La Fed révise ses prévisions

Ben Bernanke, le grand patron de la Réserve fédérale américaine<br />
Photo: Agence Reuters Jason Reed Ben Bernanke, le grand patron de la Réserve fédérale américaine

La reprise économique aux États-Unis risque d'être encore plus lente, les prochaines années, qu'on le craignait déjà cet été, prévient la Réserve fédérale américaine.

La banque centrale américaine a révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique et de création d'emplois en dévoilant hier les procès-verbaux des deux dernières réunions de son comité de politique monétaire (FOMC), au terme desquels avait été annoncée l'injection de

600 milliards en nouvelles liquidités censées redonner un peu de vigueur à la reprise. Selon les projections économiques sur lesquelles ces décisions se sont basées, la croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) américain pour l'année 2010 se situera dans la mince fourchette comprise entre 2,4 % et 2,5 % plutôt qu'entre 3 % et 3,5 %, comme la Fed le pensait encore en juin. Les prévisions pour l'année prochaine ont aussi été révisées à la baisse de plus d'un demi-point de pourcentage, passant d'une fourchette de 3,5 % à 4,2 % à une fourchette de 3 % à 3,5 %.

Les perspectives se sont aussi assombries en ce qui a trait au marché du travail. L'institution présidée par Ben Bernanke s'attend désormais à ce que le taux de chômage se situe entre 9,5 % et 9,7 % à la fin de 2010 (contre une projection de 9,2 % et 9,5 % en juin), entre 8,9 % et 9,1 % à la fin de l'année prochaine (contre 8,3 % et 8,7 %) et entre 7,7 % et 8,2 % à la fin de 2012 (contre 7,1 % et 7,5 %). On craint également que la gravité de la crise et l'extrême lenteur de la reprise laissent l'économie américaine avec un taux de chômage structurel (c'est-à-dire incompressible) de 6 %, soit 0,7 point de pourcentage de plus que ce qu'on estimait en juin.

Plus de la moitié des membres du FOMC s'attendent à ce que l'économie américaine ne retrouve pas un rythme de croisière souhaitable avant cinq ou six ans, révèle le procès-verbal de leur dernière réunion, qui s'est tenue les 2 et 3 novembre. Les autres pensent qu'il faudra attendre plus longtemps encore. Tous ont souligné le degré d'incertitude exceptionnellement élevé de leurs projections.

Débats sur les 600 milliards

Les documents dévoilés hier en vertu de procédures habituelles révèlent que les avis étaient partagés au sein du FOMC sur les effets et l'à-propos d'une nouvelle campagne d'achat de 600 milliards de bons du Trésor de long terme. «Certains» ont observé notamment que l'opération pouvait mener à une dépréciation involontaire du dollar américain, comme plusieurs pays l'ont reproché par la suite aux États-Unis. D'autres ont estimé que la manoeuvre n'aura qu'un «effet limité» sur une économie dont les maux ne tiennent pas principalement au manque de liquidité. Un seul des 11 membres du FOMC présents a toutefois voté contre la proposition aux termes des discussions.

Le dévoilement du procès-verbal du FOMC a aussi permis d'apprendre hier qu'une vidéoconférence a été tenue le 15 octobre afin de discuter de possibles réformes dans le mode de fonctionnement de la banque centrale américaine afin d'améliorer le degré de transparence de sa politique monétaire. On s'est notamment demandé s'il ne serait pas utile de modifier l'une des deux missions de la Fed en remplaçant son mandat général de maintenir la stabilité des prix par l'engagement de poursuivre une cible d'inflation explicite comme le fait la Banque du Canada.

Petite consolation

Le département du Commerce américain a offert hier une petite consolation en révisant à la hausse son estimation du rythme de croissance de l'économie américaine au trimestre qui s'est terminé en septembre. Plutôt que de 2 % comme on le pensait le mois dernier, cette croissance se serait, en effet, élevée à 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre, marquant une belle accélération par rapport au modeste 1,7 % affiché au trimestre précédent.

Cette croissance a été principalement attribuable à une augmentation de la consommation des ménages (+2,8 %). Cet élan a toutefois aussi été freiné par le déficit commercial et la baisse de l'investissement des ménages dans le logement.

À 2,5 %, notent les experts, la croissance est tout juste suffisante pour absorber la hausse du nombre de travailleurs actifs résultant de l'accroissement naturel de la population. Cette révision des statistiques sur le PIB est la bienvenue, «mais cela ne devrait pas marquer le début d'une nouvelle période de croissance soutenue de l'économie américaine», a observé hier James Marple, économiste à la Banque TD. En temps normal, «une croissance de cet acabit aurait été jugée décevante, et cela montre à quel point nous en sommes réduits à abaisser nos attentes de reprise», a-t-il ajouté.

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Avec l'Agence France-Presse