Zone euro - La défiance des marchés peut mettre l'Espagne «en difficulté»

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Photo: Agence Reuters Sergio Perez Hier, c’était au tour des gardiens de prison de manifester contre les mesures d’austérité.

Madrid — Le directeur général de la Banque d'Espagne, José Luis Malo de Molina, a estimé hier que la défiance des marchés pouvait mettre l'Espagne en «difficulté» de financement, alors même que sa situation est différente de celle de l'Irlande ou de la Grèce.

«Dans la situation actuelle de contagion, ce qui se produit est que, même si l'économie espagnole ne présente aucun des éléments de fragilité des économies grecque et irlandaise, la simple expectative des marchés peut mettre en difficulté son financement», a déclaré M. Malo de Molina à la presse à l'issue d'un colloque organisé par l'école de commerce IESE à Madrid. «Quand il y a des phénomènes de suspicion et de contagion, les économies à problèmes, quoique d'une ampleur et d'une nature différentes, peuvent en faire les frais, car sur les marchés financiers, certaines attentes sont parfois des prophéties auto-réalisatrices», a ajouté M. Malo de Molina.

«Pour l'Espagne, qui dépend de la captation de ressources extérieures, le processus peut se révéler dangereux», a souligné directeur de la Banque d'Espagne, en insistant sur le fait que les autorités espagnoles «ont réagi comme en mai», après le sauvetage de la Grèce, quand l'exécutif avait approuvé une série de réformes et de mesures d'austérité afin de rassurer les marchés.

M. Malo de Molina a de nouveau assuré que l'Espagne n'avait pas besoin de recourir à une aide et appelé tous les acteurs économiques à travailler et à démontrer aux marchés qu'ils étaient disposés à aller de l'avant avec énergie dans la mise en oeuvre de réformes structurelles.

Dans ce contexte de nervosité, les taux des pays les plus fragiles de la zone euro ont continué de se tendre hier. Ils ont atteint des niveaux jamais vus pour l'Irlande et entraîné dans leur sillage les taux des pays solides, victimes de la défiance des investisseurs pour toutes les dettes souveraines en Europe.

Pour le Portugal, la Banque centrale européenne et une majorité de pays de la zone euro font pression sur le gouvernement portugais pour qu'il sollicite à son tour une aide de l'UE et du FMI, selon le Financial Times Deutschland (FTD) à paraître aujourd'hui. «Même si les banques portugaises ne sont pas considérées comme surendettées, à la différence de leurs homologues irlandaises, elles dépendent elles aussi des liquidités de la BCE pour leurs activités», écrit le quotidien, sans citer de source précise. Les pressions pour que le Portugal demande une aide rapidement auraient pour arrière-pensée d'éviter à l'Espagne de se retrouver dans une situation difficile, poursuit le FTD. «Si le Portugal utilise le plan d'aide, ce sera bénéfique pour l'Espagne, parce qu'elle y est fortement engagée», a indiqué une source au ministère allemand des Finances au FTD.

Après avoir enregistré en 2009 un déficit public record de 9,3 % du PIB, le gouvernement socialiste portugais s'est engagé à le ramener à 7,3 % cette année et 4,6 % l'an prochain, au prix de mesures d'austérité sans précédent, cumulant coupes budgétaires, baisses des salaires des fonctionnaires (au-dessus de 1500 euros), suppression de prestations sociales et hausses d'impôts.