Le microcrédit est en danger en Inde

Plusieurs personnes, à l’instar de ce charpentier, ont obtenu des prêts pour lancer leur entreprise. Mais des sociétés de microcrédit exigeraient des taux d’intérêt élevés, ce qui a amené le gouvernement indien à prendre des mesures qui compromettent l’avenir du microcrédit.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Farjana K. Godhuly Plusieurs personnes, à l’instar de ce charpentier, ont obtenu des prêts pour lancer leur entreprise. Mais des sociétés de microcrédit exigeraient des taux d’intérêt élevés, ce qui a amené le gouvernement indien à prendre des mesures qui compromettent l’avenir du microcrédit.

New Delhi — L'industrie indienne de la microfinance qui pèse 6,7 milliards de dollars risque de s'effondrer sous l'effet de mesures politiques contre le secteur, a mis en garde hier un représentant des institutions de prêts pour les pauvres.

Selon Vijay Mahajan, le président du réseau des institutions de microfinance qui représente 44 structures, les prêts des banques commerciales au secteur sont en train de s'assécher et les emprunteurs refusent de rembourser leurs crédits, mettant à mal tout le système de microfinance. «Nous risquons un effondrement», a déclaré à l'AFP M. Mahajan, pionnier du secteur qui dirige l'institution BASIX. «À moins d'un changement profond, l'industrie telle que nous la connaissons a fondamentalement disparu», a-t-il analysé.

Mesures énergiques


Cet avertissement intervient alors que l'État de l'Andhra Pradesh, la plaque tournante de l'activité de microfinance en Inde, a pris des mesures énergiques contre les institutions de microcrédit après des accusations selon lesquelles des taux d'intérêt élevés et d'agressifs percepteurs de dette ont causé une trentaine de suicides.

«Les dirigeants politiques locaux ont commencé à pousser les emprunteurs à ne pas rembourser. Dans certains endroits, des villages entiers se sont rassemblés et ont décidé de ne pas rembourser», a dénoncé M. Mahajan.

Ce mois-ci, le gouvernement de l'Andhra Pradesh a introduit une mesure visant à mettre un terme au «harcèlement» supposé d'emprunteurs par les institutions de microcrédit, dont les taux d'intérêt compris entre 24 % et 36 % ont suscité de larges critiques. En vertu de cette nouvelle mesure, toute tentative de pression sur un emprunteur est passible de trois ans de prison et d'une amende de 100 000 roupies (2000 $US).