Offre d'achat acceptée - Mine Jeffrey suspendue à une garantie de prêt de Québec

Clément Gignac<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Clément Gignac

Les actionnaires de Mine Jeffrey, y compris la coopérative de ses travailleurs, ont accepté l'offre d'achat de 100 % des actions de l'entreprise par un consortium d'investisseurs internationaux dont les bailleurs de fonds principaux sont québécois. Mais, pour relancer les activités de l'entreprise, il faudra néanmoins que Québec accorde une garantie de prêt, ce qui n'est toujours pas assuré.

Selon les informations disponibles au sujet de l'offre, le consortium, qui comprend des investisseurs de l'Inde, serait prêt à financer l'achèvement des travaux sur le projet de mine souterraine, qui ont débuté il y a plusieurs années. Les investisseurs fourniraient alors les 15 millions de dollars exigés par Québec pour compléter le financement de 73 millions nécessaire. Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, en a fait une condition sine qua non avant l'octroi d'une garantie de prêt par le gouvernement.

Le ministre a toutefois posé d'autres conditions préalables avant de présenter le dossier au Conseil des ministres. Il a notamment demandé à ce que les employés signent une nouvelle convention collective, ce qui a été fait. Mais il a également exigé des assurances en ce qui a trait à l'utilisation sécuritaire de l'amiante chrysotile.

«Le consortium s'est engagé à stabiliser l'approvisionnement de la fourniture de sa fibre de haute qualité, mais uniquement auprès de grandes sociétés dont les installations et les pratiques sont certifiées comme étant hautement responsables aux plans de la santé et de la sécurité, ainsi que de l'environnement, a d'ailleurs fait valoir le président de l'entreprise, Bernard Coulombe. Cette politique protégera la santé et la sécurité des employés, de même que la stabilité de l'approvisionnement d'une matière stratégique pour l'Asie, le plus grand marché au monde pour ce produit.»

L'exploitation de l'amiante chrysotile suscite de très nombreuses critiques ici, mais aussi sur la scène internationale. La Société canadienne du cancer (SCC) a par exemple exhorté le gouvernement Charest à ne pas apporter un soutien financier à la réouverture d'une mine d'amiante. L'organisme estime qu'accorder une garantie de prêt à Mine Jeffrey nuirait à la réputation du Canada comme chef de file international en matière de santé publique. Selon la SCC, la reprise des activités d'extraction et d'exportation de la mine contribuerait à propager l'épidémie de cancers causés par l'amiante, qui font 90 000 morts chaque année dans le monde.

Les parties espèrent conclure la transaction d'ici à la fin de l'année et reprendre les travaux sur le projet de mine souterraine de façon à reprendre l'extraction d'ici à la fin de 2011 ou le début de 2012. Cela permettrait la production d'environ 225 000 tonnes de fibres de chrysotile par année. «Cet investissement assurera l'existence de 500 emplois au Québec pour les 25 prochaines années, et ce, dans une région à l'économie précaire. Il maintiendra également sous contrôle canadien une ressource importante», a soutenu M. Coulombe.