Analyse - Le défi du Portugal: éviter le recours à un plan de sauvetage

José Socrates, premier ministre du Portugal<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Fetig Belaid José Socrates, premier ministre du Portugal

Lisbonne — Le Portugal ne dispose que de quelques mois pour rassurer les marchés et ainsi éviter de devenir le prochain pays de la zone euro à recourir à un plan de sauvetage, mais à la lueur de ses perspectives budgétaires et économiques, la tâche sera très compliquée.

Au contraire de l'Irlande ou de la Grèce, qui s'est vu octroyer en mai un plan de soutien de 110 milliards d'euros, le Portugal présente un déficit et une dette gérables, ne connaît pas de crise de son secteur bancaire ni de bulle immobilière. Cette relative solidité est susceptible de donner du temps au gouvernement portugais pour convaincre les marchés qu'il peut assainir ses comptes.

Mais, et c'est là le noeud du problème, le Portugal bataille pour atteindre ses objectifs budgétaires de 2010 et s'il échoue, le coût de sa dette devrait atteindre un niveau insupportable alors qu'arrive à échéance en avril et juin un total de 9,46 milliards d'euros d'emprunts obligataires.

Le lancement d'une procédure de sauvetage de l'Irlande a conduit les investisseurs à regarder de plus près les prochaines victimes potentielles de la crise financière, l'Espagne et le Portugal.

Le premier ministre portugais, José Socrates, a réaffirmé hier que son pays n'avait pas besoin d'aide, mais l'écart de rendement entre les emprunts portugais à dix ans et les Bunds allemands, qui était de 417 points de base hier, montre que Lisbonne dans la ligne de mire des investisseurs.

«Le Portugal pourrait être le prochain et ses finances publiques sont sous une forte pression», observe Diego Iscaro, économiste chez IHS-Global Insight. «Atteindre l'objectif de déficit budgétaire de 7,3 % réduirait le risque de recours au Fonds européen de stabilité [financière], ajoute-t-il. Toutefois, si le déficit est supérieur à l'objectif et que l'économie s'affaiblit, la pression des marchés sur le Portugal va s'accentuer. Ils ont un gros remboursement obligataire en avril, donc il est possible qu'au premier trimestre ils soient obligés d'aller demander de l'aide.»

Le plan de consolidation budgétaire a pour l'heure déçu. Le déficit du secteur public s'est accru de 2 % sur les neuf premiers mois de l'année, mais le gouvernement continue de viser un objectif de déficit budgétaire total de 7,3 % contre 9,3 % en 2009.

«Le principal problème du Portugal c'est qu'il ne semble pas en passe d'atteindre ses objectifs de consolidation. Si le gouvernement n'y arrive pas cette année, cela pourrait être le déclencheur» d'une aide, estime Ralph Solveen, chez Commerzbank. «Les données de janvier [de la zone euro] pourraient être importantes [...], les marchés débattront alors plus en profondeur du pays, regarderont les prévisions de croissance faibles et les problèmes structurels dans l'économie et cela pourrait faire encore grimper les taux d'intérêt», prévient-il.

Le Portugal table sur une croissance de 1,3 % cette année, après avoir subi une contraction de 2,6 % de son PIB en 2009. Mais la consommation est déjà en berne et beaucoup d'économistes anticipent une nouvelle récession avec l'entrée en vigueur, en 2011, des hausses d'impôts et baisses de salaires décidées dans le cadre du plan d'austérité. «La principale question est de savoir ce qui va se passer l'année prochaine quand l'austérité va vraiment commencer à se faire sentir», note Giada Giani, économiste chez Citi à Londres.

Le budget pour l'exercice 2011 inclut une baisse de 5 % des salaires des fonctionnaires, une hausse maximale de deux points de la TVA, à 23 %, ainsi que des coupes dans les dépenses.

S'il demande une aide à la zone euro, le Portugal aura sans doute besoin d'environ 45 milliards d'euros selon un analyste, qui prend en compte un besoin de refinancement d'obligations à taux fixe et le financement des futurs déficits budgétaires.