Les suites du plan d'austérité en Irlande - Première défaite électorale du parti gouvernemental

Des Irlandais attendent l’autobus dans une rue de Dublin. Des milliers d’entre eux devraient manifester aujourd’hui leur opposition au plan de rigueur, préalable au secours de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Peter Muhly Des Irlandais attendent l’autobus dans une rue de Dublin. Des milliers d’entre eux devraient manifester aujourd’hui leur opposition au plan de rigueur, préalable au secours de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international.

Dublin — Le gouvernement irlandais a essuyé hier un cuisant revers électoral, tandis que les syndicats fourbissaient leurs slogans contre l'austérité exigée dans le cadre d'un vaste plan de sauvetage international de l'Irlande du Sud en cours de finalisation.

Le parti au pouvoir, le Fianna Fail (FF), a perdu sans appel la législative partielle de Donegal, ce qui a pour effet de réduire à deux députés seulement la marge lui assurant la majorité gouvernementale. Cette avance est de plus très théorique, deux élus indépendants ayant récemment menacé de retirer le soutien qu'ils accordaient jusqu'à présent au premier ministre, Brian Cowen.

Ces défections pourraient menacer le vote, à partir du 7 décembre, du budget d'austérité, qui sera le premier à être présenté dans le cadre du vaste plan de rigueur quadriennal qu'a annoncé mercredi Dublin. M. Cowen appelle à un sursaut national pour voter l'austérité, mais l'opposition est réticente.

L'austérité est présentée comme un préalable à un vaste plan d'aide qui doit être finalisé dans les tout prochains jours avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

Mais les coupes alimentent l'impopularité déjà record du gouvernement et pourraient pousser des milliers d'Irlandais dans la rue pour une manifestation organisée aujourd'hui à Dublin. «Il faut que la population montre qu'il existe une alternative, qu'elle montre ce qu'elle ressent face à un plan qui va provoquer une hausse du chômage», déjà proche de 14 %, explique à l'AFP Macdara Doyle, porte-parole de l'ICTU, première confédération syndicale irlandaise, à l'origine de la manifestation.

Le plan de rigueur vise à ramener à 3 % du PIB le déficit public irlandais, actuellement égal à 32 % du PIB. Il prévoit 15 milliards d'euros de réductions des dépenses budgétaires et de hausses d'impôts d'ici à 2014. Près de 25 000 emplois publics seront supprimés. Les allocations chômage et familiales seront réduites, tout comme les retraites des fonctionnaires et le salaire minimum.

C'est sur cette dernière baisse que se cristallise la colère de la population, d'autant plus qu'elle a été exigée par l'UE, a avoué jeudi soir John Gormley, leader des verts, membres clefs de la coalition au pouvoir. L'opposition, quasi assurée de la victoire aux élections anticipées prévues début 2011, a averti qu'elle modifierait le plan quadriennal une fois au pouvoir, en revenant en particulier sur la réduction du salaire minimum.

Face au gouvernement en sursis, les syndicats veulent également mobiliser. Les nouveaux efforts demandés à la population, qui font suite à trois budgets consécutifs d'austérité, sont «une déclaration de guerre aux travailleurs les moins bien payés», souligne Jack O'Connor, président du Siptu, premier syndicat irlandais. «Les travailleurs ordinaires sont contraints de payer pour des banquiers, des promoteurs et des politiciens corrompus», enrage Eamon Doyle, numéro un du TEEU, premier syndicat dans l'ingénierie.

Les syndicats espèrent également capitaliser sur la colère de la population après l'appel «humiliant» à l'aide extérieure. La manifestation s'achèvera ainsi devant la célèbre GPO (General Post Office), où avait été lue en 1916 la déclaration d'indépendance.

Il faudra cependant surmonter deux obstacles pour mobiliser les foules: la résignation de nombreux Irlandais, qui se disent qu'il n'y a aucune alternative à l'austérité, et la crainte d'une répétition des violences survenues pendant une manifestation d'étudiants, il y a quelques semaines.