie de cancers causés par l'amiante, qui font 90 000 morts chaque année dans le monde.