L'aérospatiale canadienne aura besoin de deux fois plus d'employés d'ici 10 ans

Le Canada occupe le troisième rang mondial dans l'aérospatiale civile, le cinquième toutes composantes confondues.
Photo: Source Bombardier Le Canada occupe le troisième rang mondial dans l'aérospatiale civile, le cinquième toutes composantes confondues.

L'emploi dans l'aérospatiale pourrait doubler sur dix ans, mais plus que jamais les visées de l'Asie menacent le Canada dans son rôle de troisième puissance mondiale dans la composante civile de ce secteur. Les investissements en recherche et développement et les stimulants gouvernementaux deviennent un enjeu majeur.

L'Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC) a ouvert son assemblée annuelle hier avec un portrait de l'industrie dressé par la firme Deloitte & Touche. L'assemblée se termine aujourd'hui. Dans son étude, Deloitte estime que l'industrie canadienne offre le potentiel de doubler ses effectifs sur dix ans. Les 80 000 emplois actuels pourraient atteindre les 158 000 au tournant de 2020, sous le coup d'investissements importants en R-D. Des emplois de haute qualité et bien rémunérés, souligne-t-on à larges traits.

Chiffrant le poids économique de ce secteur manufacturier à haute valeur ajoutée, la firme d'experts-comptables met en exergue des revenus d'emplois de plus de 4,6 milliards et des recettes anticipées de plus de 22 milliards en 2010. Et «78 % de sa production est exportée», a ajouté l'AIAC, qui représente les intérêts de 400 entreprises. Cette industrie est basée essentiellement au Québec — qui abrite quelque 50 000 emplois — et en Ontario, puis dans une moindre mesure dans l'Ouest canadien et la région de l'Atlantique.

Cette main-d'oeuvre présente également un mélange idéal entre les populations de jeunes et de personnel plus expérimenté. Selon les données québécoises, l'âge moyen dans le secteur manufacturier de l'aérospatiale est inférieur à 41 ans. Dans l'aviation, il est de 40 ans, et il oscille entre 26,72 ans et 43,86 ans selon les catégories de personnel et la taille des entreprises recensées, selon l'Association québécoise du transport aérien.

Axant cette 49e assemblée annuelle sur le thème de l'innovation, l'AIAC s'est empressée de sortir la carte de la concurrence internationale. «Le Canada est bien positionné pour profiter pleinement de la croissance qui prévaut dans l'industrie aérospatiale à l'échelle mondiale. Mais [...] davantage de soutien gouvernemental et plus d'investissements en R-D demeurent des facteurs cruciaux pour assurer la compétitivité de l'industrie canadienne, en particulier dans le contexte où d'autres pays ont déjà une longueur d'avance en ces matières et sont en meilleure position pour saisir les occasions d'affaires qui se profilent à l'horizon.»

Le Canada occupe le troisième rang mondial dans l'aérospatiale civile, le cinquième toutes composantes confondues. Mais ce positionnement est menacé. «Nous faisons moins bonne figure sur le plan de l'investissement en R-D que nos concurrents français et allemands», a renchéri Claude Lajeunesse. Et le président et chef de la direction de l'AIAC d'ajouter: «Les économies émergentes que sont la Chine, l'Inde, le Brésil et le Mexique investissent de façon considérable en aérospatiale et se préparent elles aussi à profiter des futures occasions et des nouveaux marchés», avec une forte croissance attendue venant de l'Asie, notamment dans l'aéronautique.

M. Lajeunesse va plus loin. Il fait ressortir que «les administrations publiques des économies émergentes de la Chine et de l'Inde investissent de manière significative notre secteur manufacturier et usent de mesures gouvernementales afin d'améliorer leur position dans l'industrie mondiale de l'aérospatiale civile, sachant que leur région, celle de l'Asie-Pacifique, abritera le plus important marché pour le transport aérien dans les 10 prochaines années».

L'étude de Deloitte dévoilée hier par l'AIAC a pour toile de fond une reprise dans le secteur du transport aérien. L'Association du transport aérien international (IATA) estime que l'ensemble du secteur devrait dégager des bénéfices de

8,9 milliards cette année. Pour 2011, le secteur aérien mondial devrait comptabiliser des bénéfices de 5,3 milliards. «Les actions des gouvernements peuvent avoir un impact sur la reprise. Les mesures d'austérité vont freiner la demande», a toutefois prévenu le directeur général et chef de la direction de l'IATA, Giovanni Bisignani.

L'IATA a publié hier ses statistiques de septembre. On observe une augmentation du trafic passagers d'une année à l'autre, mais une forte décélération du volume de fret. «La situation de l'industrie est instable. Le trafic passagers représente environ les trois quarts des revenus de l'industrie. Si la croissance du trafic passagers en septembre est rassurante, le déclin accéléré du secteur du fret aérien, notamment en Asie, est un indicateur avancé des turbulences qui nous attendent, a enchaîné M. Bisignani. Les actions des gouvernements peuvent avoir un effet sur la durabilité de la reprise. Les mesures d'austérité vont affaiblir la demande. Si on ajoute des taxes nouvelles ou augmentées, comme c'est le cas en Allemagne et au Royaume-Uni, les problèmes s'accentuent.»