Irlande: décryptage d'une crise qui a fait trembler la zone euro

Dublin a dû se résoudre, sous la contrainte des marchés financiers, à demander l'aide de l'Union européenne. Celle-ci s'est empressée d'accepter pour «pour sauvegarder la stabilité financière dans l'Union et la zone euro», selon les termes du communiqué des ministres des Finances des Vingt-sept publié dimanche soir.

Aucune somme précise n'est encore avancée, mais les fonds prêtés à l'Irlande devraient se situer entre 85 et 110 milliards d'euros, selon les estimations de Barclays Capital. Plusieurs prêteurs sont sur les rangs: le Fonds européen de stabilisation financière (FESF), autorisé à emprunter jusqu'à 440 milliards d'euros sur les marchés avec la garantie des États de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF), qui permet à la Commission de lever jusqu'à 60 milliards sur les marchés avec la garantie du budget communautaire, la Grande-Bretagne et la Suède (qui a déjà prêté à la Lettonie et à l'Islande) disposées à accorder des prêts bilatéraux et, enfin, le Fonds monétaire international (FMI). Une analyse de Jean Quatremer.

Pourquoi l'Union doit-elle intervenir?


Bruxelles — À la différence de la Grèce, sauvée in extremis en mai dernier par l'intervention des Européens et du FMI, l'Irlande n'a pas de problème de liquidités, ses besoins de financement étant assurés jusqu'en juin 2011. Autrement dit, elle est parfaitement solvable et ses comptes publics sont sous contrôle, le gouvernement conservateur de Brian Cowen ayant déjà adopté depuis 2009 une vigoureuse politique de rigueur qui n'a rien à envier à celle imposée à Athènes par l'Union et le FMI. Ainsi, le plan que va adopter aujourd'hui Dublin prévoit une économie de 15 milliards d'euros en quatre ans, soit 10 % du PIB irlandais.

Le problème irlandais est, pour l'essentiel, bancaire: lorsque la bulle immobilière a éclaté, les banques n'ont dû leur survie qu'à la garantie accordée par l'État à la dette bancaire (dépôt des particuliers et prêts des investisseurs, soit autour de 250 % du PIB...). En outre, il a fallu recapitaliser, soit 50 milliards d'euros, et cantonner 80 milliards d'euros d'actifs toxiques dans une «bad banik», la NAMA. Une facture qui a fait plonger le déficit public irlandais à — 32 % du PIB. Cela étant, il s'agit d'une dépense imputée sur une année qui ne se répétera pas et la dette publique (99 % du PIB) reste soutenable.

Mais les marchés financiers ont commencé à craindre que l'Irlande soit incapable de faire face à sess remboursements. De peur de perdre leur mise, ils se sont mis à exiger une prime de risque de plus en plus importante avant de lui prêter de l'argent, lui interdisant en fait de se financer. Pour mettre l'Irlande à l'abri le temps que Dublin fasse le ménage dans ses finances publiques et son secteur bancaire, l'Union a été obligée d'intervenir, la cessation de paiement n'étant qu'une question de mois.

Il n'est cependant pas certain que l'argent soit décaissé, la garantie explicite de l'Union pouvant suffire à ramener le calme, comme le montre déjà la détente des taux d'intérêt de la dette irlandaise ainsi que la remontée de l'euro depuis mercredi dernier lorsqu'il est apparu que les Européens ne laisseraient pas tomber l'Irlande.