Loblaws plaide pour une politique de l'alimentation

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Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Loblaws

Le Canada devrait se doter d'une stratégie nationale en matière d'alimentation, a soutenu hier le président exécutif du conseil d'administration de la chaîne de supermarchés Loblaws, Galen G. Weston.

Avec une vision commune, le Canada pourrait se donner le défi de mieux concurrencer les pays émergents et de redevenir l'un des grands exportateurs de produits alimentaires du monde, a expliqué M. Weston devant le Cercle canadien de Montréal. «Nous ne faisons rien actuellement, a-t-il déploré. Nous regardons passer le train.»

Le dirigeant a donné peu de précisions sur les éléments qu'il souhaiterait voir dans une éventuelle politique canadienne de l'alimentation, mais il a soulevé plusieurs questions qui animent cette vaste industrie. Il a notamment estimé que l'Agence canadienne d'inspection des aliments devait revoir ses règles en profondeur pour s'adapter aux traditions culinaires étrangères, qui prennent de plus en plus de place au Canada. Il a donné l'exemple de certaines méthodes de conservation chinoises, qui ne respectent pas les normes canadiennes même si elles existent depuis des siècles.

«Nous ne devons pas négliger la diversité de notre production alimentaire», a affirmé M. Weston.

M. Weston, 37 ans, a par ailleurs prédit qu'en raison des préoccupations grandissantes des consommateurs à l'égard de leur santé, les gouvernements vont réglementer de plus en plus la composition des produits alimentaires. «On verra cela de plus en plus parce que pour un politicien, il est plus facile de s'en prendre à une boîte de biscuits (plus ou moins bons pour la santé) que de s'occuper du système de santé universel», a-t-il lancé.

Mais selon lui, ce resserrement de l'encadrement aura davantage de répercussions pour les producteurs alimentaires que pour les distributeurs. «Nous sommes fondamentalement agnostiques face à ce que nous vendons, a-t-il souligné. Nous nous en foutons. Nous nous préoccupons de la quantité de produits que nous vendons et de leurs prix, mais cela nous importe peu de vendre des brocolis ou des biscuits Oreo.»

Il reste que Loblaws, comme les autres chaînes de supermarchés, n'a d'autre choix que suivre les tendances en alimentation ou, mieux encore, de les devancer. M. Weston a raconté qu'en réduisant de 3 ¢ le prix de chaque pot de nourriture biologique pour bébés de sa marque maison, Loblaws en a fait le produit le plus populaire au Canada dans sa catégorie, devant les produits non biologiques.

M. Weston a également reconnu que la décision de mettre l'accent sur les fruits et légumes locaux s'était révélée payante pour Loblaws, puisque les ventes de ce secteur ont augmenté substantiellement.

Mais ce concept a ses limites, a insisté Galen Weston, lançant une flèche à ceux qui croient que chacun devrait consommer uniquement des produits locaux. «Il est impossible que les fermes locales puissent répondre à la totalité des besoins alimentaires du pays. Et si nous ne jouons pas le jeu de la production à grande échelle, nous finirons par importer tous nos aliments d'autres pays.»

La carte mondiale de l'alimentation pourrait néanmoins subir des modifications importantes à cause des changements climatiques, a avancé

M. Weston. Tous ces enjeux feront partie d'une analyse du Conference Board, à qui Loblaws a demandé de tracer les grandes lignes d'une future politique de l'alimentation. Cette ébauche pourrait ensuite être soumise à l'attention d'Ottawa et des gouvernements provinciaux.

Les autres provinces pourraient notamment s'inspirer de la Loi québécoise sur la protection du territoire et des activités agricoles, a suggéré M. Weston.