Les marchés chutent

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Photo: Agence Reuters Brendan McDermid Bourse

Le scénario noirci de la Réserve fédérale américaine et les tensions géopolitiques engendrées par les affrontements entre les deux Corées ont combiné leur effet à l'impact de la crise irlandaise pour provoquer un recul sensible des indices boursiers. La chute des cours a pris de l'ampleur hier, sur fond de crainte d'éclatement de l'euro.

En début de séance, la déprime boursière était alimentée par la crise irlandaise et son risque de contagion au Portugal et à l'Espagne. La chancelière allemande Angela Merkel a attisé la nervosité en affirmant que la zone euro était désormais «dans une situation extrêmement sérieuse», après que le ministre des Finances allemand eut lui-même affirmé que l'avenir de l'euro était «en jeu».

Le repli des cours boursiers s'est accéléré en fin de séance en réaction à la forte révision à la baisse des perspectives économiques aux États-Unis. Le contenu des minutes de la dernière réunion du comité monétaire de la Réserve fédérale américaine vient appuyer la récente décision de recourir à une nouvelle ronde d'assouplissement monétaire dit quantitatif. Il fait ressortir une croissance du PIB américain ramenée entre 3 et 3,6 % sur un an au quatrième trimestre de 2011. L'intervalle précédent oscillait plutôt entre 3,5 et 4,2 %. S'ajoute un pessimisme de l'autorité monétaire à l'égard de la réduction du chômage, avec des craintes d'un chômage dit structurel appelé à s'incruster. La Fed évoque désormais que le taux de chômage structurel pourrait atteindre 6 % du fait des dégâts provoqués par la dernière crise économique, soit 0,7 point de plus que ses estimations de juin.

L'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto a abandonné hier 135,26 points, ou 1 %, pour clôturer à 12 793,75. À New York, l'indice symbolique Dow Jones a perdu 142,21 points, ou 1,3 %, à 11 036,37, alors que l'indice plus large, le S&P 500, a chuté de 1,4 %, ou 17,11 points, à 1180,73. Les investisseurs ont préféré se réfugier dans certaines classes d'actif plus défensives, comme le dollar américain, l'or ou les bons du Trésor américains.

Le contexte était donc favorable à une nouvelle chute de l'euro, qui est tombé sous 1,34 $US hier, contre plus de 1,36 $US lundi. Sur le marché obligataire, les pays susceptibles de subir le même sort que l'Irlande ont vu leur taux de financement grimper en flèche. Les taux irlandais à 10 ans progressaient à 8,02 %, contre 7,87 % lundi soir, entraînant dans leur sillage les taux portugais à 10 ans à 6,64 %, contre 6,52 % la veille au soir, et ceux de l'Espagne. Jusqu'alors relativement épargnée, Madrid a vu ses taux monter de 16 points de base, à 4,87 %.

Cette nouvelle onde de choc secouant la zone euro, après celle alimentée par la crise grecque, a avivé un euroscepticisme déjà très criant en Allemagne. Pour l'économiste Nouriel Roubini, les économies européennes les plus fragiles, telles que l'Irlande et le Portugal, devront sans doute quitter la zone euro, mais pas avant d'avoir restructuré leur dette. Il a rappelé que «cela a commencé avec de la dette privée, on l'a socialisée et c'est devenu de la dette publique. À présent, des pays souverains sont en difficulté et doivent être renfloués, essentiellement par des "super-souverains", le FMI, la zone euro, l'Union européenne, a-t-il dit à Reuters Insiders. Mais personne ne va venir de Mars ou de la Lune pour renflouer le FMI ou la zone euro.»

Interrogé sur la pertinence de l'hypothèse d'un éclatement de la zone euro, le professeur d'économie à l'Université de New York a répondu: «En fin de compte, c'est probable.»

Le numéro deux du Fonds monétaire international, John Lipsky, a toutefois voulu calmer le jeu. Pour lui, le problème posé par la crise économique en Irlande était «petit et maîtrisable» pour la zone euro. «D'un point de vue irlandais, c'est un très grand choc et un grand problème, en partie du fait de la taille qu'avait atteint le système bancaire par rapport à cette économie. Par rapport à l'Europe, cela reste petit et maîtrisable.»

Interrogé sur la possibilité que d'autres pays de la zone euro aient eux aussi besoin d'une aide de la zone euro et du FMI, après la Grèce et l'Irlande, M. Lipsky a répondu que «le Portugal n'a demandé aucun soutien de ce type. Mais bien sûr, les modalités existent, si cela devait être nécessaire. L'Espagne est une bien plus grande économie, et a déjà pris des mesures importantes pour améliorer à la fois son système bancaire et ses perspectives budgétaires».

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Avec l'Agence France-Presse