Toyota Prius rechargeable: la révolution tranquille

Après ces 20 kilomètres d’autonomie, la Prius rechargeable devient une voiture hybride traditionnelle; comme l’actuelle Prius, elle peut encore rouler en mode tout électrique à basse vitesse.     <br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Après ces 20 kilomètres d’autonomie, la Prius rechargeable devient une voiture hybride traditionnelle; comme l’actuelle Prius, elle peut encore rouler en mode tout électrique à basse vitesse.    

Après des années à en parler et à l'espérer, la voici enfin. De façon très nippone, tout en discrétion, presque en catimini, Toyota a travaillé depuis des années à la suite logique de la Prius, soit une version rechargeable, ou plug-in, pendant que GM multipliait les annonces, publicités et conférences de presse pour sa Volt.

Jamais un constructeur n'avait osé laisser à un représentant des médias un véhicule soit hybride rechargeable, soit entièrement électrique, pour un essai de plus de quelques heures. Jusqu'à la semaine dernière. Voici donc, en primeur, l'essai de la Prius rechargeable, que l'auteur de ces lignes a pu conduire pendant cinq jours.

Une technologie déjà éprouvée


Toyota n'est pas le premier venu en matière d'hybrides. Presque 15 ans après la mise en marché au Japon de la Prius, ses ventes dépassent aujourd'hui les 2 millions, elle est reconnue comme l'icône des voitures dites «vertes» et sa cote de fiabilité est très au-dessus de la moyenne — si l'on fait exception des nébuleuses histoires de l'année dernière.

Commençons par déboulonner, une fois de plus, des mythes tenaces. Non, les batteries des véhicules hybrides n'ont pas à être changées, sauf dans des cas TRÈS rares, lors de la durée de vie de la voiture. Oui, les batteries sont recyclables; elles peuvent même être reconstruites. Et non, les batteries lithium-ion des véhicules, contrairement à ce que j'ai entendu de la part de certains chroniqueurs automobiles (!), ne prendront pas feu. Après 15 ans à répéter ces faits, il est étonnant d'entendre encore les mêmes préjugés et craintes à l'endroit de cette technologie.

Vraie jumelle


Ceux et celles à qui la Toyota Prius est familière ne seront pas dépaysés, puisque c'est la même voiture. Seules petites différences visibles: à l'extérieur, on aperçoit une prise de courant devant la portière du conducteur et, à l'intérieur, le seuil du coffre est plus élevé d'environ 5 centimètres. Lorsque la voiture est en marche, on aperçoit aussi dans la console un indicateur de kilométrage restant en mode 100 % électrique.

Des différences significatives


La Toyota Prius rechargeable voit la bonne vieille batterie NiMH remplacée par une batterie lithium-ion certes plus lourde (environ 135 kilos), mais capable d'emmagasiner quatre fois plus d'énergie. Sa capacité est de 4 kilowattheures, ce qui lui donne une autonomie affichée d'environ 20 kilomètres, selon le type de conduite et des conditions extérieures. On peut la conduire en mode tout électrique jusqu'à un peu plus de 100 km/h, ce que je considère comme une excellente idée, car cela incite les gens à respecter les limites de vitesse. Si l'on accélère rapidement ou si l'on conduit plus rapidement qu'à 100 km/h, le moteur à combustion interne entre en fonction et vient appuyer le moteur électrique. À environ -5 °C, je n'ai pas noté de différence d'autonomie, car la batterie est réchauffée lors du chargement.

Que faire après ces 20 kilomètres? Tout simplement, continuer à conduire. Après ces 20 kilomètres, la Prius rechargeable devient une voiture hybride traditionnelle; comme l'actuelle Prius, elle peut encore rouler en mode tout électrique à basse vitesse.

Une révolution tranquille

Après tant d'années à attendre ce premier essai, ce premier contact tangible avec cette technologie révolutionnaire, le sentiment qui m'est spontanément venu est la déception. Il était en effet étrange de prendre place à bord d'une voiture si révolutionnaire et de s'y sentir comme dans n'importe quelle autre voiture au bout d'à peine quelques minutes. Le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai trouvé la révolution tranquille!

Mais si c'était précisément le but de Toyota, de nous amener tout doucement, sans heurt, vers l'avenir?

Eh bien, ça marche.

Beaucoup moins cher à la prise... et à la pompe


Lorsque les automobilistes feront l'essai de cette voiture, ils n'y verront probablement que du feu... jusqu'à la pompe. Imaginez: vous partez de chez vous, parcourez 18 kilomètres et ne consommez pas une goutte d'essence. Vous retournez chez vous, branchez la voiture sur une prise 110 volts tout ce qu'il y a de plus ordinaire et, trois heures après, elle est rechargée. Sur une prise de 220 volts, le temps de recharge est d'une heure et demie. Tout ça pour un coût d'électricité de moins de 1 cent le kilomètre ou 1/10 du prix que l'essence vous coûterait à 1 $ le litre!

La cote de consommation officielle de la Prius rechargeable est d'ailleurs de 1,7 litre aux 100 kilomètres et ses émissions de CO2 sont 41 grammes par kilomètre! Vous décidez de prendre l'autoroute pour un long trajet? Votre consommation sera alors d'environ 3,5 litres aux 100 kilomètres. Vous avez dit impressionnant?

Tout cela pour combien?

«C'est bien beau de s'affranchir du pétrole, mais combien elle va nous coûter, cette révolution tranquille?», demanderont certains. Bonne question. Si Toyota n'a pas voulu nous révéler le prix de sa Prius rechargeable, on peut s'attendre à ce qu'il se situe autour de 32 000 $ pour le modèle de base, ce qui serait très raisonnable, considérant que cette voiture sera admissible à son arrivée en 2012 à un crédit d'impôt de 3000 $ du gouvernement du Québec.

Considérant les chances que le litre d'essence soit passablement plus cher en 2012, je suis d'avis qu'elle trouvera facilement preneur. Si elle est moins révolutionnaire que la Volt, son prix inférieur de près de 10 000 $ la rendra d'autant plus attirante que la réputation de Toyota en matière d'hybride est bien établie, contrairement à GM.

En conclusion, nous qui aimons nos révolutions tranquilles serons bien servis par cette voiture vouée à un avenir prometteur.

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Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • fruitloops - Inscrit 22 novembre 2010 09 h 29

    Déception?

    Explicable, parce que ce n'est plus une révolution sans doute depuis une bonne dizaine d'années. Un buzz artificiel de marketing tout au plus.

    La voiture électrique est là depuis belle lurette, c'est le stockage, donc l'autono-mie, qui fait défaut. Une vingtaine de kilomètres, c'est ridicule. Je n'ose pas ima-gine la performance en conduire hivernale. Même fiable, cette hybriditude est stupide et extrêmement coûteuse pour l'acheteur à qui on impose en plus son coût de développement intérimaire.

    Il est certain que la voiture électrique est la solution de l'avenir. Cependant il me semble que le principe de la VOLT est plus cohérent, d'autant plus que l'activa-tion de la génératrice à essence n'a qu'une fonction... celle de fabriquer de l'électricité. Et même lorsque cette dernière s'active — longtemps semble-t-il après celle de la Prius, le comportement sonore ou mécanique de la voiture ne change pas. Bref, l'hybride est transparent et cohérent.

    Reste que GM n'est pas réputé pour la construction de ses voitures. Solution idéale? Sous-traiter Toyota peut-être... Ou peut-être que GM n'a tellement plus le droit à l'erreur, qu'il risque de surprendre agréablement ENFIN et envoyer la Prius au cimetière des curiosités sur roues...

  • François Dugal - Inscrit 22 novembre 2010 09 h 53

    Les piles

    Les piles ion-lithium sont extrêmement polluantes à produire.
    Quand l'électricité est produite à partir de centrales thermiques, c'est plus polluant qu'une voiture à moteur thermique.
    Ce n'est pas parce que on conduit une voiture électrique que l'on respecte nécessairement les limites de vitesse.

  • Pierre Véronneau - Inscrite 22 novembre 2010 11 h 15

    On en reviens !

    Je suis sidéré par les commentaires au sujet de la Prius, décidément il y aura toujours du monde frustré. Je comprends la dynamique mais ne suis pas d'accord. Environnementaliste depuis 35 ans , mon choix est la char à air comprimé. Oui il existe oui il fonctionne oui c'est le meilleur. Je trouve criminel qu'on ne permette pas à ce véhicule d'être vendu.
    Mais nous ne reviendrons pas à la charrette, il faut l'accepter. J,ai une Prius 2001 et je ne pourrais pas revenir en arrière. Avoir les sous je m'achèterais un Prius rechargeable. Gm avait la EV1 100% électrique elle l'a scrappé suite à une décision des consortiums char/ pétrole.
    Même si c'est pas ce que je veux c'est déjà mieux que rien. Alors, être négatif et toujours chîaler , même si ça fait du bien, ça ne fais jamais rien avancer.
    Pierre Véronneau
    Environnementaliste

  • Daniel Breton - Inscrit 22 novembre 2010 16 h 32

    en réponse aux considérations de M. Dugal. et Fruitloops

    1-Pollution pour produire les piles lithium-ion:

    -C'est faux. La recherche démontre que si leur production a un effet, il est moindre que pour les batteries NiMH et beaucoup moindre que pour les voitures traditionnelles.

    voir le site du très respecté groupe de chercheurs Union of Concerned Scientists : http://www.ucsusa.org/publications/earthwise/envir

    Plus précisément le "Volume 12 | No. 4 Fall 2010"

    2-Une voiture qui tire son électricité d'une centrale thermique pollue plus qu'une voiture à essence

    - C'est aussi faux. Le livre "rouler sans pétrole" de Pierre Langlois en a fait la démonstration, même pour le charbon.

    3- Limites de vitesse et voitures électriques

    Argument sans objet. Quelle que soit la voiture que l'on conduit, ça reste notre décision.

    M. Dugal, j'apprécie vos interrogations, mais elles doivent se fonder surdes faits, pas des oui-dire du même type que les batteries de voiture vont s'enflammer.

    Pour Fruitloops, cette hybriditude n'est pas stupide. Mais, je me cogne depuis plus d'une décennie à certains commentaires de ce type qualifiant les hybrides de coup de marketing. C'est long, 15 ans de pur marketing!!!