L'élite de la finance québécoise veut étendre son influence dans le monde

Plusieurs dirigeants des plus importants acteurs du milieu financier québécois étaient réunis hier, à Montréal, afin de souligner le lancement de Finance Montréal. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Plusieurs dirigeants des plus importants acteurs du milieu financier québécois étaient réunis hier, à Montréal, afin de souligner le lancement de Finance Montréal.

Après l'aérospatiale, le secteur pharmaceutique et les technologies de l'information, l'industrie de la finance se dote à son tour d'une grappe pour augmenter son rayonnement. L'objectif: miser sur les services à valeur ajoutée, ce que le Québec fait moins bien que l'Ontario, capitale financière du pays.

L'organisme à but sans lucratif, qui s'appellera Finance Montréal, réunit l'essentiel du pouvoir financier du Québec: cinq banques, la Caisse de dépôt et placement, le Mouvement Desjardins, la Financière Power, le ministère des Finances, la Bourse de Montréal, l'Industrielle-Alliance, le Fonds FTQ, etc. La conférence de presse d'hier regroupait d'ailleurs une brochette de plusieurs dirigeants.

«L'objectif de l'exercice n'est pas de multiplier les initiatives, mais de déterminer puis de mener à bien celles qui auront les meilleures chances d'avoir un effet positif sur l'industrie et la collectivité», peut-on lire dans les documents de Finance Montréal. «D'ores et déjà, un certain nombre de thèmes devraient être isolés et examinés en priorité.»

Par exemple, les membres de l'organisme réfléchissent déjà à ce qui pourrait être fait dans le secteur de la gestion de fonds et celui des produits dérivés, qui englobent notamment les options et les contrats à terme. Dans le premier, le Québec compte plusieurs gestionnaires de renom alors que dans le deuxième, la Bourse de Montréal en est le chef de file canadien.

«C'est loin d'être une industrie qui va mal, mais c'en est une qui peut mettre davantage de choses en commun pour prendre de l'importance à l'échelle de l'Amérique du Nord et du monde», a dit lors d'un entretien Jean Houde, ancien sous-ministre aux Finances et cadre à la Banque Nationale qui travaille aujourd'hui chez Deloitte. Il agira comme président du conseil. Son nom avait circulé comme un de ceux pressentis pour devenir président de la Caisse de dépôt, poste qui a été offert à Michael Sabia.

L'industrie financière représente environ 145 000 emplois au Québec, ce qui compte pour 6,8 % de l'activité économique de Montréal et 9,4 % de celle de Québec. Dans le monde, Montréal occupe le 25e rang des places de la finance. Toronto est au 12e rang.

Le projet survient environ dix ans après la création d'une grappe torontoise dans le même créneau, laquelle vient de déboucher, par exemple, sur la mise sur pied d'un institut de gestion du risque avec une aide de 20 millions d'Ottawa et de Queen's Park.

Parmi les services à valeur ajoutée que l'on retrouve en Ontario figurent les activités des sièges sociaux, le financement des entreprises, la gestion de fonds et les opérations de trésorerie et d'arbitrage.

Finance Montréal aura un budget d'environ un million par année, dont 200 000 $ de Québec et 100 000 $ de Montréal. Le reste viendra du secteur privé, dont les «membres fondateurs» mettent chacun 50 000 $.

Il y a aussi des «membres associés», parmi lesquels figurent le Centre financier international, HEC Montréal, l'Université Concordia, l'École des sciences de la gestion de l'UQAM et l'Université McGill.

Rien du fédéral

Dans le cas présent, le gouvernement fédéral n'a rien versé. «Des discussions sont entamées, en sachant que le fédéral ne souhaite plus financer les frais de fonctionnement d'organismes comme la grappe», a dit dans un courriel M. Houde.

«La contribution souhaitée de la part du gouvernement fédéral dépendra de l'évolution des travaux et pourrait prendre la forme d'une participation à un ou des chantiers ou actions visant à faciliter la réalisation de certaines initiatives. De toute façon, le financement du fonctionnement de la grappe est déjà largement assuré par Québec, la CMM et les membres fondateurs du secteur privé», a ajouté M. Houde.

Professeur de finance à HEC Montréal, Jean Roy a estimé lors d'un entretien que l'annonce de cette grappe est «a priori une bonne nouvelle», mais dont l'exercice est évidemment embryonnaire.

M. Roy s'est notamment interrogé sur la présence de grandes banques torontoises à titre de membres fondateurs — comme la Royale et la TD —, bien que celle-ci soit également membre de la grappe torontoise.
5 commentaires
  • Roger Lapointe - Inscrit 30 novembre 2010 07 h 53

    Les quêteux du très riche monde de la FINANCE.

    Pourquoi ces très riches (millionnaires/milliardaires) institutions font elles appel à de l'assistance sociale pour riches pour financer une institution qui ne servira qu'a les rendre encore plus riches? CORPORATE WELFARE BUMS comme les décrivent les anglophones. Ils sont pourtant les premiers à dénoncer l'aide sociale aux plus pauvres de la société.

  • France Marcotte - Inscrite 30 novembre 2010 08 h 10

    Du noir avec un peu de couleur

    L'élite des finances, autrement dit les gens parmi les plus puissants du Québec. Ici, de noirs corbeaux entourant une femme, une seule femme. Mais celle-ci est au centre (de la photo du moins), pas en bordure, pas en avant, au coeur. C'est une belle place quand on est la seule femme, le noyau.

  • François Dugal - Inscrit 30 novembre 2010 09 h 14

    La photo

    Mines patibulaires et complets sombres, le monde de la finance a l'air de vivre une grosse déprime. Qu'est-ce qui ne va pas?

  • Yves Archambault - Inscrit 30 novembre 2010 13 h 12

    femme

    oui madame Marcotte et c'est la seule qui représente véritablement tous les québécois et québécoise. Belle et intelligente représentation.

  • Bernard Terreault - Abonné 30 novembre 2010 16 h 54

    Je leur souhaite bonne chance, mais ...

    C'est le nième fois depuis 20 ou quelques années que ces messieurs-dames lancent une iniatative du genre, et la nième fois que la finance montréalaise perd un morceau vers Toronto quand ce n'est pas Calgary ou Vancouver, des cas récents mais pas uniques étant la soi-disant fusion des bourses, le déménagement du courtage de Desjardins à Toronto, peut-être bientôt l'AMF "nationale" à Toronto, et puis un jour la "fusion" de la Caisse de dépôt avec le RPC ? Une fusion ne peut se faire qu'entre égaux (la fable du pot de fer et du pot de terre), pour le moment Montréal ne fait pas le poids. En comparaison, Québec s'en tire mieux en jouant ses atouts (proximité du gouvermement, ville tranquille et conviviale idéale pour des cols blancs et des techniciens spécilaisés, etc.). Métropole d'un Québec indépendant, Montréal pourrait faire un peu mieux, ne serait-ce que pour des raisons juridiques, mais ce ne serait pas encore le paradis, à moins que concurremment notre industrie se développe vigoureusement en jouant sur nos atouts (énergie, espace, contrôle du St-Laurent, proximité des centres importants de l'est des É.-U. et de l'Europe).