Irlande - Rigueur, rigueur, rigueur!

Les Irlandais manifestent leur mécontentement au plan de sauvetage de leur pays, qui passe notamment par l’adoption de mesures sévères d’austérité.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Peter Muhly Les Irlandais manifestent leur mécontentement au plan de sauvetage de leur pays, qui passe notamment par l’adoption de mesures sévères d’austérité.

Le premier ministre irlandais Brian Cowen, cible d'une fronde grandissante jusqu'au sein de sa coalition, s'est employé hier à convaincre ses opposants de mettre de côté les divergences pour approuver une austérité draconienne, préalable au plan de sauvegarde international de l'île.

Dublin — «Adopter ce budget est très important pour atteindre nos objectifs budgétaires», a lancé le chef du gouvernement, attaqué hier par une opposition très combative lors d'une séance de questions-réponses au Parlement. «Finissons le travail, c'est important», a-t-il asséné.

«Je crois que le budget réunira le soutien nécessaire», a affirmé M. Cowen, tandis que la coalition au pouvoir est au bord de l'implosion. Les verts, mem-bres clefs de la majorité gouvernementale, ont en effet appelé à des élections anticipées en janvier, soit un an et demi avant la date prévue.

«Brian Cowen est aveugle, s'accrochant au pouvoir dans "l'intérêt national'' tandis que tous ceux qui l'entourent veulent qu'il s'en aille», écrivait l'Irish Examiner. «Je ne m'accroche pas au pouvoir», a répondu sur un ton sec M. Cowen devant le Parlement.

Acculé par l'exigence des Verts, le chef du gouvernement a accepté lundi soir de convoquer des législatives, mais il ne le fera qu'après l'adoption du budget pour 2011 et d'un nouveau plan de rigueur quadriennal, en début d'année prochaine.

Ces deux exercices très délicats conditionnent la mise en place d'un vaste plan d'aide internationale, que l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) continuent à finaliser. Le plan de rigueur sur quatre ans est rendu public aujourd'hui. Le budget doit quant à lui être présenté le 7 décembre, mais seules des mesures secondaires seront soumises au vote à ce moment-là, l'adoption définitive ne devant avoir lieu qu'en janvier au mieux. Les élections pourraient suivre, en février ou mars.

Le vote du budget et du plan de rigueur quadriennal est «essentiel», a averti hier le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, sur la radio RTE. Le plan d'austérité irlandais vise à ramener le déficit public de l'île à 3 % du PIB contre un record de 32 % cette année. Son adoption doit survenir «le plus vite possible, car chaque jour qui passe accroît les incertitudes», a-t-il ajouté, dans une allusion à la baisse des marchés, et en particulier des valeurs bancaires, ainsi que de l'euro.

«C'est l'avenir de notre monnaie unique qui est en jeu», a souligné le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. La zone euro est «dans une situation extrêmement sérieuse», a renchéri la chancelière Angela Merkel. Le président de l'UE, Herman Van Rompuy, s'est cependant voulu rassurant. Le plan d'aide mis en place par l'UE et le FMI est «suffisamment grand pour l'Irlande», a-t-il assuré. «Il n'y a pas de problème pour le mécanisme de stabilité européen», a-t-il ajouté.

Brian Cowen aura fort à faire pour convaincre l'opposition de voter la rigueur: son impopularité enfonce de nouveaux records après le vif mécontentement de la population face à «l'humiliation» que représente, selon elle, l'appel à l'aide extérieure pour régler les problèmes de l'île.

Les Irlandais voient de plus d'un mauvais oeil les nouvelles mesures d'austérité qui s'annoncent. Après une baisse des allocations chômage et familiales, ainsi que d'importantes suppressions d'emplois publics, le nouveau plan de rigueur veut aller encore plus loin, en réduisant le salaire minimum. Cette mesure suit une recommandation du FMI, inscrite dans une note publiée lundi sur son site.