Canada - Déficit record du compte courant

La faiblesse de l'économie américaine, la vigueur du huard, mais aussi l'achat de nouveaux équipements de production par les entreprises, ont conduit le Canada au pire déficit de sa balance de paiements au dernier trimestre.

Le déficit total du compte courant canadien s'est creusé de 4,6 milliards au troisième trimestre pour atteindre un sommet historique de 17,5 milliards, a rapporté hier Statistique Canada. Habitué jusque-là à voir l'ensemble de ses échanges commerciaux et financiers se traduire par des gains nets, le Canada enregistre ainsi son huitième déficit trimestriel consécutif.

Cette nouvelle augmentation du déficit de son compte courant est principalement attribuable à une cinquième hausse consécutive des importations de biens (+3,6 milliards) et un premier recul depuis le printemps 2009 de ses exportations (-680 millions), explique Statistique Canada. Durement frappé, durant la crise, avant de se redresser un peu, au début de la reprise, l'habituel surplus commercial du Canada avec son voisin américain a enregistré un deuxième recul trimestriel consécutif, cette fois de 3 milliards. Plus de la moitié de la hausse des importations canadiennes proviendrait de l'achat à l'étranger de machines et de matériel par les entreprises canadiennes.

La trace de l'aile du huard


«Cette détérioration du compte courant est pire que les prévisions les plus pessimistes», a observé l'économiste de la Banque CIBC, Krishen Rangasamy. «On y voit partout la trace du passage de l'aile du huard.»

Son collègue du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher, a rappelé que ces données sont dans la tendance observée récemment dans le commerce international. «Ces résultats confirment que l'économie canadienne est affectée par la faiblesse de la demande mondiale et, surtout, de la demande américaine. Il va sans dire que la valeur élevée du huard continue également à miner la compétitivité des entreprises canadiennes.»

De volume plus modeste, le commerce des services (23 milliards de ventes au troisième trimestre) a continué, de son côté, de se faire en défaveur du Canada avec un déficit relativement stable de 5,7 milliards, rapporte Statistique Canada. Le solde de tout le volet des revenus de placement (investissements directs, achat d'obligations et d'actions, etc.) est également resté négatif avec un déficit au troisième trimestre de 4,2 milliards.

Avertissement et impact sur la croissance

En terme relatif, ce déficit du compte courant au troisième trimestre équivaut à environ 4,3 % du produit intérieur brut (PIB) canadien, a estimé Douglas Porter de BMO Groupe Financier, comparativement à 3,2 % au deuxième trimestre et 2,8 % en 2009. En guise de comparaison, le déficit du compte courant dont on parle tant aux États-Unis n'a été que de 2,7 % l'an dernier et a dû frôler les 3,5 % au troisième trimestre de cette année. Au même moment, les entreprises canadiennes ont entrepris un rare recul de leurs investissements directs à l'étranger alors que les compagnies étrangères semblent également moins prêtes à investir ici.

«Le Canada se retrouve soudainement en compagnie de pays qui ont été présentés comme trop dépensiers et pas assez économes, s'est inquiété l'économiste de la BMO. Bien que ce phénomène ne soit peut-être que passager, c'est un avertissement que le pays vit au-dessus de ses moyens.»

Le dévoilement, ce matin, des chiffres sur la croissance économique canadienne au troisième trimestre permettra de mesurer plus précisément l'impact de cette dégradation de la balance des paiements sur le pays. Benoit P. Durocher a dit craindre que le recul des exportations net ne retranche environ 2,5 % au PIB réel canadien. L'économiste du Mouvement Desjardins espère toutefois que certaines composantes de la demande intérieure (dont l'investissement des entreprises) auront compensé en partie cette mauvaise performance sur la scène internationale de telle façon que la croissance du PIB en rythme annualisé s'élève à tout le moins à 1,4 %.
 
1 commentaire
  • Stéphane Doré - Inscrit 30 novembre 2010 07 h 19

    On ne peut pas toujours s'en tirer grâce aux ressources

    De mons en moins de biens étant fabriqués ici, nous forçant à les importer, voilà pourquoi notre compte courant s'enfonce dans le rouge.

    Le seul remède est de contrer le déclin de notre secteur manufacturier.