Lumenpulse - Et la lumière fut... réinventée

François-Xavier Souvay a débuté dans le milieu de l’éclairage aux côtés de son père alors qu’il étudiait à HEC Montréal.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir François-Xavier Souvay a débuté dans le milieu de l’éclairage aux côtés de son père alors qu’il étudiait à HEC Montréal.

François-Xavier Souvay nous fait part d'un projet d'une grande audace, celui de faire de sa petite entreprise «le prochain Apple dans l'éclairage commercial». Pour y arriver, il mise sur une technologie qui utilise des sources lumineuses qu'on appelle diodes électroluminescentes (DEL), avec lesquelles il veut développer des familles de produits regroupées autour d'un design qui leur serait propre. Le design est en effet une composante essentielle du succès d'Apple. Lumenpulse est pour ainsi dire encore en phase de démarrage, mais, après deux années de commercialisation de ses produits, la croissance des revenus est de 100 %. L'objectif est d'atteindre 100 millions dans cinq ans.

Plusieurs de ses produits sont bien connus, sans que l'on sache néanmoins dans le grand public qu'ils sont de Lumenpulse. Du reste, même le nom de cette compagnie est encore fort peu connu. Des exemples? L'éclairage extérieur du Musée d'art contemporain de Montréal, la rue McGill, la marquise du Casino de Montréal, la croix du mont Royal, la fontaine de Tourny à Québec, le Lumendome au Telus World of Science de Vancouver. Parmi les nouveaux projets, il y a celui du toit BC Stadium à Vancouver, l'éclairage de la place entourant le nouveau World Trade Center à New York, le siège social de Microsoft et la chaîne d'hôtels Accord en Europe.

Âgé de 40 ans, M. Souvay a déjà acquis beaucoup d'expérience dans le monde des luminaires. Son père, Gérard, a fait carrière comme éclairagiste de scène avant de se tourner, à la fin des années 1980, vers l'éclairage architectural. Son premier gros contrat fut à l'édifice 1000 De La Gauchetière, à Montréal. François-Xavier, alors étudiant à HEC Montréal, laisse tomber les études pour participer à ce projet en obtenant son premier emploi chez Éclairage Z, une très petite entreprise pour laquelle il développe le marché américain. Il n'a alors que 23 ans.

Après la vente d'Éclairage Z, il lance sa propre entreprise. Son premier client est une compagnie américaine, ce qui le fait beaucoup voyager. Las des voyages, il cherche autre chose et fait finalement en 1999 l'acquisition de Luxtec, un agent manufacturier dont il était le client. Cette petite firme de Québec, avec un chiffre d'affaires de 1,5 million, cinq employés et sans aucune dette, n'était pas au départ à la hauteur de ses ambitions. Qu'à cela ne tienne, il l'achète quand même en se disant qu'il va la transformer, en faire un distributeur exclusif, créer une marque. Rapidement, Luxtec devient un leader dans le marché commercial, celui des bâtiments, des grands bureaux et des espaces publics. Le marché total de l'éclairage au Québec est de 130 millions de dollars, dont Luxtec accapare une part de 15 millions uniquement dans le créneau commercial.

Luxtec, berceau de Lumenpulse

«Luxtec a été mon berceau», dit M. Souvay, qui possède toujours cette entreprise. À partir de 2002, il met le cap sur la recherche et le développement dans la technologie DEL. À la suite d'investissements de huit millions, dont cinq en R-D, il crée Lumenpulse en 2006 pour s'attaquer résolument à ce nouveau marché des DEL. Cette technologie suscite beaucoup d'intérêt parce qu'elle a un potentiel théorique de 330 lumens par watt. On en est maintenant à une capacité de 125 lumens par watt. Les possibilités d'amélioration sont donc énormes, constate M. Souvay. Par ailleurs, la demande va prendre une ampleur considérable à cause des économies d'énergie que cette technologie permet. «Si l'on fait un bon design des luminaires en fonction des DEL, ce qui demande une très grande connaissance des designs thermiques, on peut aller chercher une durée de vie de 100 000 heures», fait valoir M. Souvay, en notant que la source actuelle la plus performante est celle de la lumière fluorescente, qui n'offre qu'une durée de vie de 20 000 heures et de 110 lumens par watt.

Actuellement, le marché mondial des luminaires est de 120 milliards, dont la moitié provient de la clientèle commerciale. Dans la prochaine décennie, ce marché commercial connaîtra une croissance de 70 à 80 %, uniquement avec les DEL, lesquelles ne comptent maintenant que pour quatre milliards des revenus de cette industrie. Celle-ci devrait donc voir sa part augmenter à 40 ou 50 milliards en 10 ans, et ces prévisions ne tiennent pas compte de la croissance de la demande.

Le choc des cultures au sein de l'industrie


Mais alors, comment une entreprise toute petite comme Lumenpulse peut-elle devenir une «Apple» dans une industrie de cette ampleur?

M. Souvay soutient qu'il y a présentement des chocs de culture au sein de cette industrie. Les fabricants de luminaires ont de vieilles façons de faire. Ils font des luminaires, mais pas les ampoules, qu'ils achètent de fournisseurs. «Du jour au lendemain, ils arrivent dans un univers électronique. Pour les DEL, ça prend un circuit imprimé, un design avec un microprocesseur pour contrôler l'intensité. En fait, c'est un micro-ordinateur. Il faut une expertise en électronique, concevoir des logiciels qu'on télécharge dans des micropuces. On ne connaît pas ça dans l'industrie traditionnelle. Il y a un fossé de connaissances techniques entre deux mondes», résume le président de Lumenpulse.

Selon lui, plusieurs essaient de faire la transition, mais ils ne savent pas trop ce qu'ils font. En outre, le marché de masse n'est pas du tout prêt à recevoir ça, alors que le marché commercial l'est. Certains intégrateurs sont apparus pour faire l'interface entre le fabricant traditionnel et les DEL, mais ils prennent tous les profits et le fabricant n'a plus d'argent pour faire de la recherche et du développement, explique M. Souvay, avant d'ajouter: «Nous, notre force, c'est qu'on fait ça depuis 2002. On a combiné les deux expertises.»

En fait, ce que vit présentement l'industrie du luminaire peut se comparer à ce qui s'est produit dans le domaine de la télévision, laquelle est passée de l'écran à gros tube à l'écran plat. D'ailleurs, 40 % de la production DEL va présentement à l'industrie de la télévision. Cette technologie a permis de miniaturiser ses composantes.

Par ailleurs, contrairement à la télévision où l'industrie est constituée d'oligopoles qui dominent complètement la production, il n'y a aucun joueur dominant parmi les fabricants de luminaires. Dans ce marché de 120 milliards, le plus gros joueur est Philips, dont le chiffre d'affaires ne fait que 6,5 milliards provenant surtout du marché de masse.

Pour sa part, Lumenpulse s'adresse uniquement au marché luminaire architectural interne et externe. Il ne vend pas au détail, mais à une clientèle de professionnels, de grandes firmes d'architectes, de génie-conseil, de designers d'éclairage. Il a une force de vente de 80 agents qui le représentent en Amérique du Nord. À sa première année de commercialisation, les revenus ont atteint 5 millions, puis 10 millions à la deuxième année, avec 60 % des ventes aux États-Unis, 35 % au Canada et le reste en Europe. On en arrive maintenant à la troisième année et la tendance mène vers 20 millions.

Luxtec existe toujours; elle est rentable et emploie 25 personnes. Lumenpulse, pour sa part, compte déjà 55 employés. Elle prévoit en avoir 200 d'ici à cinq ans. Toute la production est assemblée dans les locaux montréalais, qu'on est d'ailleurs en voie d'agrandir. L'entreprise possède aussi un bureau à Boston et une équipe d'ingénieurs qui puise dans l'expertise bostonnaise. Cela donne également une base de lancement pour le marché américain. Un autre bureau sera ouvert bientôt à Londres, car Lumenpulse vise la plupart des grands marchés de la planète, à l'exception peut-être de l'Asie.

Quoi qu'il en soit, M. Souvay fait tout ce qu'il peut pour démontrer que la vie commence à 40 ans. «Financièrement, je pourrais arrêter de travailler, mais je veux assurer une pérennité à cette entreprise et j'ai un terrain de jeu mondial», lance-t-il. Il est actionnaire majoritaire des deux entreprises et Nicolas Bélanger, un ami d'enfance et propriétaire du Groupe W, est un partenaire. Quelques employés de Lumenpulse possèdent également des actions de cette entreprise.

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Collaborateur au Devoir