Gaz de schiste - André Caillé reprend le combat

Forcé au repos durant quelques semaines, André Caillé reprend du service. Combatif, il ne craint pas de personnifier celui que les opposants à l’industrie des gaz de schiste se plaisent à détester.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Forcé au repos durant quelques semaines, André Caillé reprend du service. Combatif, il ne craint pas de personnifier celui que les opposants à l’industrie des gaz de schiste se plaisent à détester.

Bien consciente qu'elle a une longue pente à remonter en matière de crédibilité, l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) dit vouloir tout mettre en œuvre pour démontrer que le développement des gaz de schiste peut se faire dans le respect de l'environnement et des citoyens. C'est à tout le moins le message phare lancé hier en ouverture de la seconde conférence annuelle du lobby québécois des énergies fossiles.

La «priorité de l'industrie» sera d'ailleurs d'être très présente lors de la deuxième partie des travaux du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Cette portion, qui débute dans trois semaines, sera consacrée à l'audition des mémoires, des opinions verbales et des suggestions des personnes, des municipalités, des organismes et des groupes désireux de donner leur avis à la commission.

Le président de l'APGQ, André Caillé, a donc fortement encouragé toutes les entreprises membres à rédiger des mémoires. «On les encourage à soumettre des mémoires [aux commissaires]. On va mettre des spécialistes à leur disposition. Ça va encore coûter de l'argent. On va surtout mettre à la disposition de tout le monde des données de base sur différents sujets», a-t-il expliqué hier au Devoir, en marge de la rencontre qui se déroule dans un hôtel cinq étoiles du centre-ville de Montréal. «Nous sommes dans une industrie technique, donc les réponses doivent être techniques.»

Déjà, a-t-il tenu à préciser, la première partie a été plutôt onéreuse pour son organisation. «Si vous saviez combien ça nous a coûté pour amener les spécialistes devant le BAPE pendant deux semaines, vous seriez surpris. Je n'ai jamais payé une aussi grosse facture, même pas à Hydro-Québec, a fait valoir l'ancien p.-d.g. de la société d'État. Les meilleurs spécialistes en Amérique du Nord sont venus à Saint-Hyacinthe pour répondre aux questions du BAPE. Et ils ont donné des réponses de professionnels.»

Si l'APGQ tient tant à être très présente lors des audiences — elle était pourtant opposée à la tenue de telles audiences —, c'est qu'elle souhaite s'assurer que le développement des désormais controversés gaz de schiste soit marqué du sceau de l'«acceptabilité sociale». «Les Québécois sont inquiets des répercussions environnementales. Et il faut que ce soit correct d'un point de vue environnemental. Si je ne croyais que ce soit possible, je m'en irais aujourd'hui. Mais je crois que c'est possible», a affirmé M. Caillé. Il entend d'ailleurs demeurer à la tête de l'APGQ, malgré le fait qu'il a été la principale cible des critiques des opposants au développement tous azimuts de cette filière au cours des derniers mois. «Je continue et je l'assume», a dit celui qui a récemment été forcé de prendre quelques semaines de repos pour des raisons de santé.

«Le gouvernement aussi souhaite développer les gaz de schiste, parce qu'il estime que ce sera bon pour le Québec», a également rappelé André Caillé. Québec a récemment investi quatre millions de dollars pour recueillir des données géoscientifiques qui faciliteront la tâche des entreprises effectuant de l'exploration gazière. En matinée, le fonctionnaire qui pilote le dossier du gaz de schiste au ministère québécois des Ressources naturelles, Jean-Yves Laliberté, a en outre dit qu'il se sentait «en famille» parmi les représentants de l'industrie gazière.

Mais la ministre Nathalie Normandeau brillait par son absence. Lors de la conférence annuelle tenue en 2009, elle avait livré un plaidoyer très pro-industrie en disant vouloir présenter «une loi plus moderne, plus proactive» pour encadrer l'exploitation du gaz de schiste. «On va vous permettre de déployer vos ailes et, dans ce sens, on souhaite une loi qui nous permette d'être plus efficaces.»

Un BAPE «très favorable»

L'APGQ souhaite donc être bon joueur au BAPE. Mais le président de l'entreprise Gastem, l'ancien ministre libéral Raymond Savoie, a fait valoir hier au cours de son allocution que le rapport qui sera terminé en février prochain «devrait être très favorable» au développement de l'industrie. «Ce qui est bien avec le gouvernement du Québec, c'est que lorsqu'il vous oblige à faire quelque chose, il vous donne toujours des mesures incitatives en retour, a-t-il ajouté. C'est donnant-donnant, alors tout cela devrait se conclure plutôt bien pour nous.»

De telles mesures pourraient par exemple prendre la forme d'incitatifs fiscaux ou d'assouplissements dans les redevances. D'autant que les entreprises du secteur répètent depuis des semaines que les forages sont plus chers au Québec, alors qu'on ne sait toujours pas si l'exploitation du shale de l'Utica sera suffisamment rentable pour justifier des investissements importants dans la province. Le cours du gaz sur le marché se situe actuellement sous les 4 $, mais le seuil de rentabilité se situerait entre 5,20 $ et 5,40 $.

Même si certains joueurs de l'industrie questionnés par Le Devoir ont effectivement affirmé ne pas redouter outre mesure les conclusions du BAPE — dont le mandat doit se limiter à proposer un cadre de développement pour cette source d'énergie fossile —, l'ancien ministre de l'Environnement André Boisclair ne voit aucune lacune dans le mandat confié aux commissaires. Ceux-ci pourraient notamment réclamer davantage de temps pour réaliser leurs travaux si nécessaire. Si bien qu'il n'entrevoit pas d'adoption d'une loi encadrant l'industrie «avant la fin de 2011».

Entre-temps, plusieurs entreprises prévoient réaliser des forages. Mais ce n'est pas une raison suffisante pour imposer un moratoire, selon ce qu'a dit M. Boisclair à la tribune de l'APGQ. Il n'en a pas moins critiqué l'industrie en affirmant que «le débat sur les gaz de schiste s'en va nulle part et vous ne faites pas face qu'à une poignée d'irréductibles». Il a donc proposé que le lobby gazier et pétrolier se dote d'un «comité aviseur» qui inclurait des personnalités respectées et indépendantes de l'industrie pour répondre aux préoccupations des Québécois.

Au lieu d'une nationalisation pure et simple d'une filière qui promet des milliards en retombées économiques, M. Boisclair suggère au gouvernement de mettre les permis d'exploitation aux enchères. «Ces permis, au fur et à mesure qu'ils arrivent à échéance, pourraient être ainsi négociés et octroyés au plus offrant.» Qui plus est, la Caisse de dépôt pourrait prendre «des positions minoritaires» dans le capital des compagnies gazières.
13 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 26 octobre 2010 01 h 47

    ils s'entêtent...

    on veut nous forer : c'est clair.

    je ne vais pas me répéter pour ces sourds qui ne veulent pas entendre ; pouvez le googler vous même :
    go north old men, go north

  • De St-Éloi - Inscrit 26 octobre 2010 06 h 03

    Pauvre industrie!

    Pauvre industrie, qui a du se payer des spécialistes pour se défendre devant un Bape qu'elle ne souhaitait pas. Pendant ce temps la population n'a rien pour se défendre, même pas une documentation valable qui aurait été déposé par ces spécialistes si chèrement payé. Puisqu'il n'y a rien, ou presque dans la documentation du BAPE. Par exemple. les données sur l'eau datent des années 80, il n'y a même pas le premier rapport de DEC de New-York le SGEIS dont s'est inspiré le ministère de l'environnement pour faire son rapport, pas de carte valables, par exemple pas de cartes de l'ensemble des puits. Pour l'instant le BAPE ne nous livre rien de très solide, l'industrie a raison de dire que le BAPE lui est favorable. La pauvreté de ce que l'on donne à la population pour se faire une opinion en est la preuve. Pauvre BAPE et pauvres de nous! On ne peut donc pas voir que la zone d'exploitation des puits se trouve sur la zone principale d'exploitation agricole, par exemple. Il est irresponsable pour quiconque d'affirmer que cette exploitation est rentable et viable socialement et environnementalement sans étude d'impact globale, sans attendre a tout les moins les conclusions de l'EPA et c'est ce que fait André Boisclair! Il faut demander un moratoire! Ceux qui vivent cette expérience nous le disent, ne mettez pas les pieds là-dedans!

  • Denis Boyer - Inscrit 26 octobre 2010 08 h 01

    Bon pour le Québec ou pour les tits amis du parti?

    "le président de l'entreprise Gastem, l'ancien ministre libéral Raymond Savoie" proclame déjà que le rapport du BAPE sera très favorable. Les audiences ne sont-elles pas, dès lors, qu'une simple travestie médiatique ayant pour but de calmer les esprits alors que la cause est vendue d'avance?

    "«Le gouvernement aussi souhaite développer les gaz de schiste, parce qu'il estime que ce sera bon pour le Québec», a également rappelé André Caillé."
    Non M. Caillé : le gouvernement souhaite effectivement développer les gaz de schistes mais pas dans l'intérêt des québécois, seulement dans les intérêts d'une petite clique d'amis, de gens fortunés et proche du pouvoir.

    M. Caillé, pour démontrer que les gaz de schiste sont une bonne avenue pour le développement durable, il faudra d'abord réinventer toute la thermodynamique car pour l'instant, c'est ce qui vous empêche de démontrer que vous pouvez réduire notre empreinte environnementale en allant de l'avant avec ce projet! Un cynique croirait plutôt que vous n'êtes intéressé que par le profit...

  • Sanzalure - Inscrit 26 octobre 2010 09 h 37

    Votre parole contre la nôtre

    Des experts, on peut en payer pour dire n'importe quoi.

    Je crois que l'argent du gouvernement, qui est en fait notre argent, devrait servir à financer les deux côtés du débat. Mais actuellement le gouvernement est noyauté par l'industrie et il est biaisé en sa faveur.

    Il n'y a toutefois aucune façon écologique de détruire l'environnement.

    Serge Grenier

  • Daniel Vézina - Inscrit 26 octobre 2010 11 h 37

    Y'en a pour un qui un NON est un OUI...

    C'est aberrant de voir comment le prive se moque éperdument de l'opinion publique.

    On va faire ce que l'on veut, point.

    Autre exemple ? Les motoneigistes et la loi d'exception qui leur permettaient d'ecoeurer et de polluer.

    Attendez, on va surement voir arriver une loi pour "encadrer" le tout (lire ici, imposer la chose)...