Les risques de contagion continuent d'inquiéter les marchés

Bruxelles — Les Européens se sont efforcés hier d'endiguer les inquiétudes concernant la zone euro avec des propos rassurants sur le Portugal et l'Espagne, alors que les rumeurs d'aide à Lisbonne se font insistantes et que l'annonce du plan de soutien à l'Irlande est imminente.

Des informations publiées hier par le journal allemand Financial Times Deutschland ont mis le feu aux poudres. Selon le quotidien financier, la Banque centrale européenne et une majorité de pays de la zone euro font pression sur le gouvernement portugais pour qu'il demande à son tour une aide de l'UE et du FMI. Ces pressions auraient pour arrière-pensée d'éviter à sa voisine l'Espagne de se retrouver dans une situation difficile, estime le journal.

Les gouvernements portugais et allemand et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ont aussitôt démenti ces informations. Les Européens n'ont pas «suggéré» au Portugal qu'il demande un plan d'aide financière comme vient de le faire l'Irlande, a déclaré M. Barroso à Paris.

Ces rumeurs sont intervenues alors que le Parlement portugais a définitivement adopté vendredi un budget d'austérité pour 2011 qui doit permettre de réduire drastiquement le déficit du pays. La Commission européenne a salué ce vote.

Malgré tout, les rumeurs de contagion ont affolé les marchés. Sur le marché obligataire, l'écart entre les taux espagnols à 10 ans et les taux allemands, qui servent de référence dans la zone euro, a atteint hier un plus haut historique, à 260 points de base, signe de la défiance des investisseurs à l'encontre de l'Espagne. Le Portugal a lui vu ses taux à 10 ans battre un record depuis l'adoption de l'euro, à 7,121 %.

Quant à l'euro, il s'enfonçait hier sous le seuil de 1,33 $US. Il s'établissait à 1,3228 $US contre 1,3360 $US jeudi, après être tombé à 1,3201 $US en mi-séance, un plus bas depuis le 21 septembre.

Les marchés attendent aussi avec anxiété les détails du plan d'aide à l'Irlande de l'UE et du Fonds monétaire international, au sujet duquel des tractations sont toujours en cours à Dublin.

Des sources diplomatiques européennes ont indiqué que ce plan avait de bonnes chances d'être finalisé demain. Selon ces sources, une réunion des ministres des Finances de la zone euro, puis de l'ensemble de l'Union européenne, devrait avoir lieu dimanche, sans doute par conférence téléphonique. Il s'agit d'approuver le montant de l'aide, qui devrait tourner autour de 85 milliards d'euros, et de fixer les conditions à remplir par Dublin en échange.

Au cours d'un entretien téléphonique jeudi soir, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont souhaité un accord rapide sur l'aide à l'Irlande.

Dans ce contexte de tension, le quotidien allemand Die Welt a affirmé hier que la Commission européenne avait proposé de doubler à 880 milliards d'euros le montant des garanties de prêts du Fonds de secours pour la zone euro. Bruxelles a catégoriquement démenti ces informations. Des responsables allemands ont également écarté hier l'éventualité d'un renflouement du Fonds.