La Nissan LEAF: une partie de la solution

Malgré son design très futuriste, la Nissan LEAF est dotée d’une accélération, d’un espace intérieur et d’une qualité de finition au-dessus de la moyenne des intermédiaires et d’une tenue de route tout à fait acceptable faisant d’elle une voiture électrique qui ne ne dépaysera personne.<br />
Photo: Photos Nissan Malgré son design très futuriste, la Nissan LEAF est dotée d’une accélération, d’un espace intérieur et d’une qualité de finition au-dessus de la moyenne des intermédiaires et d’une tenue de route tout à fait acceptable faisant d’elle une voiture électrique qui ne ne dépaysera personne.

Pendant que certains constructeurs font un nombre incalculable de conférences de presse, d'annonces, de publicités et autres campagnes d'image verte, spécialement chez les Allemands, Nissan, à l'instar de Honda, Toyota, Ford et GM, agit en lançant la Nissan LEAF. Elle ne sera commercialisée au Canada que dans un an, soit à l'automne 2011, mais quelques journalistes, dont l'auteur de ces lignes, ont pu en faire l'essai la semaine dernière, à Nashville, au Tennessee.

La LEAF, en quelques chiffres

La LEAF est une voiture électrique de format intermédiaire à hayon qui est propulsée par 48 modules de batterie au lithium-ion compacts et un moteur synchrone à courant alternatif de 80 kW qui développe 107 chevaux et 207 lb-pi de couple. Faisant osciller la balance à près de 1600 kilos, elle est plus lourde que la Toyota Prius de 200 kilos et la Ford Fusion de 100 kilos. Son coefficient de traînée est de 0,29, ce qui est dans la moyenne des voitures vertes, sans plus. Son prix? Elle est vendue 32 800 $ aux États-Unis, mais les représentants de Nissan ont refusé de dévoiler un prix pour le Canada. Notre flair nous dit qu'elle devrait se vendre aux alentours de 36 000 $, car elle sera équipée d'un ensemble hivernal (de série) incluant des sièges chauffants et autres accessoires pour notre blanc pays.

160 kilomètres: pourquoi pas plus?

Elle a une autonomie de 160 kilomètres en moyenne selon les chiffres de l'EPA. Pour ne l'avoir conduit que quelques heures, je ne peux garantir ces chiffres, car, comme pour TOUS les véhicules électriques et hybrides rechargeables, on ne nous a pas offert de tester cette voiture à plus long terme, ce qui est de plus en plus frustrant.

Cela dit, pour l'avoir sollicitée de manière plus brusque que la façon dont j'aurais conduit normalement sur environ 80 kilomètres, je suis en mesure de confirmer que les chiffres officiels quant à son autonomie sont tout à fait réalistes et peuvent même être surpassés. Nissan estime que l'autonomie peut atteindre 220 kilomètres en conditions idéales, et cela me semble parfaitement plausible.

Nous avons été en mesure d'atteindre 92 % de l'autonomie annoncée de 160 kilomètres en conduisant de façon sportive, en accélérant parfois de façon prononcée, et en combinant cela avec une conduite plus coulée sur l'autoroute. La LEAF est aussi dotée d'un mode ECO qui la rend moins nerveuse et prolonge son autonomie d'environ 10 %.

À la question «pourquoi pas plus de 160 kilomètres?», Nissan répond ceci: selon Statistique Canada, 90 % des Canadiens parcourent moins de 60 kilomètres par jour, 50 % parcourent moins de 20 kilomètres et 80 %, moins de 40. Ainsi, une autonomie de 160 kilomètres répond aux besoins d'une très grande majorité de Canadiens et permet à Nissan d'offrir un produit à prix abordable.

La recharge

La Nissan LEAF peut être rechargée de trois façons:

-Sur une prise de 120 volts, en 20 heures environ, ce qui n'est pas réaliste, car qui peut attendre aussi longtemps après sa voiture?;

-Sur une prise de 240 volts en 8 heures, ce qui est le meilleur compromis, mais pose un autre problème: peu de gens ont accès à une prise extérieure d'un tel voltage. Ainsi, il faut envisager l'installation d'une telle prise et les coûts qui y sont reliés. Calculez entre 250 $ et 350 $ pour un tel système + la borne de recharge de Nissan d'environ 2000 $. IMPORTANT: assurez-vous que votre électricien soit dûment certifié.

-Sur une prise de recharge rapide de niveau 3 à 80 % en 30 minutes. Mais ce type de borne ne se retrouvera pas sur nos routes nord-américaines (stations-services, restaurants, comme on commence à en voir en Europe) avant quelques années...

Très bien équipée


La Nissan LEAF sera offerte en deux versions, mais même la version de base est très bien équipée: air climatisé, régulateur de vitesse, minuteur de charge à distance, un excellent système audio, etc. Bref, il y en a assez pour satisfaire les «gadgetophiles» les plus exigeants.

De toutes les voitures électriques que j'ai eu l'occasion d'essayer, la Nissan LEAF est de loin la plus aboutie. Dotée d'une accélération, d'un espace intérieur et d'une qualité de finition au-dessus de la moyenne des intermédiaires et d'une tenue de route tout à fait acceptable, elle ne dépaysera personne... si ce n'est par son silence et son design intérieur très futuriste avec lequel les plus jeunes seront à l'aise, mais qui a dérouté les chroniqueurs plus âgés (je ne donnerai pas de nom...).

Si la Nissan LEAF ne peut d'aucune manière être considérée comme LA solution à court ou moyen terme pour diminuer nos émissions polluantes et de gaz à effet de serre, elle doit être considérée comme une petite partie de la solution globale (comme seconde voiture, par exemple) qui inclut plus de transport collectif, de transport actif, de véhicules hybrides, hybrides rechargeables, diesels propres... et un baril de pétrole plus cher! Elle apporte, dans le casse-tête énergétique mondial, une petite pièce positive qui ne doit d'aucune manière être négligée; et si l'électricité venait d'une centrale au charbon, le gain reste réel même s'il est diminué de beaucoup. Mais ce n'est pas le problème du Québec, n'est-ce pas?

L'Amérique, le Canada et le Québec à contre-courant


Il est pour le moins intéressant de voir et d'entendre les réactions des consommateurs et des médias devant la hausse du prix de l'essence que nous subissons ces jours-ci. Imaginez: 1,18 $ le litre. Le drame. Pourtant, combien d'économistes, de spécialistes en énergie, d'écologistes et de chroniqueurs automobiles ont averti qu'une remontée du prix des carburants était inévitable? Malgré ces avertissements, nous assistons au Québec comme partout en Amérique du Nord à une hausse spectaculaire des ventes de VUS et de camions légers, ce qui est complètement à contre-courant des tendances mondiales qui vont vers des véhicules plus écoénergétiques.

La réalité est simple. Il n'y aura que peu de potentiel pour les véhicules électriques tels que la LEAF si le prix de l'essence ou une forme d'impact gouvernemental (du type bonus-malus) sur les véhicules énergivores ne vient pas contrer les habitudes des automobilistes sur notre continent. Considérant les commentaires entendus les derniers jours à la suite de la hausse somme toute bien modeste du prix à la pompe, la question qui se pose maintenant est: nos élus auront-ils le courage des beaux principes écologiques qu'ils et elles prétendent défendre?

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Collaborateur du Devoir
13 commentaires
  • fruitloops - Inscrit 25 octobre 2010 09 h 23

    Une assistance fossile peut-être?

    Pourquoi pas une génératrice (gaz ou diesel) d'appoint pur les quelques kilomètres qui pourraient manquer? Personnellement, j'habite Val-Morin et il me manquerait une cinquantaine de kilomètres pour mes déplacements les plus longs, avant d’appeler la remorqueuse?

    Excellent article, merci.

  • Louis-Georges,Lavoie - Inscrit 25 octobre 2010 09 h 26

    La voiture électrique?

    Premièrement le prix trop élevé n'en favorise pas la vente à très grande échelle
    Deuxièmemnt quelle est la durée des batteries et surtout de quelles manières pérvoit-on en disposer une fois leurs vies utiles terminées?
    Troisièmement vous préconisez une hausse sensible du prix du baril de pétrole, mais oubliez-vous l'impact important sur la hausse du coût de la vie car, inévitablement comme tous les produits de consommation sont transportés par le camionnage, la conclusion s'impose par elle-même. Et, de plus, quelle est la tranche de la popution qui sera le plus touché???
    Et enfin la dépense de plus de $2000 pour pouvoir effectuer le branchement à des fins de recharge, est-ce que ce véhicule s'addresse à tous sans exception???

  • François Dugal - Inscrit 25 octobre 2010 09 h 35

    Une solution?

    1-La fabrication et le recyclage des piles est très polluant.
    2-Quand l'électricité est produite à partir de centrales thermiques (gaz, charbon, huile lourde), le jeu en vaut-il la chandelle?
    3-Quelle est la perte d'efficacité des piles quand il fait «frette», genre -20 C?
    Y a-t-il quelqu'un dans la salle qui peut répondre à ces questions?

  • Denis Boyer - Inscrit 25 octobre 2010 11 h 00

    Pas très astucieux...

    Je cite : "selon Statistique Canada, 90 % des Canadiens parcourent moins de 60 kilomètres par jour, 50 % parcourent moins de 20 kilomètres et 80 %, moins de 40."

    On répondrait donc à 90% des besoin de la population en réduisant l'autonomie sur une charge à quelque chose comme 80 km. La taille de la batterie s'en trouverait réduite de moitié, d'où une réduction du prix et du poids du véhicule. Il suffirait alors d'un groupe de recharge en marche, ce qui en ferait une voiture hybride beaucoup plus intéressante, car il n'y aurait simplement pas de distance maximale, pas besoin de borne de branchement sur les autoroutes, etc. Mais elle satisferait quand même aux besoins de 90% de la population dans leurs déplacements journaliers.

    Une voiture 100% électrique est tout-à-fait illogique dans un marché où une GRANDE part de l'électricité vient du pétrole et du charbon (les États-Unis). Produire cette énergie avec une efficacité de l'ordre de 33% pour ensuite la transmettre aux consommateurs avec des pertes de l'ordre de 5% pour recharger la batterie avec d'autres pertes inhérentes, ça fait une auto TRÈS polluante au bout du compte! En fait, ça fait une auto plus pollluante que les voitures à essence... mais ça donne l'impression du contraire.

    Évidemment le Québec ets un cas à part, car 98% de notre électricité est de source renouvelable. Il ne faudrait cependant pas négliger que si on utilise plus d'électricité chez nous et qu'on en vent moins aux américains, les États-Unis auront besoin de compenser le manque avec des centrales au charbon... On n'y gagne pas tellement au change!

    Bravo Nissan de rester de regarder votre nombril autant que vos compétiteurs.
    Pour l'innovation, on va attendre encore....

    P.S.: À M. Dugal...
    La fabrication des piles est effectivement un procédé énergivore mais le recyclage l'est moins (le minerai est déjà extrait). Il est cependant IMPÉRATIF de recycler car les piles sont TRÈS toxiques pour l'

  • Pierre Langlois - Inscrit 25 octobre 2010 11 h 53

    Perte d'autonomie en hiver

    En réponse à M. Duval, la Leaf perd 60 km d'autonomie à -10°C en ville dans le trafic (vitesse moyenne de 25 km/h). Au lieu de 160 km d'autonomie, on n'aura donc que 100 km. La même perte d'autonomie survient à 100 km/h sur l'autoroute pendant les journées chaudes de l'été avec la climatisation en marche. Voir le billet suivant du blogue Autobloggreen

    http://green.autoblog.com/2010/06/14/nissan-pegs-l

    en sachant que les températures sont en degrés Fahrenheit et l'autonomie en miles.

    À mon avis les voitures hybriques branchables comme la Volt ou la future Prius branchable sont bien mieux adaptées à notre territoire vaste et froid.