Les employés d'Eska sont désormais syndiqués

Près d'un an après le dépôt de leur demande de syndicalisation, 42 travailleurs de l'usine d'eau embouteillée Eska, dans le village abitibien de Saint-Mathieu-d'Harricana, viennent de recevoir la bénédiction de la Commission des relations de travail (CRT).

La décision de la CRT, rendue le 17 novembre, tranche un litige qui opposait la compagnie — propriété de Morgan Stanley, une firme d'investissement à Wall Street — et le syndicat au sujet du nombre d'employés devant être syndiqués.

Dans le cadre de son analyse de la situation, la CRT a dû se pencher sur un incident survenu le 9 décembre 2009, deux jours après la demande, lors duquel la direction a décidé de cesser les activités de l'usine en affirmant que les affaires allaient moins bien et que l'entrepôt était devenu plein.

Selon ce qui a été dit devant la CRT, l'usine a tourné à plein régime à l'été 2009 en raison d'un très gros contrat. L'automne venu, cependant, le niveau d'activité a commencé à diminuer.

«Il faut considérer qu'Eska a bénéficié d'une première poussée de croissance à l'été 2009. Il est normal qu'il y ait un certain "ressac" par la suite une fois le contrat terminé», a écrit le juge administratif Jean Paquette.

Le syndicat fait valoir une autre version. À la mi-décembre 2009, le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ) avait publié un communiqué pour déclarer que dans les jours suivant la demande de syndicalisation, la direction avait «réuni les employés pour leur passer le message qu'à défaut de désistement de leur demande, une fermeture temporaire de l'établissement serait possible».

«C'était un prétexte», a soutenu hier Carl Proulx, représentation national au SCEP, en faisant référence à la baisse de demande qu'a invoquée la compagnie pour justifier sa fermeture temporaire en décembre 2009.

La compagnie a publié un bref communiqué en soirée. «Eaux Vives Water inc. [Eska] a reçu la décision de la Commission des relations de travail concernant la syndicalisation des employés. L'entreprise évalue actuellement cette décision. Elle entend respecter la volonté de ses employés.»

L'accréditation syndicale des employés signifie que ceux-ci doivent maintenant se doter d'une structure en bonne et due forme — par exemple, nommer un président — dans le but d'entamer des négociations de convention collective avec la direction.

L'usine appartenait autrefois à la compagnie Parmalat. Des problèmes financiers se sont toutefois soldés par un rachat et un redémarrage il y a quelques années, notamment sous l'impulsion d'une campagne de marketing léchée et de nouveaux formats de bouteille. La croissance a été explosive: alors qu'une quarantaine d'employés fourmillent aujourd'hui sur le site, ils n'étaient qu'une douzaine au début de 2008.