Les promoteurs de tours à bureaux retardent leurs projets

«Bien que certains projets de construction aient été annoncés dans la banlieue deMontréal, aucun développement majeur n'est en cours dans la ville elle-même», a écrit Devencore dans son rapport.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir «Bien que certains projets de construction aient été annoncés dans la banlieue deMontréal, aucun développement majeur n'est en cours dans la ville elle-même», a écrit Devencore dans son rapport.

Pourquoi y a-t-il toute une poignée de tours à bureaux dont on a annoncé la construction au cours des dernières années, mais qui ne sont jamais sorties de terre? Facile, dit la firme de courtage Devencore NKF: le niveau des loyers est tout simplement trop faible pour en stimuler le démarrage.

Dans la dernière mouture de ses données portant sur le marché des tours à bureaux, Devencore a calculé qu'à Montréal, le loyer dans les immeubles de catégorie A — qui sont des constructions de prestige bâties ou rénovées après 1990 — était de 38,42 $ le pied carré au deuxième trimestre.

Il s'agit d'une baisse par rapport aux 38,57 $ de la même période en 2009, et d'une très légère hausse comparativement aux 38,45 $ de 2008. Autrement dit, la crise n'a pas épargné Montréal, tant au chapitre des loyers que des taux d'inoccupation, qui tournent à 8 %, comparativement à 4,6 % en 2008.

«Bien que certains projets de construction aient été annoncés dans la banlieue deMontréal, aucun développement majeur n'est en cours dans la ville elle-même», a écrit Devencore dans son rapport.

Par exemple, il y a le projet de la Société de développement Angus pour la construction d'un immeuble destiné à Hydro-Québec (12 étages, maintenant 5), l'immeuble à bureaux de la SITQ (Caisse de dépôt) au 900, De Maisonneuve Ouest, le projet de Westcliffe au carré Victoria et le projet de Canderel au carré Phillips.

Selon le chef de la direction de Devencore, Jean Laurin, «ça ne lève jamais en même temps». Mais sa firme de courtage croit que «le taux d'inoccupation devra revenir à un niveau plus bas et les valeurs nettes des loyers devront augmenter pour qu'il soit rentable de les mettre en oeuvre. Si l'économie locale poursuit son redressement, l'émergence de nouveaux projets deviendra plus réaliste».

Le 900, De Maisonneuve Ouest, dont le terrain est présentement un stationnement à ciel ouvert à côté d'un hôtel qui a remplacé le restaurant Ben's, «est toujours considéré par la SITQ», a dit par courriel le porte-parole Jean-Michel Laberge.

En gros, il s'agirait d'une tour de 28 étages avec 476 places de stationnement souterrain sur un site qui demeure l'un des derniers terrains «vierges» du centre-ville.

«Par contre, il faut évidemment attendre que les conditions économiques et du marché immobilier soient propices à la mise en branle d'un tel projet de développement. Plus concrètement, ceci signifie qu'il faudrait trouver un ou des locataires majeurs prêts à louer une certaine proportion de l'immeuble.»

Les loyers ailleurs

Selon les données de Devencore, la ville de Toronto a vu le loyer de ses immeubles de catégorie A reculer de façon importante. Au deuxième trimestre, il était de 43,68 $, contre 51,95 $ au milieu de 2008. Il s'agit d'une baisse de 16 %. À Ottawa, il est demeuré stable.

Même si Montréal a observé une hausse généralisée du taux d'occupation, il va redescendre, croit M. Laurin. Cependant, il peut varier d'un secteur à l'autre. Ainsi, dans l'axe McGill College, par exemple, il se situe à 19,3 %, par rapport à 8,4 % en 2008. Quelques gros locataires ont quitté la rue pour un autre secteur, ce qui a eu pour effet d'influencer les données.

Sur le boulevard René-Lévesque, il est de 7,1 %, comparativement à 3,9 % en 2008 et 6,6 % à la fin 2009.

Devencore a estimé que «certaines entreprises commencent à envisager la reprise des projets d'expansion qu'elles avaient élaborés avant l'arrivée de la récession. En parallèle, les locataires se sentent de plus en plus à l'aise dans la planification stratégique de leur portefeuille immobilier».