Guerre des monnaies - Le G20 à la recherche d'une trêve

Timothy Geithner<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Kim White Timothy Geithner

Gyeongju — Les États-Unis, appuyés par le Canada, ont appelé les pays à excédent commercial à réformer leur politique de changes pour renforcer la croissance mondiale, lors d'une réunion des ministres des Finances du G20 ouverte hier en Corée du Sud sur fond de crainte d'une guerre des monnaies. Mais les propositions américaines, faisant une allusion à peine voilée à la Chine, pourraient se heurter à l'opposition de plusieurs puissances, y compris des pays riches comme le Japon.

«Les pays du G20 ayant des excédents persistants doivent entreprendre des réformes structurelles, budgétaires et de politiques de taux de change pour renforcer les sources intérieures de croissance et soutenir la demande mondiale», selon une lettre du secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, adressée au G20, qui ne désigne aucun pays en particulier. Les États-Unis se plaignent notamment de la sous-évaluation du yuan chinois, la Chine comptant pour plus de la moitié du déficit commercial américain.

M. Geithner propose que les déséquilibres des balances extérieures des pays du G20 ne dépassent pas une certain pourcentage du PIB, sans fixer de limite. Celle-ci pourrait être fixée à 4 % du PIB d'ici 2015. Cette proposition risque de se heurter à la réticence de nombreux pays exportateurs dont la Chine, l'Allemagne et l'Inde.

«Les pays du G20 doivent s'abstenir d'appliquer des politiques de taux de changes destinées à leur conférer un avantage compétitif», a dit M. Geithner.

Selon des responsables au sommet, l'idée de M. Geithner est de déterminer des objectifs chiffrés pour les balances commerciales dans le but de réduire les conflits sur les taux de change en permettant une harmonisation de la valeur des monnaies des pays affichant des excédents commerciaux. Les pays d'Asie devenant moins dépendants des exportations pour leur croissance, des ajustements sont souhaités pour assurer plus de stabilité dans l'économie mondiale et sur les marchés.

Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des vingt plus grosses économies de la planète réunis à Gyeongju ont jusqu'à ce soir pour tenter de décréter une trêve à la guerre des changes qui menace la reprise mondiale.

Un projet de déclaration finale suggère que les pays du G20 s'engagent à «s'abstenir de toute dévaluation compétitive», selon l'agence d'informations économiques Dow Jones. Cette stratégie de dévaluation consiste à manipuler le cours de sa monnaie pour stimuler son économie en faisant fi de la coopération internationale.

«Les pays émergents du G20 avec des monnaies significativement sous-évaluées» doivent «à terme, ajuster pleinement leurs taux de changes à des niveaux reflétant leurs fondamentaux économiques», selon M. Geithner. À l'inverse, les pays ayant d'importants déficits commerciaux doivent augmenter leur épargne en arrêtant «des objectifs budgétaires de moyen terme crédibles» et en renforçant leurs exportations, selon la lettre.

La lettre américaine, présentée durant une réunion d'une heure du G7 Finances qui a précédé celle du G20 «a reçu un bon accueil», a indiqué un responsable français sous couvert de l'anonymat. «Nous avons pu constater qu'il y avait une convergence de vue sur la question», a-t-il ajouté.

«Je ne commente ni la question des monnaies ni celle de la balance des comptes courants», a déclaré la ministre française de l'Économie en référence à la proposition américaine.

Les propositions de M. Geithner semblent cependant soulever des réserves, voire l'opposition de plusieurs puissances. Le ministre japonais des Finances, Yoshihiko Noda, opposé à des «objectifs chiffrés, stricts», a estimé que la proposition américaine n'était «pas réaliste». L'Allemagne et la Russie ont également exprimé leur scepticisme, selon la presse.

Le ministre canadien des Finances Jim Flaherty a jugé l'idée «utile», relevant cependant que «différents pays voient cela d'une façon différente».

Alors que la Chine a surpris les marchés en relevant cette semaine ses taux d'intérêt pour la première fois depuis 2007, Pékin refuse de laisser le yuan s'apprécier rapidement par crainte de mettre en faillite ses industries exportatrices.

M. Flaherty, à l'issue de discussions avec son homologue chinois Xie Xuren, a cependant indiqué qu'il y avait «une volonté (de Pékin) d'ouvrir la porte à plus de flexibilité à terme». Il a rappelé que l'enjeu des devises devait être abordé et que personne au G20 ne souhaite mettre fin à la rencontre sans plan d'action. M. Flaherty a fait valoir que le conflit qui se profile serait néfaste pour tous les pays, émergents et développés.