Bâle III ne suffira pas à éviter une nouvelle crise financière

Julie Dickson, surintendante des institutions financières, ne croit pas aux recettes miracles.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Julie Dickson, surintendante des institutions financières, ne croit pas aux recettes miracles.

Il n'y a pas de «solution magique» pour colmater les failles à l'origine de la crise financière et ce n'est surtout pas le coussin financier plus épais que les autorités veulent exiger auprès des grandes banques qui va tout régler, a affirmé hier la responsable fédérale de l'encadrement du secteur bancaire.

«Le niveau des capitaux propres [que doivent maintenir les banques] est très important, mais ce n'est pas une panacée», a dit Julie Dickson, qui dirige le Bureau du surintendant des institutions financières (BSFI) à Ottawa. Elle a tenu ces propos lors d'un passage à Montréal pour une allocution devant l'Association CFA Montréal.

«Une institution ne disposera jamais de fonds propres adéquats si ses processus de gestion des risques présentent de sérieuses lacunes. Nous ne pouvons nous laisser bercer par un faux sentiment de sécurité qui repose sur certains changements d'envergure [concernant les fonds propres], a-t-elle ajouté. La réforme de la réglementation n'est pas terminée.»

Ces commentaires de Mme Dickson surviennent alors que les autorités réglementaires de 27 pays avancés ont fait l'ébauche, en septembre, des nouvelles balises encadrant le coussin financier que les banques devront respecter à compter de 2013. Ces discussions, qui ont eu lieu à Bâle, en Suisse, sont connues sous le sobriquet de «Bâle III». Le G20 n'a pas encore approuvé les règles.

En gros, les banques vont devoir maintenir un niveau de fonds propres qui équivaut à 4,5 % de leurs actifs totaux, comparativement à 2 % présentement. Aussi, on entend leur demander d'ajouter un 2,5 % supplémentaire de manière à traverser les périodes plus cahoteuses sans gruger leurs fonds propres de base. Les mesures seront introduites graduellement jusqu'en 2019.

L'ancien cadre, «Bâle II», avait été entériné en 2004 après cinq ans de négociations.

Les autorités tentent notamment d'identifier les grands établissements financiers dont la chute pourrrait revêtir un risque systémique, c'est-à-dire qu'elle entraînerait un effet de contagion à d'autres établissements. Par exemple, une nouvelle crise chez Citigroup, aux États-Unis, aurait-elle des conséquences sur le système financier mondial? Si oui, comment et de quelle ampleur?

Banques canadiennes sur la liste?


Pour sa part, Mme Dickson estime «mal avisé de déclarer publiquement que telle ou telle institution financière revêt une importance systémique». L'élaboration d'une liste des établissements présentant un risque systémique, au sein du comité de Bâle, fait toujours l'objet de discussions, a-t-elle rappelé.

Mme Dickson, dont l'organisme se finance à partir des cotisations de l'industrie, n'a pas voulu commenter l'hypothèse voulant qu'une banque canadienne se retrouve parmi ces établissements. Tout au plus a-t-elle signalé qu'une vingtaine de banques comptent actuellement pour 80 % de l'intermédiation financière mondiale et qu'aucun établissement canadien ne s'y trouve.

De manière générale, a dit Mme Dickson, les banques canadiennes doivent continuer à faire preuve de prudence. Elle a insisté sur le fait que plusieurs acteurs ont un rôle à jouer dans la surveillance: chef de la direction, conseil d'administration, organisme de réglementation, investisseurs, gouvernement, etc.

Par ailleurs, le BSIF a été nommé mardi dans le rapport de la vérificatrice générale à Ottawa, celle-ci soulevant des questions par rapport à la rétention d'employés qualifiés et à leur formation.

«C'est un bon rapport», a dit Mme Dickson, dont l'organisme reconnaît que le niveau de rémunération pour les échelons supérieurs est «inférieur au niveau cible». Le BSIF, qui compte près de 600 employés, entend modifier certaines pratiques en matière de ressources humaines.