La crise de la dette s'étendra-t-elle à d'autres pays de la zone euro?

Les ministres des Finances de l’Espagne, de la France et du Portugal, Elena Salgado, Christine Lagarde et Fernando Teixeira dos Santos.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) George Gobert Les ministres des Finances de l’Espagne, de la France et du Portugal, Elena Salgado, Christine Lagarde et Fernando Teixeira dos Santos.

Les responsables européens affirment que le plan de sauvetage de l'Irlande validé dimanche va endiguer la crise de la dette souveraine dans la zone euro mais les investisseurs considèrent déjà le Portugal et l'Espagne comme les prochaines victimes possibles. Voici les facteurs et relais potentiels d'une expansion de la crise de la dette à d'autres économies périphériques de la zone euro, après la Grèce et l'Irlande.

1) Rendement des obligations

Les coûts d'emprunt sur les marchés pourraient être le facteur décisif pour la situation future de Lisbonne et Madrid. Bien que le gouvernement portugais se refuse pour l'instant à envisager de recourir à l'aide internationale, le ministre des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a estimé à 7 % le niveau à partir duquel le pays s'y verra contraint. Or le rendement de la dette obligataire portugaise à dix ans tourne autour de ce niveau.

Le rendement de l'emprunt espagnol est pour l'heure autour de 5,4 %, non loin des 6,5 % considérés par certains économistes comme le seuil à partir duquel Madrid serait plongé dans un cycle financier insoutenable sans aide extérieure.

2) Le mécanisme de stabilité

Les investisseurs redoutent la création d'un mécanisme permanent de soutien à l'euro selon l'idée allemande à partir de 2013, lorsque le filet de sécurité créé après le sauvetage de la Grèce viendra à expiration. Berlin veut en effet faire peser une partie du coût des crises sur les créanciers privés, ce qui a provoqué une flambée des rendements obligataires, les marchés redoutant des pertes en cas de restructuration des dettes.

Les ministres des Finances de l'UE ont dessiné les grandes lignes d'un mécanisme et finalement arrêté le principe d'une contribution au cas par cas des créanciers obligataires. Mais le développement de ce projet sera crucial pour les coûts d'emprunt dans la zone euro. La réunion des ministres des Finances de la zone et le sommet européen du mois prochain seront à ce titre observés de très près par les marchés.

3) Le Portugal

Lisbonne prévoit un déficit de 7,3 % du PIB pour 2010 et, si le chiffre est confirmé en janvier, la tension autour du Portugal pourrait s'apaiser. L'inverse est cependant aussi vrai et le Portugal n'est, quoi qu'il en soit, pas sorti d'affaire.

Même si son déficit et sa dette sont plutôt gérables par rapport à d'autres pays, qu'il ne connaît ni bulle immobilière ni problèmes avec ses banques, le Portugal devra composer au printemps 2011 avec l'arrivée à maturité d'environ 9,5 milliards d'euros de dette. Le gouvernement a en outre fait adopter son budget, mais ses mesures d'austérité sont contestées et la volonté politique de résoudre la crise sera mise à l'épreuve l'an prochain.

4) L'Espagne

Un sauvetage de l'Espagne serait susceptible d'épuiser les fonds européens réservés au soutien des États fragilisés mais une vaste majorité d'économistes n'envisagent pas ce scénario. Madrid a ouvert une ligne de crédit de 15 milliards d'euros pour ses banques et en a forcé certaines à fusionner. Cette crise bancaire ne concerne pas les plus grands établissements, mais le sort de l'Espagne dépend en partie du succès de ce plan.

L'éclatement de la bulle immobilière fait peser une lourde incertitude sur le retour de la croissance et l'augmentation des recettes fiscales. Beaucoup d'économistes jugent très optimiste l'objectif de croissance de 1,3 % sur lequel est fondée la prévision de déficit de 6 % du PIB pour 2011.

La dette espagnole pourrait en outre être plombée par les régions autonomes dont les finances sont plus que précaires. L'État prévoit d'émettre pour 43,3 milliards d'euros d'emprunt en 2011 contre 76,2 milliards cette année, mais il doit aussi faire face à de grosses échéances de remboursement dès avril.

5) La Belgique et l'Italie

Les fondamentaux économiques belges — une croissance solide, une épargne forte et un déficit relativement faible — poussent les économistes à ne pas croire en une faillite de la Belgique.

Néanmoins, l'instabilité politique due à l'incapacité des partis francophones et néerlandophones à former un gouvernement depuis les élections de juin maintient le pays dans un climat d'incertitude qui ne permet pas de dissiper tous les doutes.

L'Italie semble elle aussi à l'abri. Les troubles politiques — notamment les motions de censure contre le président du Conseil, Silvio Berlusconi, — n'ont rien de neuf et ses finances publiques se détériorent moins que celles de ses voisins, a noté récemment l'agence de notation Moody's

6) Les délais

Pour l'Irlande et la Grèce, il pourrait être crucial d'avoir plus de temps pour rembourser les aides de l'UE et du FMI. Le plan de sauvetage de Dublin s'étalera sur une période de 7 ans et demi et l'UE a décidé de prolonger les délais accordés à la Grèce, dont le plan d'aide a été élaboré à l'origine sur trois ans.

La Grèce a dit avoir obtenu la possibilité de rembourser les 110 milliards d'euros apportés par les Européens et le FMI d'ici 2021, en échange d'un léger relèvement des taux d'intérêt. La Grèce s'est en outre vu proposer l'aide du FMI si elle en a besoin après l'expiration du plan actuel. Le pays n'est pas sorti des difficultés: la Commission européenne prévoit une contraction du PIB grec de 4,2 % cette année et de 3 % en 2011.