Conseil interprofessionnel - Trop ? Non, pas assez de professionnels !

Jean-François Thuot, directeur général du Conseil interprofessionnel du Québec, rappelle que le Québec et le Canada mènent actuellement des discussions en vue d’établir un accord de libre-échange avec l’Europe.
Photo: Conseil interprofessionnel du Québec Jean-François Thuot, directeur général du Conseil interprofessionnel du Québec, rappelle que le Québec et le Canada mènent actuellement des discussions en vue d’établir un accord de libre-échange avec l’Europe.

Le Québec connaîtra sous peu de graves pénuries de professionnels. «Déjà, 20 des 51 professions réglementées au Québec sont en pénurie et on pense que la tendance s'accélérera, compte tenu du fait que l'Institut de la statistique prévoit une diminution de la population active à partir de 2013. À moins, donc, que les efforts considérables que nous déployons au chapitre de la mobilité, de l'immigration et de la relève ne donnent des résultats concrets et rapides, la population du Québec devra compter sur un nombre insuffisant de professionnels pour répondre à ses besoins», selon le directeur général du Conseil interprofessionnel du Québec, Jean-François Thuot.

Le pronostic que dresse Jean-François Thuot est sévère. Le Conseil interprofessionnel du Québec regroupe 45 ordres professionnels. On compte actuellement 340 264 professionnels, dont plus de 190 000 dans le domaine de la santé, ce qui représente 8 % de la main-d'oeuvre québécoise.

«Le Conseil, en tant que regroupement des ordres professionnels, oeuvre à l'amélioration de l'encadrement professionnel dans le but d'assurer une meilleure protection du public et des services offerts à la population», précise M. Thuot.

Alors que l'Office des professions du Québec (OPQ) est un organisme gouvernemental chargé de veiller à ce que les ordres professionnels s'acquittent de leur mandat selon le Code des professions, le Conseil est l'association représentant les intérêts des 45 ordres professionnels.

«Le CIQ a été fondé en 1965, soit bien avant l'adoption du Code des professions par l'Assemblée nationale en 1973, rappelle M. Thuot. Nous jouons le rôle d'intermédiaire auprès des autorités publiques, notamment concernant les enjeux sur l'éducation, l'immigration ainsi que la reconnaissance et l'encadrement des professions.»

Valeurs de société

L'enjeu de l'heure, pour le Conseil interprofessionnel du Québec, est la mobilité professionnelle, indique le directeur général. «La globalisation du monde amène les États à harmoniser leurs normes et leurs standards dans toutes sortes de domaines, explique-t-il. En soi, c'est une bonne chose. Toutefois, il faut faire attention pour que cette harmonisation se fasse en accord avec nos valeurs collectives. Et, bien sûr, la protection du public, telle que nous la pratiquons — et telle qu'elle est décrite par le Code des professions — fait partie des valeurs collectives. On doit donc demeurer vigilant à cet égard.»

Jean-François Thuot rappelle ainsi que le Québec et le Canada mènent actuellement des discussions en vue d'établir un accord de libre-échange avec l'Europe. «Nous suivons avec satisfaction l'évolution de ces discussions puisque, manifestement, elles vont dans le sens de ce que nous souhaitons, dit-il. C'est-à-dire que les compétences des ordres professionnels seront confirmées dans le cadre d'un éventuel accord de libre-échange Canada-Europe.»

Cet accord, rapporte-t-il, devrait comprendre un chapitre consacré à la reconnaissance des qualifications professionnelles et donc des organismes de réglementation des ordres professionnels québécois et canadiens.

Soulignant que ces discussions ne sont encore qu'à l'étape préliminaire, il se réjouit néanmoins «de la volonté politique manifestée par le gouvernement du Québec de plaider en faveur des compétences des ordres professionnels pour d'éventuels accords de réciprocité entre l'Europe et le Canada. C'est exactement le modèle que nous avons développé au Québec dans l'entente sur la mobilité professionnelle avec la France. Ce sont donc d'excellentes nouvelles pour nous!»

85 % d'intégration


Le CIQ se préoccupe en outre énormément de l'intégration des nouveaux arrivants sur le marché des professions. «Depuis une dizaine d'années, indique M. Thuot, le Conseil a reçu le mandat, de la part de ses 45 membres, de voir à faciliter la reconnaissance des compétences professionnelles des personnes formées hors du Québec. Nous favorisons donc toutes les mesures nécessaires tant en matière d'évaluation que de formation d'appoint et maintenant aussi d'intégration au marché du travail», dit-il avec satisfaction.

M. Thuot rapporte en outre qu'il est faux de croire que des médecins venus d'ailleurs se retrouvent à conduire un taxi. «En fait, nos statistiques indiquent que 85 % des personnes formées hors du Québec et qui demandent à être reconnues par un ordre professionnel le sont, dit-il. On est donc bien loin des scénarios catastrophes véhiculés par les médias! Il s'agit toutefois souvent d'une acceptation conditionnelle, liée à une formation d'appoint. C'est pourquoi faciliter l'accès à une formation d'appoint est pour nous et pour le gouvernement une priorité.»

Plus globalement, le Conseil est préoccupé par le défi de la pérennité de la main-d'oeuvre, poursuit M. Thuot, «parce qu'il y a déjà des pénuries dans 20 des 51 professions réglementées au Québec».

Par conséquent, le CIQ «travaille fort» pour assurer une relève, plus particulièrement auprès des jeunes. «Il nous semble important de cibler ce public, d'autant plus que le monde des professions réglementées est mal connu et même encore mal compris du public en général», dit-il. À cette fin, le Conseil vient de lancer un portail web destiné aux jeunes de 15 à 18 ans et qui porte la jolie appellation de deviensunpro.org.

«Notre objectif est de les guider vers les ordres professionnels où ils trouveront toute l'information nécessaire, dit-il. Dans le site web, nous donnons une définition succincte et plutôt conviviale de chacune des 51 professions réglementées, ainsi qu'un lien vers chaque ordre professionnel concerné.»

«Tout compte fait, conclut Jean-François Thuot, notre préoccupation est de nous assurer que, dans vingt ans, la population du Québec pourra compter sur un nombre suffisant de professionnels pour répondre à ses besoins.»

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Collaborateur du Devoir

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En chiffres

Les professionnels, les domaines et le Québec en 2010
  • Population totale: 7 907 400
  • Travailleurs disponibles: 4 288 200, soit 54 % de la population
  • Travailleurs en emploi: 3 938 200, soit 91 % des travailleurs
  • Professionnels à l'oeuvre: 340 264,soit 8 % de tous les travailleurs
  • Femmes professionnelles: 197 124, soit 58 % de tous les professionnels

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Six domaines, 51 professions

  • Santé: 191 286 professionnels, soit 56 % de l'ensemble des professionnels, et par ordre: acupuncteurs, audioprothésistes, chiropraticiens, conseillers et conseillères d'orientation et psychoéducateurs et psychoéducatrices, dentistes, denturologistes, diététistes, ergothérapeutes, hygiénistes dentaires, infirmières et infirmiers, infirmières et infirmiers auxiliaires, inhalothérapeutes, médecins, opticiens d'ordonnances, optométristes, orthophonistes et audiologistes, pharmaciens, physiothérapeutes, podiatres, psychologues, sages-femmes, techniciens et techniciennes dentaires, technologistes médicaux, technologues en imagerie médicale et en radio-oncologie, technologues professionnels, travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux.
  • Administration: 43 257 professionnels, soit 13 % de l'ensemble, et par ordre: administrateurs agréés, comptables agréés, comptables en management accrédités, comptables généraux accrédités, conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés.
  • Justice: 27 448 professionnels, soit 8 % de l'ensemble, et par ordre: avocats, huissiers de justice, notaires.
  • Nature: 5468 professionnels. soit 2 % de l'ensemble, et par ordre: agronomes, médecins vétérinaires.
  • Science et technologie: 64 834 professionnels, soit 19 % de l'ensemble, et par ordre: chimistes, géologues, ingénieurs, ingénieurs forestiers, agronomes, médecins vétérinaires.
  • Services: 7971 professionnels, soit 2 % de l'ensemble, et par ordre: architectes, arpenteurs-géomètres, évaluateurs agréés, traducteurs, terminologues et interprètes agréés, urbanistes.

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D'après Statistique Canada et l'Office des professions du Québec.
1 commentaire
  • LUCF - Inscrit 7 août 2011 13 h 32

    Gestionnaire Relève PME - CTA (FCDRQ)

    M. Huot,

    D'autant plus qu'il y aura un manque criant de releveur(s), sachant que plus de 150 000 PME vont céder leur entreprise d'ici les 8 prochaines années!

    Une solution de Relève, la fusion entre la INC COOP, la CTA...

    Site de la FCDRQ.coop pour détails...

    Luc Fournier, MBA - Gestionnaire CTA (FCDRQ)