La zone euro sous tension

À Londres, des milliers d’étudiants sont descendus dans la rue, affrontant la police, pour manifester contre la hausse des droits de scolarité.<br />
Photo: Agence Reuters Luke MacGregor À Londres, des milliers d’étudiants sont descendus dans la rue, affrontant la police, pour manifester contre la hausse des droits de scolarité.

Paris — Dans une zone euro fébrile aux prises avec des crises budgétaires en cascade, l'Irlande a dévoilé hier un plan d'austérité draconien tandis que le Portugal était paralysé par une grève générale et qu'en France le gouvernement promettait «la rigueur budgétaire».

Après la crise de la dette grecque au printemps dernier, c'est au tour de l'Irlande, qui croule sous les dettes après avoir renfloué ses banques, de semer le trouble en Europe.

Les risques de contagion de la crise irlandaise continuaient à peser sur l'euro et le marché de la dette des États, signe de la défiance persistante des investisseurs à l'égard de la zone euro. Investisseurs et décideurs craignent un effet domino sur d'autres pays fragilisés, en premier lieu le Portugal, en pleine grève générale, dont le gouvernement se voit contraint d'adopter une politique d'austérité.

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a salué le plan de l'Irlande qui constitue une «base solide» pour les négociations du programme d'aide de l'UE et du FMI.

Au Portugal, une grève générale massive contre l'austérité a paralysé hier la quasi-totalité des transports publics, alors que tous les vols commerciaux vers ou au départ du pays étaient annulés. Santé, éducation et grandes entreprises étaient très touchées. En France, le premier ministre, François Fillon, a défendu devant l'Assemblée nationale une politique générale basée sur la «rigueur budgétaire», sans hausse d'impôts, affirmant qu'il n'y aurait «plus de dépenses publiques supplémentaires pour relancer la croissance». Le budget 2011, en cours d'examen par le Parlement, prévoit une cure d'économies pour ramener en 2011 le déficit de l'État de 152 à 92 milliards d'euros. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a par ailleurs déclaré hier que l'exposition des banques françaises à l'Irlande était «limitée».

En Grande-Bretagne, des milliers d'étudiants sont descendus dans la rue dans plusieurs villes hier pour manifester contre le triplement des frais d'inscription à l'université.

Sur le marché des changes, l'euro se stabilisait face au dollar hier, après des indicateurs américains mitigés, mais restait sous la pression de crainte d'une contagion de la crise irlandaise. L'euro valait 1,3366 $US contre 1,3364 $US mardi, après être tombé le matin sous 1,33 $US.

Ce contexte a aussi provoqué de fortes tensions sur les taux à 10 ans des pays fragiles, notamment ceux de l'Espagne qui ont franchi les 5 % et ceux de l'Irlande qui s'approchent de leur plus haut à 9 %.

Les coûts d'emprunt du Portugal et de l'Espagne ont fortement augmenté hier à l'heure où les investisseurs s'inquiètent du poids de la dette de ces deux États, qui pourraient devenir les prochains candidats à un plan de sauvetage international après la Grèce et l'Irlande.

Au Portugal, le taux des obligations d'État à dix ans a franchi la barre des 7 % dans la matinée avant de refluer légèrement. Quant aux obligations espagnoles à dix ans, elles ont atteint 5,08 % contre 4,91 % en début de séance. Si les deux pays ne risquent pas la faillite dans l'immédiat, ces taux rendent le poids de leur dette, déjà lourd, encore plus cher à financer. Le Portugal et l'Espagne sont désormais considérés comme les pays les plus faibles des 16 États de la zone euro.

Le Portugal représente moins de 2 % du total de l'économie de la zone euro, mais un sauvetage potentiel de Lisbonne ajouterait à la pression sur l'Espagne, quatrième économie de l'Union européenne, et serait susceptible de déclencher des répercussions dramatiques pour le bloc des Vingt-sept dans son ensemble.

À plusieurs reprises, le gouvernement portugais a affirmé qu'il n'avait pas besoin d'une assistance financière dans la mesure où son plan d'austérité tirera le fardeau de la dette vers le bas. Mais Eurasia Group, cabinet de conseil spécialisé dans l'analyse du risque politique, a déclaré hier dans un rapport que les responsables européens ne s'attendent pas à ce que les maux de la zone euro s'arrêtent à l'Irlande et qu'un plan de sauvetage pour le Portugal pourrait être dévoilé au début de l'an prochain, au moment de la reprise attendue de la vente des obligations d'État.

Il y a une «présomption forte» qu'un plan de sauvetage soit «nécessaire pour le Portugal», a souligné Eurasia Group, ajoutant que Lisbonne serait soumis à forte pression pour en accepter un, «même si le gouvernement portugais affirme que le pays n'en a pas besoin». D'après les estimations de plusieurs analystes, il faudra au Portugal au moins 50 milliards d'euros.

La ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, a de son côté assuré qu'aucun sauvetage semblable à ceux décidés pour Athènes et Dublin n'était nécessaire pour Madrid, précisant à la radio que les règles strictes de la Banque d'Espagne pour les établissements bancaires du pays avaient permis d'assurer la santé du système financier espagnol.

Bien que les deux capitales affirment que leur système bancaire est en ordre, Madrid et Lisbonne sont confrontées à des défis similaires en matière de réduction de la dette.

L'Espagne bataille pour émerger d'une récession de près de deux ans alors que le taux de chômage — le plus haut de la zone euro — atteint 19,8 %.

De son côté, le Portugal doit appliquer à compter du 1er janvier un plan d'austérité, axé notamment sur une réduction des salaires des fonctionnaires de 5 % en moyenne, des coupes dans les allocations sociales ainsi que des hausses fiscales. Les mesures, qui comprennent aussi une baisse des investissements de l'État, devraient étouffer une croissance économique déjà faible après la récession de l'an dernier.


Agence France-Presse et Associated Press