Transport collectif et biogaz - Manquerons-nous l'autre révolution tranquille?

À l'heure actuelle, le doute envahit de plus en plus d'acteurs et d'observateurs québécois des énergies vertes, et le secteur transport n'y échappe pas.

Alors que le gouvernement du Québec et Hydro-Québec annoncent le développement du transport électrique depuis quelques années déjà, les résultats concrets se font rares sur le terrain. La semaine dernière, le gouvernement du Québec annonçait une subvention de 1 million de dollars pour un projet pilote de conversion de véhicules au propane. Ce qui étonne, c'est qu'Hydro-Québec a déjà depuis des années des véhicules au propane. Pourquoi alors faire un tel projet-pilote alors que le même gouvernement a refusé ce printemps d'autoriser un programme de conversion de véhicules à l'électricité au groupe Véhicules électriques Québec?

Par ailleurs, il y a plus d'un an, le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation a mis sur pied un groupe de travail qui avait pour mandat de développer un programme et des budgets alloués au développement des véhicules individuels et collectifs électriques.

Le dévoilement de ce programme accuse des mois de retard et, pourtant, nous entendons de la bouche des ministres Pierre Arcand et Nathalie Normandeau l'arrivée prochaine du projet de «route bleue» de camionnage longue distance subventionné, avec une flotte qui serait alimentée au gaz naturel liquéfié. Or, tant le Réseau des ingénieurs du Québec dans son étude sur l'avenir de la mobilité durable que le groupe MCN21 ont démontré que ce programme n'amènerait aucune baisse réelle des émissions de CO2, sauf s'il s'agit de biogaz. Selon l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, celui-ci pourrait remplacer 60 % du gaz naturel utilisé au Québec présentement tout en étant beaucoup plus propre que le gaz naturel traditionnel ou issu des schistes.

En résumé, pendant que l'on subventionne des projets de camionnage et de transport aux énergies fossiles, les acteurs du transport individuel et collectif électrique comme la STM se grattent la tête. De plus, l'usine d'assemblage de camions hybrides de PACCAR à Sainte-Thérèse, dont nous, les contribuables, avons subventionné la relance, fonctionne au ralenti. Pendant ce temps, le reste du monde, dont l'Ontario, avance à grands pas.

Dans les années 90, nous avons fait l'erreur de manquer un rendez-vous historique avec le projet du moteur-roue de Pierre Couture. Aujourd'hui, la Prius rechargeable ressemble à bien des égards à ce fameux prototype d'Hydro-Québec, ce qui fend le coeur. Espérons que nous ne manquerons pas cet autre rendez-vous électrique et biogazier, car les conséquences pourraient être lourdes.
5 commentaires
  • Oznog - Inscrit 22 novembre 2010 09 h 30

    Déraillement pour des dollars noirs!

    Combien prévisible et annoncé ce grand détournement! La rumeur venait déjà des Gazprom et port méthanier, un peu comme la battures près d'un déversement douteux (mais du large).

    Pour justifier la construction d'un port méthanier destiné à transborder du Gaz russe vers les States, on ne se gênait pas à l'époque pour nous servir des conversions d'« usines sales aux gaz » en « usines propres au gaz », et même d'en construire une toute neuve, grassement subventionné.

    Depuis ce jour j'attends les subsides pour le Gaz et voilà que c'est fait. C'est notre façon de partager la richesse.

    Ceci dit, bravo Mme Normandeau, la route bleue! Nos grands espaces, ça, c'est un fantastique défi. Mais girouette de girouette, je ne comprends pas. Pourquoi en camions? Qui fait des camions?

    À mon avis il faut certes règlementer l'industrie automobile-camion pour forcer les constructeurs à faire mieux, plus propre. Mais financer l'industrie ferroviaire me semble aller de soit, depuis 100 ans d'ailleurs. Tout comme l'était méthanisation des résidus forestiers éclairait le village de Sainte-Margerite en 1910!

    Aller vous vous ensuite acheter des sous-marin nucléaires pour protéger les gaz de schiste? Ah non, c'est de juridiction fédérale!

    Qu'elle honte, j'aime mieux être pauvre que lucide!

    P.-S. J'ai toujours une roue électrique de coincée dans la gorge!

    Merci.

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 novembre 2010 09 h 59

    Le vrai gaz naturel

    Tous les jours, toutes les secondes, les déchets du monde entier produisent du méthane. Ce même méthane qui est le composant principal du gaz minéral, appelé gaz naturel pour des questions de marketing (et pour le distinguer du malheureusement fameux gaz de houille ou gaz de ville, toxique, celui avec lequel on se suicidait dans d'anciens films). Tous les jeunes qui ont mis ie feu à leur pets le savent bien. Si on récupérait ce gaz, vraiment naturel, on ferait d'une pierre deux coups: on éliminerait une source importante d'effet de serre, et on aurait une ressource énergétique renouvelable, un combustible renouvelable.
    Bien sûr, il y a des contraintes, le méthane étant mélangé à d'autres produits, souvent fortement odoriférants; mais quel ingénieur chimiste ne serait pas emballé par un tel défi?

  • Jean Richard - Abonné 22 novembre 2010 10 h 49

    Le moteur-roue, encore et encore

    Le rendez-vous historique avec le moteur-roue ? Pas si sûr !

    Il y a des années que des Hollandais planchent sur un projet d'autobus urbain (le Whisper) équipé de moteurs-roue et il semble, hélas, que les résultats ne soient pas vraiment à la hauteur des attentes. Les beaux projets révolutionnaires sur papier se heurtent souvent à la réalité.

    Pendant que certains groupes d'ingénieurs en quête de célébrité (et de subventions) nous promettent la révolution, d'autres choisissent la voie de l'évolution. Et c'est justement la voie de l'évolution qui conduit certaines solutions à une maturité telle qu'elle devient difficile à déloger.

    Le moteur à combustion interne a atteint un degré de maturité indéniable. Ce n'est pas demain matin qu'on va le voir disparaître des véhicules automobiles, du scooter jusqu'au camion lourd en passant par les autobus. Et même si on croit passer aux solutions hybrides, ces dernières auront fort à faire pour s'imposer. Avez-vous remarqué par exemple que le dossier des autobus hybrides à la STM se fait drôlement discret ?

    La force de l'évolution face à la révolution, c'est qu'elle se fait dans la continuité. Attention, bien sûr, à ne pas confondre continuité et immobilisme. C'est l'immobilisme qui a tué le tramway dans nos villes. Si on l'avait constamment amélioré au lieu de le laisser mourir, il serait encore là, sans qu'il soit nécessaire de rêver à la révolution.

  • René Pigeon - Abonné 22 novembre 2010 10 h 50

    véhicules électriques vs GNL fossile vs GNC biogaz anaérobie

    Il est préférable, en termes développements durable, économique et industriel, d’alimenter des véhicules électriques avec de l’électricité renouvelable, d’origine hydraulique ou biogazière (de fermentation anaérobie) que d’alimenter des véhicules à combustion avec du biogaz comprimé (ce qui diffère du GN liquéfié), tenant compte des couteux équipements nécessaires au remplissage et à bord des véhicules. Le même type d’alternative a été évalué pour la biomasse lignocellulosique dans des études comme la suivante publiée dans Science entre la filière combustion, génération électrique et utilisation dans des véhicules électriques et la filière transformation de la biomasse en éthanol liquide (par la voie hydrolyses-fermentation à la Iogen) et utilisation par combustion dans les véhicules ordinaires :
    Ohlrogge et al., Science, 22 May 2009, p1019-1020 - Burning biomass to produce electricity for battery-driven vehicles can power more travel and displace more petroleum than converting it to ethanol or other fermentation products-http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/324/593
    Rene.Pigeon@RNCan-NRCan.gc.ca

  • Jacques Morissette - Inscrit 24 novembre 2010 20 h 43

    Pour parler un peu d'évolution.

    Les technologies qui évoluent et qui restent sont la résultante de ce qui reste par rapport à la réalité objective des ressources énergétiques qui changent et qui perdurent. Je pense que je viens d'en perdre une couple en m'exprimant ainsi. Plus concrètement, à mesure que les énergies renouvelables prendront de place dans nos vies, les technologies sauront évoluer, s'arrimer avec ces différents types d'énergies renouvelables.