Desjardins prévoit une croissance plus soutenue

Le récent passage à vide de l'économie québécoise devrait céder la place à une croissance «plus soutenue» en fin d'année et l'année prochaine, prévoit le Mouvement Desjardins.

Le Québec a été l'une des régions les plus affectées au Canada par la détérioration des conditions économiques au troisième trimestre, observent les économistes de Desjardins dans la dernière version de leurs prévisions économiques et financières dévoilée hier. Il a notamment encaissé «un coup dur» en juillet avec un recul de 0,7 % de son produit intérieur brut (PIB). «Il faut éviter de sombrer dans le pessimisme», y ajoute-t-on toutefois. «Ce passage moins convaincant devrait être de courte durée et il devrait faire place à une progression plus soutenue par la suite.»

L'équipe des Études économiques du Mouvement Desjardins continue ainsi de compter sur une croissance totale du PIB réel de 2,7 % cette année et 2,3 % l'an prochain. «Les dépenses des ménages semblent d'ailleurs reprendre des forces», observe-t-on notamment. «La hausse de la taxe de vente du Québec (TVQ), qui passera de 7,5 % à 8,5 % le 1er janvier 2011, incitera les ménages à devancer leurs achats importants.» Le ralentissement de la construction immobilière se révèle, quant à lui, relativement modéré, et ne semble que vouloir ramener le nombre de ventes de maison à la moyenne des cinq dernières années.

Ces taux de croissance au Québec seront moins élevés que les taux de 3,4 % et 2,5 % prévus respectivement en 2010 et 2011 en Ontario, ou même que les 3 % et 2,4 % de la moyenne canadienne. Mais il faut se rappeler que la récession y a aussi été nettement moins dure qu'ailleurs au pays, le Québec ayant affiché un recul de seulement 0,3 % en 2009, contre 3,4 % en Ontario et 2,5 % dans l'ensemble du Canada.

Le contexte économique mondial s'annonce encore bien morose. La reprise économique aux États-Unis restera modeste (2,7 % en 2010 et 2,4 % en 2011) avec une cadence d'embauches trop faible pour faire reculer le chômage, des revenus qui stagnent et des consommateurs qui ont toujours le moral dans les talons. La situation s'annonce encore moins brillante en Europe (1,6 % en 2010 et 1,4 % en 2011) en dépit d'un début d'année fracassant. L'économie chinoise devra continuer d'être vigoureuse (9,6 % en 2010 et 8,8 % en 2011), bien que l'on continue d'y craindre une flambée de l'inflation et l'éclatement de bulle spéculative.

La force du huard et la mollesse de la reprise américaine continueront de peser lourdement sur les exportations au Canada. «Plusieurs composantes de la demande intérieure montrent aussi des signes d'essoufflement», note-t-on. Parmi elles, on note: le ralentissement du marché immobilier, la fin des programmes de relance économique des gouvernements, ainsi qu'un marché du travail qui, «après avoir récupéré entièrement les emplois perdus durant la récession, a de la difficulté à passer à l'étape suivante, soit la création de poste qui amènerait l'emploi à un niveau significativement supérieur à celui observé avant la récession».

Portrait plus sombre de la Scotia


Ce portrait de la situation au Canada et dans le reste du monde est relativement semblable à celui que dressent actuellement la Banque du Canada ou encore le Fonds monétaire international (FMI).

Il se démarque toutefois des prévisions pour le Québec et l'Ontario dévoilées la semaine dernière par les économistes de la Banque Scotia. Estimant, eux aussi, que les deux provinces manufacturières allaient continuer de faire les frais d'un huard trop fort et de clients américains trop faibles, ces économistes prédisent une croissance de seulement 1,9 % l'an prochain au Québec (contre 2,3 % chez Desjardins) et 2 % en Ontario (contre 2,5 % chez Desjardins). En guise de comparaison, leurs prévisions pour la Colombie-Britannique et l'Alberta pour la même année sont respectivement de 2,8 % et 3,5 %.

«Le secteur manufacturier du centre du Canada ne reculera pas, mais il demeurera là où il est, alors que, dans l'ouest du Canada, nous verrons davantage de croissance des exportations grâce à l'énergie et aux minéraux, et aussi pas mal d'investissement», a déclaré la semaine dernière à La Presse canadienne, l'économiste de la Banque Scotia, Alex Koustas, décrivant un phénomène ressemblant beaucoup à la situation qui prévalait avant l'éclatement de la crise.