Les victimes collatérales ont raison de se défendre, dit l'OCDE

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Il existe dans les pays émergents un risque de bulle liée aux mesures d'assouplissement monétaire prises dans les pays développés, et les grands argentiers du G20 ont promis ce week-end d'en tenir compte, a déclaré le secrétaire général de l'OCDE lors d'une interview à Reuters.

Paris — Selon Angel Gurria, secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques, son institution s'interroge sur les effets que pourraient avoir les mesures prises dans les pays riches destinées à soutenir leur économie sur le reste du monde. «Oui, il y a un risque», a-t-il dit à Reuters après la réunion de vendredi et de samedi des ministres des Finances du G20 et de banquiers centraux. «Les politiques monétaires accommodantes dans les pays de l'OCDE se propagent aux pays en développement et cela [...] peut créer des bulles et des distorsions.»

Angel Gurria a estimé que les discussions du G20 du week-end dernier à Gyeongju, en Corée du Sud, reconnaissaient qu'il était légitime que les pays réagissent unilatéralement au déversement de milliards de dollars d'afflux de capitaux en quête de rendements plus élevés dans les marchés émergents. Il a ajouté que les banquiers centraux des pays industrialisés, dont les États-Unis, avaient également admis la nécessité de prendre en compte les flux de capitaux dans leur décision de politique monétaire.

«Tout le monde est maintenant plus attentif et plus prudent», a-t-il souligné. «Toutes les banques centrales ont dit qu'elles allaient [...] essayer de prendre en compte ces effets d'entraînement.»

Le communiqué final, laborieusement élaboré par les ministres des Finances du G20 contient des promesses sur les changes et un accord sur la réforme de la gouvernance du Fonds monétaire international, mais il ne fixe pas d'objectifs de réduction des déséquilibres à commerciaux qui menacent la croissance mondiale. Angel Gurria a jugé irréaliste d'attendre d'une réunion ministérielle de deux jours qu'elle se traduise par un accord sur un dossier aussi complexe que celui des objectifs de déséquilibres des balances commerciales.

Il a toutefois estimé que le G20 avait fait un grand pas en avant dans le processus de discussions de telles problématiques.

Réactions

Le dollar reculait nettement hier en Europe, l'accord conclu par le G20 pour éviter les dévaluations compétitives ayant été interprété par les investisseurs comme un nouveau signal de vente du billet vert. Selon les analystes, l'issue du G20 implique le statu quo sur le marché des changes, avec un dollar toujours sous pression, en anticipation de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire aux États-Unis dès novembre. «Le G20 était perçu comme un problème par certains, mais maintenant que c'est terminé, ils recommencent à faire ce qui est le plus confortable pour eux: vendre du dollar», explique Ankita Dudani, stratège des changes chez RBS.

Le fait que le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, ait réaffirmé, lors de la réunion du G20, que les États-Unis soutenaient un dollar fort, n'a guère convaincu les courtiers qui s'attendent à de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire. «En exigeant des «taux de change déterminés par le marché», les États-Unis ouvrent les vannes d'une nouvelle dépréciation du dollar en raison d'une politique monétaire ultra-expansionniste aux États-Unis», explique la Commerzbank dans un rapport.

«Nous anticipons un dollar toujours sous pression jusqu'à la prochaine réunion de la Fed début novembre, et toute hausse sera saisie comme une opportunité de vente.»

Selon les analystes de Goldman Sachs, la Fed pourrait annoncer la semaine prochaine un programme de rachat d'actifs de 500 milliards de dollars, voire davantage, sur une période d'environ six mois. Le programme pourrait même atteindre jusqu'à 2000 milliards de dollars selon, ces analystes.

Lors de la réunion du G20, les États-Unis ont été la cible de critiques chinoises et allemandes en raison de la politique monétaire extrêmement souple menée pour tenter d'insuffler un nouvel élan à l'économie nationale, dont la reprise peine à trouver de l'allant.