Le Portugal se braque

Photo: Agence France-Presse (photo) Francisco Leong

Lisbonne — Enseignants et cheminots, mais aussi pompiers, artistes ou médecins: la grève générale contre l'austérité, convoquée hier au Portugal, a remporté la plus forte adhésion jamais enregistrée dans l'histoire du pays, selon les syndicats.

«C'est la plus grande grève jamais réalisée, plus importante que celle de 1988», année de la dernière grève générale unitaire du pays, a déclaré le dirigeant de l'UGT Joao Proença, tandis que son collègue de la CGTP Manuel Carvalho da Silva faisait état de «plus de trois millions de grévistes».

Le mouvement, convoqué par ces deux centrales syndicales, a provoqué la paralysie quasi totale des transports publics, et tous les vols commerciaux au départ comme à l'arrivée au Portugal ont été annulés.

Les syndicats se sont félicités de la forte mobilisation du privé, alors que la ministre du Travail Helena André l'a qualifiée de «très réduite», estimant que la grève affectait surtout l'administration publique et les transports. À Lisbonne, le réseau du métro est resté fermé toute la journée, et seul un bus sur quatre était en circulation. Le transport fluvial entre les deux rives du Tage était également interrompu, et les chemins de fer ont annoncé la suppression de 75 % des trains.

«Nous n'avons eu aucun incident. Les gens comprennent que ce n'est pas une grève pour réclamer des hausses salariales, c'est pour défendre les droits de tout le monde, les allocations familiales...», déclarait à l'AFP José Marques, conducteur de métro à Lisbonne depuis 16 ans. Après avoir enregistré en 2009 un déficit public record de 9,3 % du PIB, le gouvernement socialiste portugais s'est engagé à le ramener à 7,3 % cette année et 4,6 % l'an prochain, au prix de mesures d'austérité sans précédent, cumulant coupes budgétaires, baisses des salaires (au-dessus de 1500 euros), suppression de prestations sociales et hausses d'impôts.

Quelle que soit l'ampleur de la mobilisation, la ministre du Travail Helena André a réaffirmé hier que la marge de manoeuvre du gouvernement était «pratiquement nulle» alors que le Portugal est dans la ligne de mire des marchés, convaincus qu'après la Grèce et l'Irlande, il sera le prochain pays de la zone euro à recourir à l'aide extérieure.

«Le déficit ne peut pas être au coeur de toutes les politiques. Le déficit ne justifie pas tout», a estimé hier soir lors d'une conférence de presse le leader de l'UGT, tandis que le dirigeant de la CGTP dénonçait «des politiques imposées de l'extérieur qui provoquent appauvrissement, récession et chômage».

Le vote définitif du budget 2011 est prévu au Parlement demain.

Le Portugal

Toutefois le Portugal, tout comme la Grèce et l'Irlande avant lui, sollicitera sans doute à un moment donné l'aide de l'Union européenne, selon une majorité d'économistes interrogés par Reuters. Ils sont 34 sur les 50 interrogés à prédire cette éventualité. Quatre seulement pensent que ce sera également le cas de l'Espagne.

«Le coût de financement devient prohibitif pour le Portugal; impossible de croire qu'il pourra continuer à refinancer sa dette l'an prochain si les taux du marché restent à leur niveau actuel», dit Silvio Peruzzo, économiste de RBS.

L'écart de rendement entre l'emprunt à 10 ans portugais et son équivalent allemand a atteint 481 points de base hier, du jamais vu depuis le lancement de l'euro. Ce «spread» est de l'ordre de 645 points de base pour l'Irlande, tandis que celui de l'Espagne a augmenté à 260 points.

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Avec Reuters