De quoi sera fait 2011? - Les économistes se perdent en conjectures

À en croire les propos tenus par un panel d'économistes de renom réunis à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal, difficile de dire à quoi ressemblera l'économie mondiale en 2011. Mais, chose certaine, les puissances émergentes devraient peser de plus en plus lourd dans la balance et les États devront se garder d'adopter des plans d'austérité trop sévères, ce qui risquerait de contrecarrer la timide reprise en cours.

Économiste en chef et stratège chez Valeurs mobilières, Banque Laurentienne du Canada, Carlos Leitao met d'ailleurs en garde le gouvernement canadien contre toute tentation de recourir à des compressions draconiennes du même ordre que celles annoncées cette semaine par le gouvernement britannique. Le Canada ne connaît pas de situation critique en matière de dette publique, a-t-il insisté. Le ministre des Finances doit donc s'abstenir d'«aller trop vite» dans sa volonté de revenir au déficit zéro.

M. Leitao, une sommité dans son domaine, n'en demeure pas moins inquiet de l'ampleur de l'endettement des ménages. «Il faut mettre un frein à la croissance de cet endettement», a-t-il prévenu, invitant le ministre Jim Flaherty à mettre en place rapidement des outils pour réduire l'accès au crédit. Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, réitérait lui aussi récemment ses mises en garde au sujet de l'endettement des Canadiens, qui s'élève à pas moins de 145 % du revenu personnel disponible. Un taux en constante progression.

En ce qui a trait à ses prévisions à court terme — 2011 arrive tout de même dans à peine un peu plus de deux mois —, M. Leitao demeure toutefois très prudent. S'il dit vouloir se garder de tout accès de pessimisme, il n'en estime pas moins que de grandes incertitudes demeurent, tant aux États-Unis qu'en Europe. Qui plus est, «la clé du capitalisme, c'est la confiance», a-t-il insisté. Une variable qui est à peu près impossible à mesurer, a précisé l'économiste.

Sur la scène internationale, les quatre économistes présents au panel ont d'ailleurs souligné que les États-Unis sont loin d'être tirés d'affaire. Les chiffres sur le chômage — qui se maintient autour de 9,5 % depuis des mois — indiquent à eux seuls que la pente à remonter sera longue. «On n'a jamais vu, aux États-Unis, un chômage aussi élevé en sortie de crise», a justement rappelé Denis Durand, associé principal chez Jarislowsky Fraser ltée.

Mais le Canada devrait continuer de tirer passablement bien son épingle du jeu, notamment en raison de la hausse marquée de la demande pour les ressources naturelles, demande portée essentiellement par le boom des économies émergentes. Un tel état de fait, surtout profitable pour l'ouest du pays, devrait contribuer à réduire notre dépendance économique envers les États-Unis, selon Denis Durand.

François Dupuis, vice-président et économiste en chef au Mouvement Desjardins, prévient néanmoins que «tout nouveau choc pourrait engendrer une croissance nulle». Du côté américain, le tableau est même plus sombre. Il estime les chances de voir les États-Unis retourner en récession à une sur trois.

Et bien qu'on rappelle souvent que les pays émergents auront sans cesse un rôle plus important à jouer sur la scène économique mondiale, M. Dupuis considère que la demande de pays comme la Chine ou l'Inde ne sera pas, à moyen terme, en mesure de prendre le relais de celle de nos voisins du Sud. M. Leitao est quant à lui formel: «Malgré la montée en puissance des économies émergentes, les États-Unis demeurent LA grande puissance.» Un géant aussi incontournable que fragile.
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 23 octobre 2010 09 h 23

    Boules de cristal

    Les boules de cristal de marque Rolex, Oméga, Tissot et même Patek-Philippe se contredisent; ben cou donc !

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 23 octobre 2010 13 h 13

    prédictions

    Quand les économistes s'avsient a faire des prédictions, cela relève souvent de l'astrologie.